1 juillet, Mc 5, 21-43 : La femme aux pertes de sang, la jeune fille au sang coagulant et le sang versé de Jésus, source de vie éternelle.

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Évangile :
Jésus regagna en barque l’autre rive et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord du lac. Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans… — elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration; au contraire, son état avait plutôt empiré — … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Car elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui m’a touché? » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Mais Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maitre? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui.
Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui l’accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la petite fille. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi. » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher — elle avait douze ans — ils en furent complètement bouleversés.
Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache; puis il leur dit de la faire manger.
Commentaires :
Jésus, le Fils de l’homme et le Fils de Dieu, est une seule et même personne possédant deux natures distinctes, l’une divine et l’autre humaine. Le Concile de Chalcédoine en l’an 451 fixa la formulation canonique de la doctrine ainsi : « Nous confessons seul et même notre Seigneur Jésus-Christ… le même parfait en divinité, le même parfait en humanité, véritablement Dieu et véritablement homme… reconnu en deux natures sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation – la différence des natures n’étant pas du tout supprimée par l’union, mais plutôt, les caractères de chaque nature étant préservée et combinée en une seule personne et hypostase – n’est pas divisé ou séparé en deux personnes, mais un seul et même Fils et seulement engendré Dieu, Verbe, Seigneur Jésus-Christ. »
Jésus est au bord du lac. Il goute le vent du large sur son visage, tout comme il entend le clapotis des vagues qui s’endorment sur le rivage. Jésus voit de ses yeux toute cette foule qui se précipite vers lui, il voit les figures de tous ces gens, le regard curieux de l’un, la soif de guérison d’un autre, l’impatience. Jésus voit au-delà des apparences et ne fait pas de différence entre tous ces gens qui sont devant lui. Il aime totalement chacune de ces personnes, comme celles qui sont absentes, celles qui sont déjà dans la mort, celles qui ne sont pas nées encore. Il est là pour s’identifier à chacun, à ses luttes (Hé 2, 17) et apporter à tous ceux qui croiront en lui, la libération en prenant sur lui tout ce qui nous mène à la mort et ainsi nous réconcilier avec le Père dans l’unité de l’Esprit. (Ph 2, 5-11)
Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie avec insistance pour sa petite fille mourante. Il veut que Jésus se rende chez lui pour lui imposer les mains afin qu’elle soit sauvée.
Ce chef de synagogue n’a pas la foi du centurion, cette foi qui reconnait l’omnipotence de Jésus, cette puissance d’amour qui dépasse le temps et l’espace et qui fait ce qu’elle a à produire, à l’instant où Jésus le décide. « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » (Mt 8, 8) déclare le centurion. « À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : “Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi.”
“Dieu est esprit et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer.” » (Jn 4, 24) C’est dans l’esprit que l’être humain saisit ce qui est esprit et peut reconnaitre le visage de celui qui a été engendré par l’Esprit pour nous faire renaitre à la vie éternelle. « C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. » (Jn 6, 63) « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous fait naitre d’en haut. » (Jn 3, 6-7)
Dieu s’incarne dans la chair en son Fils afin de se donner en nourriture pour nous relever de la mort en se livrant en rançon pour nous, afin que nous retrouvions la dignité et l’intégrité du dessein d’amour du Père sur l’humanité. La foi chrétienne est bien celle-ci : croire au Dieu qui s’est révélé comme Dieu unique en trois personnes distinctes, et croire que le Père a envoyé sur la terre son Fils éternel pour réconcilier avec lui une humanité perdue et lui insuffler une vie nouvelle par l’action du Saint-Esprit.
« Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. » (Jn 6, 51) « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. » (Jn 6, 63)
Jésus partit avec le chef de la synagogue et la foule qui suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait. La foule broie Jésus de tous côtés, il avance comme porté par un courant de rivière. Il y avait une femme dans ce fleuve de gens, elle se noyait dans son sang. Comme le centurion, elle était dans l’esprit. Elle n’attendait plus rien de ce monde pour la retirer de son malheur, il ne lui restait que Dieu pour répondre à sa prière. Elle reconnaissait en Jésus celui qui était dans l’esprit, car il ne demandait rien à ceux qu’il soignait et sans cesse, il était sur la route pour se donner toujours plus. Elle se disait que le fait de seulement toucher à la frange de son manteau suffirait pour être entendue. Tout comme l’on touche la surface d’un lac du bout de son doigt et que le lac en entier en est informé.
La femme parvient à effleurer le manteau de Jésus et à l’instant même, l’omnipotence de Jésus répond à sa prière. « Qui m’a touché? » déclare Jésus comme pour dire à cette femme qui priait dans le secret qu’elle a été entendue. Dieu le Père nous entend, il nous entend si bien, qu’il est venu en son Fils pour nous sauver et nous donner l’Esprit afin de nous faire renaitre dans l’unité avec l’unité de la Trinité. Le moindre regard de foi vers le Père est comme une flèche dans son cœur, il est disposé à y ouvrir une source pour se donner et nous faire ses enfants à l’abri dans son Royaume.
« Qui m’a touché » « Qui m’a prié » « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Et la rivière de gens pousse Jésus vers la maison de Jaïre. Un barrage se dresse pour stopper la foule. « Ta fille est morte. » Le papa s’effondre, ses genoux sont coupés par la lourdeur de cette annonce. Sa foi s’échappe comme une volée d’oiseaux surpris dans un bois.
Ne crains pas le vertige de la mort, ne crains pas de tout perdre en ce monde, de tout quitter, ne crains pas la main de l’oppresseur, crois seulement. « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » (Jn 11, 25-26)
Les cris et les pleurs enterrent la joie qu’apporte le ressuscité, celui qui sera parmi nous le premier-né d’entre les morts, lui le premier-né de l’Esprit dans la chair. Qui peut croire que la morte, avec son teint blême, ses yeux éteints puisse retrouver la couleur de la rosée du matin? « Pourquoi cette agitation et ces pleurs? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Ce ne sont pas des rires de joie qui se font entendre aux paroles d’esprit et de vie de Jésus, ce sont des rires de moquerie. L’être humain a baissé les bras devant la mort, devant le péché, devant l’argent. Jésus vient lever ses bras sur la croix dans la chair afin de nous faire lever du tombeau de nos désespoirs. « Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? » Les moqueries ne cessent de se faire entendre encore aujourd’hui, ces rires qui se changent en pleurs et qui n’ont pour consolation que des ivresses pour oublier les êtres aimés.
Jésus entre dans la pièce où reposait la petite fille, il y entre comme il entrera dans ce tombeau neuf au jardin sous le mont du calvaire, il y entre pour marquer la mémoire des disciples qui l’accompagnent et les garder du rire lors de sa mort. Il saisit l’enfant par la main, comme le Père le saisira par l’Esprit dans le tombeau où il dort sous le linceul, il saisit l’enfante et lui dit avec toute la plénitude de l’Esprit qui est en lui : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi. » Les témoins furent complètement bouleversés. Qui peut faire reprendre vie à ce sang coagulé et le faire courir dans tous les replis du corps, dans le blanc des yeux et sur les lèvres… Qui peut redonner le mouvement à ces petites mains et à ces pieds cloués sur le lit du dernier sommeil? Il n’y a pas de médecin si grand soit-il qui puisse guérir de la mort! Le médecin est devant son impuissance lorsque la mort montre son visage, il s’en va et laisse place aux pleureuses et aux fossoyeurs.
Et Jésus leur dit quelque chose qui les étonnera encore plus dans leurs bouleversements. Il insiste comme le chef de la synagogue qui le suppliait pour sa fille que personne ne le sache.
« Le Fils de l’homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. » (Lc 9, 22) Ensuite, vous pourrez l’annoncer à toutes les nations et je serai avec vous jusqu’à la fin des temps.
Et Jésus ramène sur terre les parents en leur disant de faire manger la petite fille… Le jour vient où elle pourra manger le pain de vie.
NDC