10 avril, Jn 12, 1-11 : Les odeurs parfumées de la résurrection

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Évangile :

Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu’il avait ressuscité d’entre les morts. On donna un repas en l’honneur de Jésus. Marthe faisait le service. Lazare était avec Jésus parmi les convives.

Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux; la maison fut remplie par l’odeur du parfum. Judas l’Iscariote, l’un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres? ». Il parla ainsi, non parce qu’il se préoccupait des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce qu’on y mettait. Jésus lui dit : « Laisse-la! Il fallait qu’elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »

Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir Lazare qu’il avait ressuscité d’entre les morts. Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient, et croyaient en Jésus.

Commentaires :

Six jours avant la Pâque, six jours avant sa mort, six jours avant les trois jours qu’il passera dans la mort pour y répandre le feu de la vie! Trois jours avant de revenir à la vie, trois jours au milieu des Noé, des Job, des Abraham, de tous ces justes morts dans la foi en ce jour où viendrait parmi eux celui qui vient au nom de Dieu. Ils attendaient cette naissance du premier-né d’entre les morts parmi eux pour leur ouvrir les portes de la vie éternelle. Ils attendaient cette lumière dans l’ombre de la mort, cette paix dans l’angoisse de ce jour. « Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie. » (Jn 8, 56) Il l’a vu dans la foi et ce jour est tout près.

Encore six jours avant ces trois jours dont Jésus avait parlé à ses proches : « Le Fils de l’homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. »(Lc 9, 22) Encore quelques jours avant de souffrir jusqu’à la mort.

Pourtant, il ne faut pas croire que Jésus redoute ce jour. Il lui tarde de tendre la main à son père charpentier et le conduire vers le Père. Il lui tarde de vaincre la mort et ce qui y conduit pour ne pas laisser sa mère, cette mère qu’il nous donnera, cette mère qui l’a porté, se corrompre dans la mort. Il lui tarde de descendre là d’où personne ne revient pour en sortir victorieux par la puissance du Père qui est en son sein et ouvrir les sceaux que personne ne peut rompre afin de ramener la multitude à la vie. Il lui tarde de ne pas laisser les yeux de sa mère se fermer à jamais, ces yeux qu’il voit déjà trop pleurer devant toute la souffrance qu’il aura à traverser. Qui plus que Marie et Joseph ont vécu avec lui sur cette terre? Tout ces printemps ensembles, toutes ses Pâque à Jérusalem en famille, toutes ces maisons construites, les levers de soleil dans la maison de Nazareth, l’odeur du bois, le parfum des étés. Écoutez-le dire sa hâte : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé! » (Lc 12, 49-50)

Six jours avant sa mort, avant sa Pâque, car de la Pâque de l’ancienne alliance, il sera exclu comme un impur. Hors de Jérusalem, il sera exécuté, seul entouré de deux malfaiteurs. Non pas seul, mais avec son Père et dans l’Esprit et le feu. Six jours avant que les parfums de la lumière de la vie se répandent à jamais sur les siècles passés et futurs dans les ténèbres de la mort.

Six jours avant ce grand jour, Jésus se rend à Béthanie, là où il a rendu la vie à Lazare son ami, comme prémisse de la vie à jamais qu’il lui rendra après sa mort et sa résurrection. Il se rend là où il a redonné les couleurs de la vie au visage de Lazare, où il a remis la chaleur dans un corps refroidi par le sang glacé, où il fait entendre des battements de cœur dans le silence lourd du tombeau.

À la maison de Lazare, on voulait fêter Jésus, mais qui voyait en lui le Christ, l’Oint de Dieu, celui qui descendait du ciel pour apporter le feu de la vie? On fêtait le présent revenu à son rythme, mais qui fêtait l’Éternel? On fêtait une défaite de la mort, mais qui flairait les bonnes odeurs du festin de l’Agneau, cette offrande du Christ sur la croix pour le salut de tous?

Il y avait bien quelqu’un dans cette fête en l’honneur de Jésus qui pressentait les bonnes odeurs de la résurrection, de la victoire de la vie sur la mort en Jésus, de l’Oint de Dieu. Marie voyait le sacrement de Dieu en Jésus, la réalité visible du Fils de l’homme ne lui cachait pas la réalité invisible du Fils de Dieu. Elle ne voulait pas simplement l’honorer comme l’on doit honorer ses parents pour avoir longue vie, elle voulait l’adorer en esprit et en vérité, comme il se doit pour adorer Dieu qui est Esprit et Vie.

Marie en voyant Jésus s’empressa de prendre ce qu’elle avait de plus précieux en ce monde, car rien ne pouvait être assez précieux pour l’adorer véritablement sinon d’offrir sa vie avec lui, venu en ce monde pour s’immoler en sacrifice pour tous. Cet amour de Dieu en son Fils offert pour nous arrachait le cœur de Marie. Comment rendre à un fleuve d’amour coulant de la vie éternelle l’eau qu’il nous donne pour que nous gardions la vie? Elle versa vite tout le contenu d’un flacon de parfum précieux sur les pieds de Jésus, comme pour que personne ne l’arrête dans son geste. Pourquoi autant de parfum, un peu aurait suffi pour remplir cette tâche? Pour Marie, il n’y pas de mesure dans la démesure de l’amour de Dieu pour nous. Jésus aussi pouvait avec une goutte de son sang assurer notre salut. C’est tout son sang qu’il versera pour nous purifier et jusqu’à cette eau qui sortira de son cœur pour nous laver à jamais et nous rendre justes par lui au coeur du Père. C’est avec ses cheveux qu’elle essuiera ses pieds, comme Jésus nous couronnera de gloire en se laissant couronner d’épines! Il se laissera défigurer pour nous donner un visage nouveau, transpercer le cœur pour nous transplanter un cœur nouveau, insulter, mépriser pour insuffler un esprit nouveau. Les parfums de l’amour de Dieu étourdissent Marie et elle ne trouve soulagement à ce grand amour qu’en l’inondant des bonnes odeurs des parfums dont il est le créateur.

Judas lèvera le nez sur les bonnes odeurs de parfum précieux versé sur les pieds de Jésus et prétextera des odeurs nauséabondes de gaspillage dans ce geste. Sa morale réductrice ne voit pas que les pauvres qu’il prétend vouloir secourir avec l’argent épargné, Jésus les sauvera en versant son sang pour eux, non seulement ceux que le prix de ce parfum aurait aidés, mais tous les pauvres du début à la fin du monde. Que de pingreries lorsque l’amour s’absente pour juger de la beauté d’un geste envers Dieu! Judas ne se limitait pas à voler de l’argent dans les coffres, il s’aventurait à mettre la main dans la conscience du prochain pour le culpabiliser de ne pas en faire son trésorier. Judas a la vue bien faible pour voir la réalité invisible dont Jésus est porteur pour le sauver et l’enrichir de vraies richesses.

À la morale utilitaire de Judas, Jésus répondra en dévoilant le sens du geste de Marie. Ce parfum est pour mon ensevelissement, il laissera l’odeur de ma présence pendant les trois jours dans le tombeau, il vous réconfortera de mon absence et préparera vos cœurs à mon retour. Le geste de cette femme restera gravé dans les mémoires afin que devant le pain et le vin de l’eucharistie, nous pressentions la présence du Corps et du Sang de Jésus qui se livre en nourriture de vie éternelle pour nous.

Or quand la foule apprit que Jésus était là, mais aussi Lazare, les gens voulaient voir l’un et l’autre par curiosité. Qui dans cette foule voyait la gloire de Dieu manifestée dans le retour à la vie de Lazare et le Fils de Dieu glorifié par cette résurrection? « Cette maladie ne mène pas à la mort elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle, » disait Jésus. (Jn 11, 4) Les odeurs du parfum n’atteignaient pas les cœurs, ils demeuraient mêlés aux effluves de ce monde et à son assujettissement à la mort. Les chefs des prêtres devant la grande foule qu’attiraient ces parfums de vie décidèrent de tuer Jésus et Lazare.

Six jours avant la Pâque, les chefs des prêtres préparaient la Pâque de la nouvelle alliance qui se scellera dans le sang de Jésus.

NDC