007 sept, Lc 5, 1-11, La pêche dans la mer de monde

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Évangile :

Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth; la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées au bord du lac; les pêcheurs étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques, qui appartenaient à Simon, et lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait la foule.

Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson ». Simon lui répondit : » Maitre, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre; mais sur ton ordre, je vais jeter les filets. » Ils le firent, et ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient.

À cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » L’effroi, en effet, l’avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient prise; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

Commentaires :

Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth, appelé aussi lac de Galilée ou mer de Galilée. Génésareth, signifie littéralement, “le jardin du prince”. Cette localité de Généraseth se trouve entre Magdala et Capharnaüm, dans une petite plaine très fertile.

Jésus était dans cette région depuis quelques jours. À la suite de sa visite à la synagogue de Capharnaüm où il avait libéré l’homme dépossédé de lui-même, Jésus se rend à la maison de Simon dans la même ville. Là, il libère la belle-mère de Pierre d’une forte fièvre qui l’oppresse. En sortant de la maison, une foule nombreuse l’attendait pour recevoir de ses soins. Il s’empresse de les servir en donnant à chacun selon sa foi. “Ta foi t’a guérie; va en paix” (Luc 8 : 48), dit-il à l’un; “Relève-toi et va; ta foi t’a sauvé”. (Lc 17, 19) dit-il à l’autre. Il guérit les uns et les autres comme s’il n’y était pour rien. C’est la foi en lui qui produit dans le malade son effet libérateur. Il ne faut pas croire que celui qui demeurait dans son handicap ne partait pas moins en paix. Il retrouvait la santé de l’âme d’abord, cette santé qui permet de porter sa croix dans la joie jusqu’à son dernier souffle avec et pour les autres. La vie de Jésus ne s’oriente pas vers une longue vie prospère et en santé physique et pourtant, il est le prince de la paix dans ce “jardin du prince”, il est la vie éternelle. “Ta foi t’a sauvé, ta foi t’a guéri.” Le malade se sait aimer de Dieu, la paix descend sur lui comme l’onction d’huile descend sur le baptisé. Le malade se sent libéré de ce qui l’oppresse, de cette forte fièvre qui l’enlise dans les soucis et les inquiétudes. Celui qui accompagne le malade n’est pas moins guéri de la maladie qui dort en lui. Le mauvais sort en criant la divinité du Prince de la justice, laissant la place à la croissance de la semence de la foi déposée par la parole de Jésus. “Va, ta foi t’a guéri”

Jésus s’éloigne de la maison de Simon à Capharnaüm : “Aux autres villes aussi il me faut annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé.” (Lc 4, 43) Il est tout près du lieu de pêche de Simon-Pierre près de lac de Galilée entre Capharnaüm et Magdala. La foule se pressait autour de lui pour se chauffer au feu de cet amour qui donnait à chacun une vitalité nouvelle. Ils se pressent pour l’entendre, pour entendre cette parole qui apaise le cœur, élève l’esprit, éclaire la conscience, unifie l’âme, donne le goût de l’essentiel. Ils se pressent autour de lui et oublient leurs maux, leurs soucis, leurs angoisses. Comme un pasteur, il les conduit dans des prés d’herbe fraiche, il dresse la table devant eux… (Ps 22) Jésus ne panique en rien devant cette foule, il voudrait déjà se donner à chacun pour le remplir de son amour et faire fuir tout ce qui n’est pas amour.

Il voit deux barques au bord du lac; les pêcheurs étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monte dans la barque de Simon, comme il est entré dans sa maison pour soigner sa belle-mère. Il monte dans la barque et s’assoit pour enseigner. Pierre ne voit en rien ce filet que Jésus lance sur la foule, comme les poissons ne voient pas le filet du pêcheur qui veut les prendre pour se nourrir et vivre de sa pêche.

Les filets de Jésus viennent retirer de la mer de ce monde toute cette foule pour ne pas la laisser aux filets de la mort qui n’a de cesse de les prendre pour les précipiter dans l’obscurité.

Jésus demandera à Pierre d’avancer au large et lui dira de jeter ses filets pour prendre du poisson. Jésus l’a bien vu quitter la maison pour se rendre à la pêche, il l’a bien vu laver ses filets, il a bien compris qu’il avait pêché toute la nuit sans rien prendre. Jésus veut le guérir de cette forte fièvre qui nous oppresse tous, de s’inquiéter sans cesse de ce que nous allons manger, de quoi nous allons nous vêtir? Cette forte fièvre qui nous garde au lit, incapable de servir les autres, cette forte fièvre qui nous paralyse pour ne pas se donner aux autres. Il n’y avait pas seulement la belle-mère à soigner dans la maison de Simon Pierre.

Pierre a bien vu sa belle-mère retrouver la santé, il a bien vu les esprits mauvais s’enfuir pour laisser place à l’amour, il a bien vu l’aveugle voir, le sourd entendre. La semence de foi grandit en lui, c’est pourquoi il répondra au charpentier qui n’a rien d’un pêcheur expérimenté comme lui : Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre; mais sur ton ordre, je vais jeter les filets.

Les filets de Pierre se déchireront sous le poids du nombre de poissons qui s’y prennent. Des filets qu’il n’avait pas terminé de laver et qui prennent plus de poissons qu’ils n’en ont jamais pris.

Simon le pêcheur est cette fois bien enserré par les filets de Jésus, ce filet lancé d’en haut par le Père. Il retrouve le sens de l’essentiel en voyant la futilité de son effort sans le Fils de Dieu. Il se sent guéri de ses angoisses du lendemain, de sa quête de la survie et en même temps, il est dans l’effroi devant tant de puissance. Ce n’est pas seulement sur les maladies que la parole de Jésus agit, pas seulement sur les esprits mauvais, tout lui obéit et avant même qu’il dise un mot. Il est Dieu et homme à la fois, ce Jésus!

“Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur.”

Jésus ne vient pas manger ceux qu’il prend dans ses filets, il vient les libérer pour les nourrir de sa chair à lui afin que ceux qu’il attrape, deviennent comme lui.

Que pouvons-nous comprendre, homme pécheur que nous sommes à tant d’amour? Que pouvons-nous comprendre à nous qui ne faisons que pêcher pour nous nourrir et nous enrichir? Jésus se fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, il meurt pour nous dans les filets de la mort, pour nous en libérer afin que nous parvenions à la vie. Que pouvons-nous comprendre à cet amour avec nos cœurs de mortels?

“Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras.” Le pêcheur qui n’arrive pas à prendre de poisson deviendra le pêcheur qui lancera les filets de la parole de Dieu et ces filets, ils sont là encore aujourd’hui, prêts à être levés dans la barque de l’Église où Jésus nous attend pour nous unir à l’étreinte trinitaire.

“Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur.”

NDC