1 avril , Mc 12, 28-34: Tu n’es pas loin du royaume de Dieu!

 In Méditer les écritures

Évangile:

Un scribe qui avait entendu la discussion, et remarqué que Jésus avait bien répondu, s’avança pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? »Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. » Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l’Unique et qu’il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son coeur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. » Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.

Commentaires :

Jésus venait de conclure sa réponse aux Sadducéens sur la résurrection. « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes complètement dans l’erreur. » (Mc 12, 27) Les sadducéens rejetaient les notions de résurrection des morts, de la vie après la mort, ils allaient jusqu’à nier l’immortalité de l’âme. Malgré tout, ils adhèrent à la Loi écrite comme norme pour leur foi. C’est pourquoi Jésus leur dira qu’ils sont complètement dans l’erreur. Sans la résurrection, la foi au Christ devient vide, tout comme sa parole. Il vient nous libérer de l’emprise de la mort et du mal qui y conduit. « Si Christ n’est pas ressuscité, notre parole est vide et vide notre foi » (1 Co, 15). Le premier-né de toutes les créatures, le principe qui sera le premier-né d’entre les morts affirme radicalement que la négation de la résurrection c’est dire que Dieu est un Dieu des morts. Dieu est le Dieu des vivants, il ne veut la mort de personne, le jugement si craint par les sadducéens, il le prend sur lui, sur le bois de la croix.   « Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n’êtes pas libérés de vos péchés; et puis, ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus. » (1 Co, 15, 17-18)

« La gloire de Dieu c’est l’homme vivant, mais la vie de l’homme est la contemplation de Dieu. » (Saint Irénée de Lyon) La mort est si omniprésente en nos vies que nous réduisons trop souvent l’existence aux soifs de nos corps comme les sadducéens. Cela exige un effort de notre esprit en cette vie si limitée pour s’élever à ce plus être que nous pressentons. « Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle; ce jour-là, je connaîtrai vraiment, comme Dieu m’a connu. » (1 Co 13, 12)

Qui peut s’imaginer la paix de Dieu en ce monde ou un rien nous inquiète : » la paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. » (Phi. 4. 6 à 9) Qui peut s’imaginer la joie que nul ne peut nous ravir : » votre joie, nul ne pourra vous la ravir ». (Jn 16, 22) « La joie, c’est le premier et le dernier mot de tout l’Évangile. » (Paul Claudel) Nous sommes devant l’inimaginable, l’indicible. Quel cœur peut supporter de battre pour l’infini? Quel cœur peut supporter la joie de voir la mort de la Mort en retrouvant vivants tous les êtres chers?

Nous arrivons mal à croire en la vie, en une vie qui déborde la mort.

Le scribe qui écoutait Jésus discuter avec les sadducéens a ressenti un peu de cette paix, de cette joie aux paroles de Jésus. Lui qui venait pour le piéger s’avance au contraire pour mieux saisir cet amour qui met le feu dans sa poitrine : « Quel est le premier de tous les commandements? »
Le Fils du Dieu vivant dont la gloire est que nous parvenions à la vie éternelle, dont la volonté est de nous donner une vie abondante, une vie unie à la sienne, une vie dans la paix de joie dans l’Esprit, tourne son regard vers le scribe et lui répond : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Voici le second : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Jésus répond que l’Amour est le commandement ultime, en premier Dieu et en second le prochain. Tout comme le corps et l’esprit sont indissociables ainsi l’amour de Dieu et du prochain sont liés inextricablement.

« Dieu est esprit » dit Jésus à la samaritaine « et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » (Jn 4, 24) L’Esprit est invisible pour les yeux. Comment entrer dans la relation à l’Esprit avec notre esprit sans demander à notre corps de faire silence de ses exigences, le temps d’élever notre cœur vers Dieu? Comment aimer sans se tourner vers la source de l’amour afin d’avoir l’amour pour aimer les autres qui nous entourent? « Dieu est amour; celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4,16).

Ce que Jésus ne dit pas pour le moment à ce scribe c’est que par sa mort et sa résurrection, l’Esprit Saint viendra pour rendre possible l’impossible amour que la loi n’arrive pas à procurer : or Dieu a « répandu son amour dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5,5) Il pourrait bien dire à ce scribe comme à la samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu. » Si tu savais le don de l’amour que j’apporte, c’est toi qui me demanderais de cet amour pour vivre dans l’Esprit de Dieu.

L’esprit du scribe est encore bien enlisé dans la loi, il est tout près de passer vers la foi en Jésus qui rend possible l’impossible amour qui donne la joie et la paix de Dieu : « nous le savons bien, ce n’est pas en observant la Loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ; c’est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste en pratiquant la Loi. » (Ga 2, 16)

Le scribe en restera à considérer Jésus comme un Maître et non son Seigneur. Il reconnaîtra que ce qui se vit dans l’esprit vaut plus que tous les offrandes matérielles et les sacrifices d’animaux. C’est dans l’esprit qu’il vaut veiller et prier pour demeurer en présence de Dieu qui est Esprit.

« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu, » lui dira Jésus. Et personne n’osait plus l’interroger.

« L’amour est un fruit de toute saison et toujours à portée de main. Chacun peut le cueillir; nulle limite à notre désir. La méditation et l’esprit de prière, le sacrifice et l’intensité de la vie intérieure sont pour nous tous le moyen d’atteindre cet amour » dit Térésa de Calcutta. [1]

[1] Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Soeurs Missionnaires de la Charité
A Gift for God (trad. La joie du don, Seuil 1975, p. 63)