1 avril, Mc 11, 1-10 : La joie de la pierre angulaire

 In Méditer les écritures

Évangile :

Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus et ses disciples approchent de Jérusalem, de Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers. Jésus envoie deux de ses disciples : « Allez au village qui est en face de vous. Dès l’entrée, vous y trouverez un petit âne attaché, que personne n’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : < Que faites-vous là? Répondez : < Le Seigneur en a besoin : il vous le renverra aussitôt.> » Ils partent, trouvent un petit âne attaché près d’une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu’avez-vous à détacher cet ânon? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire. Ils amènent le petit âne à Jésus, le couvrent de leurs manteaux, et Jésus s’assoit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent sur le chemin leurs manteaux, d’autres, des feuillages coupés dans la campagne. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient, criaient : « Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Béni le Règne qui vient, celui de notre Père David. Hosanna au plus haut des cieux! »

Commentaires :

Quelques jours avant la fête de la Pâque, Jésus l’auteur des jours, celui qui était avant que les jours existent, approche de Jérusalem, le but de son voyage parmi nous afin « d’être avec nous jusqu’à la fin des temps ».

Il avait vu le jour à Bethléem « maison du pain », selon l’oracle du prophète : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël. » (Mt 2, 7) Il a été engendré « ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 13) afin de nous guider vers le Royaume du Père. La grandeur de ce que Dieu fait par amour pour nous en son Fils dans l’Esprit est si incommensurable que les mots ne peuvent l’exprimer. Il n’y a pas de joie assez grande sur cette terre pour exprimer le bonheur qui nous est donné.

« Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : “Dieu avec nous”. » (Is 7, 14-16) Les oracles prophétiques s’accomplissent à sa venue et tout autant lorsqu’il s’approche de Jérusalem, tout près de Bethphagé et Béthanie, vers le mont des Oliviers, quelques jours avant la Pâque comme le proclame Zacharie : « En ce jour-là, ses pieds se poseront sur le mont des Oliviers qui fait face à Jérusalem vers l’Orient. Et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest, en une immense vallée, une moitié du mont reculera vers le nord, et l’autre vers le sud. » (Za 14, 4) Ils viendront armés d’épées et de bâtons pour arrêter celui qui vient leur ouvrir un passage dans la mort; ils viendront accompagnés de l’un de ses disciples qui par un baiser le livrera, coup de pied dans ce visage qui est Océan de douceur et d’humilité.

Jésus approche de Jérusalem avec ses disciples qui pensent que Jésus vient restaurer le trône davidique et prendre enfin le pouvoir, tandis que les autorités voient Jésus s’approcher pour tomber dans leur piège meurtrier. Ni les disciples, ni les scribes et autres notables ne comprennent la merveille qui se passe sous leurs yeux. Les écritures s’accomplissent et le ciel s’ouvre et le royaume de la mort tremble avec toutes ses armées. Ce Jésus désarme toutes les puissances de ce monde par sa fragilité, il déjoue toutes les langues acérées comme des flèches avec son humilité. On lui prend son manteau, il donne sa chemise, on lui donne un baiser pour le trahir et il nomme cet homme, mon ami. « Dieu déjoue le plan des nations, il empêche les pensées des peuples; mais le plan de Dieu subsiste à jamais, les pensées de son coeur, d’âge en âge. » (PS 33, 10-11) Dieu déjoue par son dessein d’amour toutes nos entreprises funestes. Il y a ici plus que Moïse, plus que le temple : « Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître. » (Jn 1, 17-18) Jésus, le Verbe fait chair accomplit la pensée de Dieu, cette pensée qui n’est qu’amour pour chacun et un amour dont nos pauvres cœurs ne pourraient supporter l’ardeur, s’il ne nous donnait pas un cœur nouveau et un esprit nouveau par son Fils qui s’offre en rançon pour nous.

« Car vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies, oracle de Yahvé. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. » (Is 55, 8-9) Comment les pensées d’un être de poussière à la vie si brève pourraient-elles se mesurer à la pensée de l’Éternel?

« Où étais-tu quand je fondai la terre? Parle, si ton savoir est éclairé. Qui en fixa les mesures, le saurais-tu, ou qui tendit sur elle le cordeau? Sur quel appui s’enfoncent ses socles? Qui posa sa pierre angulaire, parmi le concert joyeux des étoiles du matin et les acclamations unanimes des Fils de Dieu? » (Jb 38, 4-7) Qui posera la pierre angulaire qui ramènera la vie en ce monde où la mort étreint dès la naissance tous les enfants? Qui posera la pierre angulaire pour ramener la justice et la paix, l’unité dans l’amour? « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs c’est elle qui est devenue pierre angulaire; c’est là l’oeuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux? » (Mt 21, 42)

Jésus approche de Jérusalem et la joie se répand tel un feu de broussaille dans la population, une joie inconnue tellement elle est débordante. Qui peut la décrire cette joie que nous ne connaissons pas? Il n’y a que les tristesses qui sont grandes en ce monde où la mort a toujours le dernier mot sur nos joies les plus grandes. Un enfant naît, nous sommes dans la joie et la mort est toujours présente pour nous jeter dans la détresse. Un homme s’enrichit, les plaisirs pleuvent sur sa maison et il n’ignore pas que tout cela aura une fin : « L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat. » (Ps 49, 13) Il a beau s’étourdir pour oublier l’échéance, éloigner les pauvres qui lui rappelle sa condition et sa fin, un jour vient où il entre à Jérusalem pour vivre sa Pâque.

Pourtant ce jour-là à Jérusalem, il y a une joie qui n’a rien à voir avec les joies sans assises de ce monde, ces joies provisoires. Il y a une joie qui fait danser à tout rompre comme David entrant à Jérusalem et qui danse de joie, d’une joie divine.

« Exulte avec force, fille de Sion! Crie de joie, fille de Jérusalem! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. » (Za 9, 9) Il y avait de la joie sur le passage de Jésus, une joie à s’arracher les vêtements pour les mettre sur son passage, à se rendre borgne si l’œil pour un instant se détournait de son visage. Il y avait une joie qui reconnaissait celui qui venait de la part du Seigneur, une joie de reconnaître ce qui était vrai et qu’enfin un abandon entier dans l’allégresse pouvait se vivre.

« Ne mettez point votre foi dans les princes, dans un fils de la glaise, il ne peut sauver! Il rend le souffle, il retourne à sa glaise, en ce jour-là périssent ses pensées. Heureux qui a l’appui du Dieu de Jacob et son espoir en Yahvé son Dieu, lui qui a fait le ciel et la terre, la mer, et tout ce qu’ils renferment! » (PS 146, 4-6)

La foule reconnaissait la lumière qui brillait dans les ténèbres, elle se prosternait devant l’enfant dans la mangeoire d’animaux, devant le Roi des rois sur un ânon : « Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Béni le Règne qui vient, celui de notre Père David. Hosanna au plus haut des cieux! »

Il s’élèvera le bois de la croix et la gloire de Dieu se manifestera dans son ombre pour faire advenir le monde nouveau.

Arrachons nos vieux manteaux pour les mettre sous ses pas, lui qui vient nous revêtir du vêtement de sa lumière de vie en se dépouillant pour nous jusque dans la mort. Mettons à ses pieds toute notre vie sans crainte, car son amour vaut plus que la vie : « Je me réjouirai en l’Éternel, Mon âme sera ravie d’allégresse en mon Dieu; Car il m’a revêtu des vêtements du salut, Il m’a couvert du manteau de la délivrance, Comme le fiancé s’orne d’un diadème, Comme la fiancée se pare de ses joyaux. » (Is 61,10)

Entrons avec Jésus dans cette Pâque et demandons-lui de goûter son amour, amour dont tous les chocolats du monde ne peuvent donner l’idée, car sa saveur est indicible!

Normand Décary-Charpentier