10 août, Jn 12, 24-26, Le grain meurt pour vivre.

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Évangile
Quelques jours avant la Pâque, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd; celui qui s’en détache en ce monde, la garde pour la vie éternelle.
“Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.”
Commentaires :
La mort n’a jamais le dernier mot même si en apparence elle semble faire taire tous les rires. La joie de la vie sera plus grande que la peine que peut causer la mort. Pourquoi la vie serait si courte et la mort si longue, pourquoi il y aurait plus de morts que de vivants sur la terre? Pourquoi ne serait-ce pas la mort qui meurt puisqu’elle n’est rien et ne mène à rien plutôt que la vie qui vive? Qui peut chanter la vie au royaume de la mort? Pourquoi n’y aurait-il rien plutôt que quelque chose? Pourquoi n’y aurait-il personne dans l’univers un jour puisque nous sommes là et que nos traces seront toujours dans l’univers? Pourquoi serions-nous les fils d’un père dont le non serait hasard et le souffle indifférent à la vie donnée? Y a-t-il des pères qui sont indifférents à la vie qu’ils donnent? D’où viendrait l’amour si notre origine n’était que le produit du hasard bricoleur d’un ordre qui se dissipe? Quel amour peut nous donner le hasard? D’où viendrait notre sentiment de justice si nous étions fils du néant et destinés à être dévorés par le néant? Pourquoi la poussière que nous sommes se plaindrait-elle de n’avoir jamais vu le soleil? Comment le hasard pourrait-il nous donner ce qu’il n’a pas? Comment le rien pourrait-il faire naître quelque chose? Comment ce qui est pourrait retourner au rien puisqu’il n’est pas rien? Entendez-vous les pleurs de cette mère sur son enfant mort de faim? Pourquoi pleurer pour ce qui bascule de toute manière dans le vide?
La mort est présente en ce monde et elle parle fort depuis des siècles, si fort qu’elle fait taire tous ceux qui parlent en ce monde, elle fait taire tous les mots d’amour et fait parler les maux qui font crier ceux qui souffrent et ceux qui voient souffrir. Peut-il y avoir une parole qui a le dernier mot sur les maux de la mort?

Huit siècles avant Jésus-Christ, Isaïe annonçait celui qui viendrait parler le langage de la mort à la mort pour donner le dernier mot à l’amour, pour donner la mort à la mort et la faire retourner à l’abîme : “Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié.” (Isaïe 53:4) et Jérémie vers 638 av. J.-C annoncera aussi cette mort qui sera vie et deviendra l’arbre de vie dans sa mort : “Et moi, comme un agneau confiant qu’on mène à l’abattoir, j’ignorais qu’ils tramaient contre moi des machinations : ‘Détruisons l’arbre dans sa vigueur, arrachons-le de la terre des vivants, qu’on ne se souvienne plus de son nom! ’” (Jérémie 11:19) “Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises : au vainqueur, je ferai manger de l’arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu.” (Apocalypse 2:7) cet arbre de vie qui donne la vie pour toujours et qui en apparence est un arbre de mort.
Fini de vivre pour profiter de la vie avant de mourir, fini d’amasser pour se sécuriser, fini de penser que l’humanité est faite pour la mort. La joie poindre sur les lèvres, les battements de cœur se font entendre dans les glaciers de nos hivers. La mort se fera passage vers la vie pour l’humanité nouvelle qui ne verra plus la mort, qui n’entendra plus les pleurs de quiconque.
Jésus désire vivre cette Pâque avec ses disciples, car il veut retrouver la fougue de Jean, le regard de Nathanaël, la témérité de Pierre. Il veut voir l’aveugle avec ses yeux, le boiteux marcher allègrement, l’enfant assassiné reprendre vie, le prisonnier avoir justice, le pauvre recevoir selon sa dignité. Il veut vivre cette mort à lui-même pour faire mourir la mort avec lui en devenant le premier-né d’entre les morts par la puissance de l’Esprit dans la volonté du Père et la liberté de l’offrande du Fils. Jésus désire sa Pâque, car il connaît l’état de ceux qui gisent dans la mort, les détresses de toutes ces ruptures qui nous font demeurer seul parmi les autres et seul devant notre fin.
“Et il commença de leur enseigner : ‘Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter;” (Marc 8:31) Je vais à la mort pour mieux en sortir vivant pour vous tous. Qui peut comprendre un tel dessein d’amour parmi des oreilles qui ne cherchent que leurs intérêts? Ils ne comprenaient pas ce qu’il disait et ils se demandaient entre eux qui étaient le plus grand : “C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude.” » (Mt 20:28)
Qui peut payer une rançon suffisante à la mort pour vider tous les tombeaux et le royaume de la mort? « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. » Une logique de l’amour dans un monde où règne la logique de la mort.
« De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. » (Mt 12:40) Il sortira du ventre du monstre de la mort, ce monstre qui rend blême le visage d’un enfant, éteint les yeux, ferme les lèvres, livre le corps aux mouches et à la corruption. Il sortira du tombeau et fera de ses plaies des sources de vie et de lumière pour tous ceux qui viendront s’y éclairer, s’y abreuver.
Celui qui aime la vie qui mène à la mort, plus que la vie de celui qui est ressusciter des morts pour nous abreuver de sa vie et nous faire renaître enfant de son Père, perdra la vie comme tous ceux qui l’ont perdu avant lui sans connaître le premier-né d’entre les morts.
Mourir à la mort n’est pas un grand sacrifice quand il s’agit de renaître de la vie de celui qui a vaincu la mort.
« Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » (Jn 6, 49-51)
Mourir à la mort pour ne pas rester seul, est-ce trop demander? Se nourrir d’un pain qui donne la vie éternelle et quitter les nourritures terrestres qui ne peuvent sauver, est-ce beaucoup demander?
NDC