1 oct, Lc 9, 51-56 : Le feu de la réconciliation

 In Méditer les écritures


Évangile :

Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route vers la ville de Jérusalem. Il envoya des messagers devant lui; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de l’accueillir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.

Devant ce refus, les disciples Jacques et Jean intervinrent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire? » Mais Jésus se retourna et les interpella vivement. Et ils partirent pour un autre village.

Commentaires :

 Le temps approchait, ce moment si désiré par Jésus pour réconcilier la multitude avec le Père. Le temps approchait de l’enlèvement de Jésus de ce monde. Il vient en ce monde pour payer la rançon de notre enlèvement au prix de son sang et nous libérer de l’esclavage du mal qui nous divise et de la mort qui nous précipite dans l’abîme. Le temps approche où Jésus allait être enlevé des griffes de la mort en ce monde par la puissance de l’Esprit. Le temps approche où il deviendra pour nous nourriture de vie éternelle afin que nous parvenions à traverser cette terre d’exil en demeurant vivants dans l’amour. Le temps approche et il prend avec courage le chemin du lieu de son exécution. « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! » (Lc 12:49) Il avance avec courage vers le lieu où il ouvrira son cœur pour y faire jaillir un fleuve intarissable de vie éternelle. Son empressement d’allumer ce feu sur la terre à Jérusalem ne l’arrête pas d’annoncer en chemin la bonne nouvelle de cette libération qui approche. 

Il envoie des messagers devant lui pour rassembler les foules et préparer sa venue. Les autorités d’un village de Samaritains refusent de faire les préparatifs pour l’accueil de Jésus qui se rend au temple de Jérusalem. Ce Rabbi qui fait des guérisons, chasse les esprits mauvais peut entrainer plusieurs des leurs vers la cité sainte et les éloigner de leur lieu de culte sur le mont Garizim où le temple avait été détruit par un roi de la dynastie juive hasmonéenne environ cent cinquante ans auparavant. Les Samaritains continuaient d’effectuer malgré tout leurs sacrifices sur le mont Garizim. Encore aujourd’hui, ils offrent des sacrifices d’animaux sur ce mont. La concurrence est grande et la haine entre les deux traditions demeure bien ancrée. Le refus d’accueillir des messagers de Jésus dans un tel contexte était donc prévisible. 

La rencontre de Jésus avec la samaritaine exprime bien cette division entre juifs et samaritains et montre à la fois que l’amour de Dieu déborde ces querelles humaines : « Nos pères ont adoré sur cette montagne (en montrant le mont Garizim) et vous, vous dites : C’est à Jérusalem qu’est le lieu où il faut adorer. » Jésus lui dit : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient — et c’est maintenant — où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer. » (Jn 4, 20-24)

Ce n’est ni à Garizim, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père, car le sacrifice ultime ce sera le Fils de Dieu qui s’offre librement pour être l’Agneau de Dieu qui ouvre le passage vers la vie éternelle. Les disciples de Jésus, tout comme les samaritains ne comprennent pas encore ce don de Dieu en son Fils : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » Mais ils ne comprenaient pas cette parole; elle leur demeurait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l’interroger sur cette parole. » (Lc 9, 44-45) 

Cette incompréhension du don de son Fils pour sauver la multitude, n’arrête pas Jésus sur le chemin qui le mène à l’autel du sacrifice pour y verser son sang. Jacques et Jean réagissent très agressivement à ce refus des samaritains. Jean venait de recevoir la directive de ne pasempêcher ceux qui se servaient du nom de Jésus pour chasser les esprits mauvais. « Ne l’en empêchez pas; car qui n’est pas contre vous est pour vous. » Celui qui agit pour le bien de l’humanité au nom de Celui qui vient s’offrir pour l’humanité pour l’élever au rang d’enfant de Dieu, est votre frère, votre sœur. Cela n’a rien à voir avec sa race, sa couleur, son appartenance. Toutes ces divisions sont le fruit du mensonge qui sépare en éloignant de l’amour de celui qui vous unit par son Esprit. 

Le refus des samaritains allume dans le cœur de Jean des idées meurtrières. Il voudrait détruire le village entier par le feu. « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire? » 

Jésus se retourne et l’interpelle vivement ainsi que Jacques. Le feu du ciel, Jésus le fera tomber sur lui pour le transformer en feu d’amour qui pourra s’allumer dans tous les cœurs pour les chauffer et les garder dans l’amour, pour les éclairer et les mener sur le chemin de l’unité où tous seront Un en lui et par lui.

Isaïe voit ce que les disciples ne voient pas, ce que les samaritains ignorent, il le voit et l’annonce et Jésus se rend à Jérusalem pour l’accomplir : « Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits;  objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous. Maltraité, il s’humiliait, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n’ouvrait pas la bouche. » (Is 54, 2-7)  

Pierre tout autant que Jean et Jacques voudra prendre en main le dessein d’amour de Jésus et le détourner de l’autel du sacrifice pour tous. « Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille. Alors Jésus lui dit : “Rengaine ton glaive; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges? Comment alors s’accompliraient les Écritures d’après lesquelles il doit en être ainsi? » (Mt 26, 51-54) Jésus est là pour toute l’humanité et il n’a besoin de personne pour le défendre. Il a besoin de disciples pour le suivre sur ce chemin de l’amour qui unit : « Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a pas commis de faute — et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche; lui qui insulté ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice; lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice; lui dont la meurtrissure vous a guéris. Car vous étiez égarés comme des brebis, mais à présent vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. » (1 Pi 2, 21-25)

NDC