10 avril, Jn 8, 31-42 : Amour et vérité vont ensemble comme amour et liberté.

 In Méditer les écritures


Évangile :

Jésus disait à ces Juifs qui maintenant croyaient en lui : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Ils lui répliquèrent : « Nous sommes les descendants d’Abraham, et nous n’avons jamais été les esclaves de personne. Comment peux-tu dire : < Vous deviendrez libres.>? »

Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : tout homme qui commet le péché est esclave du péché. L’esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison; le fils, lui, y demeure pour toujours. Donc, si c’est le Fils qui vous rend libres, vous serez vraiment libres. Je sais bien que vous êtes les descendants d’Abraham, et pourtant vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole n’a pas de prise sur vous. Je dis ce que moi, j’ai vu auprès de mon Père, et vous, vous faites aussi ce que vous avez entendu chez votre père. »

Ils lui répliquèrent : « Notre père, c’est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous êtes les enfants d’Abraham, vous devriez agir comme Abraham. Et en fait vous cherchez à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité que j’ai entendue de Dieu. Abraham n’a pas agi ainsi. Mais vous, vous agissez comme votre père. » Ils lui dirent : « Nous ne sommes pas des enfants illégitimes! Nous n’avons qu’un seul Père, qui est Dieu. »

Jésus leur dit : « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez, car moi, c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même; c’est lui qui m’a envoyé. »

Commentaires :

Jésus est encore tout jeune, sa vie publique est toute récente. Il a passé la majorité de ses trente ans à Nazareth, petit village perdu dans les montagnes, à 100 km de Jérusalem, à huit heures de marche de Capharnaüm en Galilée. 

Malgré son jeune âge et sa bonne santé, il sait que sa mort est imminente et inévitable, car c’est elle qu’il vient rencontrer pour la faire mourir ainsi que tout ce qui y mène du dedans comme du dehors. 

Qui peut comprendre un tel mystère parmi ses contemporains? Qui peut l’entendre? Si un médecin d’aujourd’hui se retrouvait avec sa science parmi une population de cette époque, il serait contraint de garder pour lui ses connaissances au risque d’être incompris. Qui pourrait comprendre l’existence des microbes, des bactéries et autres virus dans une foule de cette période? 

Jésus vient de beaucoup plus loin que le médecin du 21esiècle, il était avant que le monde existe et par lui tout a été créé, et en lui tout subsiste y compris ceux qui l’écoutent. Qui mieux que lui connaît ce qu’il a créé et qui mieux que lui connaît chacun, puisqu’il en est le soutien? 

« Qui es-tu donc? » Jésus leur répondit : « Je n’ai pas cessé de vous le dire. “Vous, vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde.” 

Jésus est venu d’en haut non pour lui-même, ni pour la gloire de ce monde passager, il est venu pour ceux d’en bas, ses créatures. Il est venu les rendre libres de l’emprise de tout ce qui les divise de Dieu et des autres, de ce qui les retient dans la mort et leur ouvrir les portes du Royaume de Dieu.

Qui es-tu donc? » Jésus n’est pas un médecin du 21esiècle qui apporte des antibiotiques, des connaissances sur le monde microscopique ou sur l’univers, il est l’Éternel qui vient nous donner une vie sans fin où la mort et la division disparaissent sous le déluge de vie qui coulera de son cœur. 

Qui peut entendre une si invraisemblable bonté de la part de Dieu? Qui peut croire à un si gigantesque anéantissement pour nous relever? Devant la science du médecin d’aujourd’hui, les gens de cette époque seraient assurément sourds. Leur vision du monde apprise depuis l’enfance résisterait à s’ouvrir au monde contemporain avec ces moyens de communication sans fil, ces images voyageant à travers la planète en temps réel. Alors! Il ne faut pas s’étonner de la résistance à Jésus. Dieu est si grand selon ce que racontent les anciens que personne ne pouvait s’en approcher sans mourir, personne ne pouvait voir sa face et vivre. Moïse n’a-t-il pas demandé de voir le Seigneur, le Dieu vivant : « Fais-moi de grâce voir ta gloire. » Et il dit : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom de Yahvé. Je fais grâce à qui je fais grâce et j’ai pitié de qui j’ai pitié. » « Mais, dit-il, tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre. » Yahvé dit encore : « Voici une place près de moi; tu te tiendras sur le rocher. Quand passera ma gloire, je te mettrai dans la fente du rocher et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que je sois passé. Puis j’écarterai ma main et tu verras mon dos; mais ma face, on ne peut la voir. » (Ex 33, 18-23) Comment celui que nul ne peut voir et vivre serait-il là dans cette modeste identité de fils de charpentier? Nous voyons son visage à ce Jésus et nous demeurons en vie! 

« Fais-moi de grâce voir ta gloire, » demande Moïse. Si le Père lui avait fait voir le Christ sur la croix mourant par amour pour le peuple qu’il guidait dans le désert, Moïse serait mort sur le champ. Son cœur n’aurait supporté un tel amour d’anéantissement de la part de Dieu pour faire vivre son peuple. Dieu sur la croix, comme le serpent de bronze sur le bois! Moïse devant les désobéissances du peuple l’implorait d’être patient et de ne pas le détruire. Il croyait bien retenir son bras et sa fureur par sa prière. De le voir ainsi cloué sur la croix, couronné d’épines, tout en sang des pieds à la tête, Moïse en serait mort. « J’écarterai ma main et tu verras mon dos; mais ma face, on ne peut la voir. » Sa face sur la croix était si défigurée par le péché de ses enfants, par cette haine sans raison à son endroit, que les gens détournaient le regard sur son passage pour ne pas le voir.

Qui peut comprendre un tel amour, sans mourir à son égoïsme et à tout ce qu’il n’est pas amour de l’autre comme soi-même, à tout ce qui n’est pas adoration de Dieu sans cesse? 

Jésus, malgré la distance entre celui qui vient d’en haut et ceux d’en bas, n’hésite point à livrer sa parole de vérité, cette parole inaudible pour des cœurs en soif de gloire humaine, de pouvoir, d’avoir, de savoir, d’élitisme, de division, de domination, d’envie, de jalousie. Il n’hésite point, car sa parole de vie, prendra vie en ceux qui y croient et elle pourra rendre possible l’impossible accueil de la vérité de l’amour de Dieu. « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Vous verrez la gloire de Dieu que Moïse n’a pu voir sans mourir. Vous verrez que c’est Dieu en son Fils unique qui vient descendre dans la mort pour vous afin de vous rendre libres et de vous conduire à son unité avec le Père et l’Esprit. Cette gloire que nous ne pouvons voir sans mourir avec lui afin de ressusciter avec lui, c’est son amour infini, un amour que notre cœur fini ne peut supporter sinon en mourant avec lui, en nous laissant guérir par ses blessures. « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » (Jn 17, 22-23)

Ceux qui écoutent Jésus restent sourds à cette liberté qui vient d’en haut. Ils demeurent en bas, avec cette liberté que l’on acquiert par la naissance et le combat pour la conserver. Ils se cramponnent à ce monde en voulant conquérir le ciel de bas en haut par le sang qui coule dans leur veine. Ils refusent de se laisser retirer de leur monde et d’accueillir le monde nouveau en ce monde que Jésus vient inaugurer par le don de son sang afin de nous donner le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ils n’ont d’yeux que pour Abraham qu’il nomme leur père. 

Abraham est mort et son fils Isaac aussi et vous mourrez tous pareillement si celui qui vient d’en haut, celui qui est le Fils de Dieu, ne vient pas descendre dans la mort par amour, vous libérer de cet abîme de solitude sans Dieu et vous conduire à la communion avec Dieu.  

Ils ne reconnaissent pas en cet humble visage de Nazaréen, le Fils de Dieu, mais pour ceux qui l’accueillent, un vent de liberté souffle en eux. L’amour reprend ses droits, l’amour inconditionnel de l’autre comme étant partie de soi s’infiltre dans le cœur et le repentir s’ouvre comme un porte pour laisser entrer la grâce de celui qui vient d’en haut. Un être nouveau se lève de son grabat, il a à cœur de pardonner comme il est pardonné, d’aimer sans distinction l’ami et l’ennemi, de prier pour ceux qui le persécutent, de tendre la joue à celui qui le frappe, de faire plus que ce qu’on lui demande à ceux qui lui demandent. Une merveille se passe en celui qui accueille la parole de Jésus, une merveille dont il n’avait pas idée et une joie qui fait danser Abraham dans sa tombe parce qu’il voit venir le jour de sa propre libération.  

« Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » (Jn 17, 25-26)

NDC