016 fév, Mc 8, 1-10, Le signe du pain

 In Méditer les écritures

Évangile :
En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule de gens, et qu’ils n’avaient pas de quoi manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : « J’ai pitié de cette foule, car depuis trois jours déjà ils sont avec moi, et n’ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route; or, quelques-uns d’entre eux sont venus de loin. » Ses disciples lui répondirent : « Où donc pourra-t-on trouver du pain pour qu’ils en mangent à leur faim, dans ce désert? » Il leur demanda : « Combien de pains avez-vous? » Ils lui dirent : « Sept. »
Alors il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Puis, prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit, et il les donnait à ses disciples pour que ceux-ci les distribuent; et ils les distribuèrent à la foule. On avait aussi quelques petits poissons. Il les bénit et les fit distribuer aussi. Ils mangèrent à leur faim, et, des morceaux qui restaient, on ramassa sept corbeilles. Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya. Aussitôt, montant dans la barque avec ses disciples, il alla dans la région de Dalmanoutha.
Commentaires :
Où donc pourra-t-on trouver du pain pour que les sept milliards d’habitants de la planète mangent à leur faim?
On décompte 965 millions de personnes en sous-alimentation chronique sur 6.5 milliards d’hommes. Il faut adjoindre 2 milliards de personnes en état de malnutrition pâtissant de régimes alimentaires mal équilibrés, souvent caractérisés par un manque de protéines. Trois milliards de personnes semblent n’avoir pas de quoi manger de manière à ce qu’ils ne défaillent pas sur la route pour mourir.
D’un autre côté, on compte 1 milliard d’hommes (dont nous faisons partie) en situation de suralimentation, surtout dans les pays du Nord, mais aussi, et de plus en plus, dans les pays émergents.
La planète pourtant a suffisamment de ressources pour nourrir pas moins de 15 milliards de personnes.
Que se passe-t-il donc? Notre science qui parvient à de savants calculs pour nous prouver que nous pouvons nourrir amplement tout le monde n’arrive pas à nous convaincre de prendre les moyens de le faire.
« Où donc pourra-t-on trouver du pain pour qu’ils en mangent à leur faim, dans ce désert? »Notre planète serait-elle sans amour, un désert où règne le vide dans les cœurs? Pas un arbre de vie à l’horizon pour donner du fruit et nourrir tout ce monde. Il y avait un jardin autrefois, racontent les anciens, pour nourrir chacun sans exception. Dans ce jardin, un arbre de la connaissance du bien et du mal s’élevait aussi, avec l’interdiction de manger au risque d’en mourir, de mourir à la solidarité avec tous les autres, y compris avec le Créateur de l’univers. À vouloir acquérir la science pour se faire dieu sans Dieu, nous rencontrons vite nos limites à rendre à chacun l’amour qui lui est dû. Lorsqu’un dictateur accumule une fortune au détriment de ses citoyens, il n’a aucune idée de l’enfant qui dort dans les ordures pendant qu’il se penche sur le lit de son enfant pour lui souhaiter bonne nuit.
Nous rêvons tous d’être des dieux comme le dit Malraux, mais nous ne le sommes pas. Notre science qui nous envoie sur la lune, qui nous permet de construire des armes capables de détruire la planète plusieurs fois, n’arrive pas à nous donner le cœur pour redistribuer les richesses de la terre équitablement pour tous.
« Où donc pourra-t-on trouver du pain pour qu’ils en mangent à leur faim, dans ce désert? »
Jésus en regardant la foule dans ce désert, voit aussi l’arbre de vie qu’il vient élever afin de devenir nourriture jusqu’à la fin des temps.
« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez ce que Je suis, et que Je ne fais rien de Moi-même, mais que Je parle selon ce que le Pére M’a enseigné. » (Jn 8,28.) « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » (Jn 12,32)
Il se multipliera en chacun afin que le germe de sa vie soit en tous et que nous retrouvions l’unité et que la vie reprenne son droit sur la mort et le mal.
« Je suis celui qui Suis » (ex 3,14) faisait entendre le buisson ardent et Moïse se voilait le visage craignant de voir Dieu.
Qui se voile le visage devant Dieu qui se fait homme? Sa lumière serait-elle moindre? C’est l’éclat de son amour qui brille, de sa douceur, de son humilité, un éclat qui fait qu’il a l’aspect d’un homme comme les autres et pourtant, c’est l’Arbre de vie du jardin.
Comme Jésus descendra dans la mort pendant trois jours et en ressortira vivant pour se faire pain de vie, ainsi la foule pendant trois jours descend dans l’écoute de sa parole. Comment ne pas nourrir le corps de tous ces gens qui ne sont pas des fantômes, mais des êtres de chair et de sang?
Où est le miracle? Où est le sujet de l’émerveillement dans cette scène? N’est-ce pas l’amour infini de Dieu pour chacun? Y en a-t-il un seul qui ne parte pas rassasier dans son âme et dans son corps?
Qui peut rendre à chacun selon ses actes? Qui peut remplir la bouche de chacun de rires et ses lèvres de chansons?
« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mt 22,21) Ne cherchons pas à prendre la place de Dieu. Tous ensemble avec toute notre science, nous ne sortons pas les morts de leurs tombeaux, pas plus que nous éliminons le mal qui nous replie chacun sur nous-mêmes, aveugles aux autres.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » (Jn 6, 54-55.)
« Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jn 6, 56.)
Ainsi, par lui chacun mangera à sa faim, tant dans son âme que dans son corps et pour l’éternité.

NDC