019 oct, Mt 22,15-21 : L’effigie de l’Empereur et le visage défiguré du Fils de Dieu.

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Évangile :
Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles? — De l’empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Commentaires :
« Hypocrites »! Dit tout haut Jésus à l’endroit des pharisiens et des partisans d’Hérode qui s’approchent de lui en faisant l’éloge de son souci de la vérité et de son impartialité à l’égard de chacun. Jésus n’est pas dupe de leurs flatteries à son égard, il connaît bien leurs déguisements de brebis au-dehors tandis qu’au-dedans, ce sont des loups voraces. « Vois les impies tendre leur arc, ils ajustent leur flèche à la corde pour viser dans l’ombre les coeurs droits; » (Ps11, 2) « Non, rien n’est sûr dans leur bouche, et leur fond n’est que ruine, leur gosier est un sépulcre béant, mielleuse se fait leur langue. » (Ps 5, 10) « leurs dents, une lance et des flèches, leur langue, une épée acérée. » (Ps 57, 5)¬¬
Le mot hypocrisie est un défaut qui consiste à feindre volontairement un comportement, un caractère ou une opinion. Les pharisiens et les partisans d’Hérode laissent leurs divisions pour se réunir en meute pour la chasse, tout en feignant le désir de mieux comprendre la pensée de Jésus en l’interrogeant. Ils sont devant Jésus comme des acteurs recouverts d’un masque et qui jouent le rôle d’une autre personne. L’hypocrisie ou hupokritês en grecque s’applique à l’acteur. L’hypocrite serait celui qui vient dans la vraie vie comme s’il était sur une scène pour y jouer un rôle sous un déguisement.
La meute est là devant Jésus pour le faire tomber dans un piège et le dévorer tout en feignant des airs de probables disciples.
« Des chiens nombreux me cernent, une bande de vauriens m’entoure; comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds. Je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent; ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. Mais toi, Yahvé, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide; délivre de l’épée mon âme, de la patte du chien, mon unique; sauve-moi de la gueule du lion, de la corne du taureau, ma pauvre âme. » (PS 22, 17-22)
Hypocrites, dit Jésus à la meute criminelle démasquée. Le mot fait tomber les masques de la meute et nous pouvons entendre les grognements des uns, tandis que d’autres salivent dans l’attente de la réponse à la question qu’ils croient sans issue pour assurer la fuite de Jésus. Cette fois, nous le tenons! disent les yeux brillants d’impatience des membres de la bande. Ils s’approchent pour bien le cerner. Ils répètent la question piège dans leur for intérieur… « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur? » Elle revient comme un refrain victorieux en eux. Enfin, ils ont trouvé moyen de le prendre en défaut. Les accusations suivront et la condamnation si souhaitée aussi.
Jésus devant ces visages démasqués demandera de lui montrer la monnaie de l’impôt. Ils sont si près que plusieurs d’entre eux s’empressent de lui présenter une pièce d’argent.
Jésus répond : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles? — C’est l’évidence même se disent-ils. Ils répondent comme en chœur : “De l’empereur César.” Alors il leur dit : “Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.” Ils sont déconcertés en entendant cette réponse. Tout comme leurs masques qui sont tombés, celui de l’empereur avec son monde aussi est dévoilé. Il ne faut pas confondre ce qui est à Dieu et ce qui à l’empereur : “Qu’as-tu fait?” Jésus répondit : “Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici.” Pilate lui dit : “Donc tu es roi?” Jésus répondit : “Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix.” Pilate lui dit : “Qu’est-ce que la vérité?” (Jn 18, 35-38)
Il ne faut pas confondre le théâtre de ce monde et ses acteurs qui ne sont pas eux-mêmes avec le Royaume des cieux où chacun peut laisser tomber son masque en étant assuré que l’amour ne lui manquera pas. Fini la mascarade en laissant entrer Jésus en nous, nous pouvons enfin nous abandonner à l’amour et par cet amour, aimer comme nous sommes aimés.
Jésus n’est pas venu jouer un rôle dans le théâtre de ce monde, il est venu rendre témoignage à la vérité et la vérité c’est que nous sommes esclaves dans ce monde, riches comme pauvres. La vérité, elle éclatera par la mort de Jésus pour nous racheter à notre kidnappeur. Il est le roi des Rois, le Fils de Dieu, le Bienheureux Souverain, celui qui vient nous démasquer en nous montrant notre vrai visage. N’est-ce pas cette face devant qui nous détournons le visage tellement Jésus est défiguré sur le chemin de la croix? Rendez à Dieu ce qui est à Dieu! Il est notre libérateur, notre Sauveur, celui qui prend sur lui de nous rendre notre véritable identité. Il nous sort de l’hypocrisie pour nous rendre notre identité véritable, celle d’enfants de Dieu.
Jésus se laissera prendre au piège de la meute pour nous transfigurer. Il les laissera le mener à la mort pour nous sortir de nos tombeaux. Merveilleuse sagesse qui nous dépasse, amour que notre cœur ne peut porter sans sa grâce : “Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César : quiconque se fait roi, s’oppose à César.” Pilate, entendant ces paroles, amena Jésus dehors et le fit asseoir au tribunal, en un lieu dit le Dallage, en hébreu Gabbatha. Or c’était la Préparation de la Pâque; c’était vers la sixième heure. Il dit aux Juifs : “Voici votre roi.” Eux vociférèrent : “À mort! À mort! Crucifie-le!” Pilate leur dit : “Crucifierai-je votre roi?” Les grands prêtres répondirent : “Nous n’avons de roi que César!” Alors il le leur livra pour être crucifié. » (Jn 19, 12-16)
Le piège qu’il avait dressé à Jésus avec la pièce de monnaie leur retombe sur la tête et c’est eux qui s’en remettent à César pour condamner Jésus et nie le propre Dieu qu’ils prétendent servir : « Que l’ennemi affûte son épée, qu’il bande son arc et l’apprête, c’est pour lui qu’il apprête les engins de mort et fait de ses flèches des brandons; le voici en travail de malice, il a conçu la peine, il enfante le mécompte. Il ouvre une fosse et la creuse, il tombera dans le trou qu’il a fait; sa peine reviendra sur sa tête, sa violence lui retombera sur le crâne. Je rends grâce à Yahvé pour sa justice, je joue pour le Nom du Très-Haut. » (PS 7, 13-18)
Jésus vient changer la face du monde en dévoilant le visage aimant de Dieu qui meurt pour nous sur la croix. « Ainsi, le visage du ciel, vous savez l’interpréter, et pour les signes des temps vous n’en êtes pas capables! » (Mt 16, 3) Le visage de Dieu qui se fait enfant dans la crèche, savez-vous le reconnaître! Le visage de Dieu avec tous les crachats sur le chemin, savez-vous le reconnaître? Le visage du crucifié avec le cœur transpercé, savez-vous le reconnaître avec le centurion de César? « Vraiment celui-ci était fils de Dieu! »(Mt 27, 54)
« Rendez à Dieu, ce qui est à Dieu. » Dieu est Amour, il n’est qu’amour et il aime chacun au point de se donner totalement à chaque instant pour que nous ayons la vie en plénitude.
NDC