10 avril, Jn 8, 51-59, Jésus est plus âgé qu’Abraham!

 In Méditer les écritures, Non classé

Évangile :

Jésus disait aux Juifs : « Amen, amen, je vous le dis : Si quelqu’un reste fidèle à ma parole, il ne verra jamais la mort. Les Juifs lui dirent : «  Nous voyons bien maintenant que tu es un possédé. Abraham est mort, les prophètes aussi, et toi, tu dis : < Si quelqu’un reste fidèle à ma parole, jamais il ne connaîtra la mort.> Es-tu donc plus grand que notre père Abraham? Il est mort, et les prophètes aussi. Qui donc prétends-tu être? »

Jésus répondit : « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien; c’est mon Père qui me glorifie, lui que vous appelez votre Dieu, alors que vous ne le connaissez pas. Mais moi, je le connais, et, si je dis que je ne le connais pas, je serai un menteur, comme vous. Mais je le connais, et je reste fidèle à sa parole. Abraham votre père a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon jour. Il l’a vu, et il a été dans la joie. » Les Juifs lui dirent alors : « Toi qui n’as pas cinquante ans, tu as vu Abraham! » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, Je Suis. »

Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter. Mais Jésus, en se  cachant, sortit du Temple.

Commentaires :

Nous sommes environ 7 milliards de personnes sur terre et sur ce nombre nous ne parviendrons à en connaître que quelques centaines. Tous ces visages qui ne croiseront jamais notre regard, tous ces gens dont nous n’aurons même pas idée qu’ils existent, ils sont si nombreux pourtant ils existent. Nous de même, notre existence est totalement ignorée par la plupart des gens de la planète et pourtant nous existons. Nos yeux sont plein de rêves, notre cœur d’émotions, notre mémoire de souvenirs, notre corps de besoins, de cicatrices, de tensions. Chaque personne dans le monde est un univers, de joies, de peines, de désirs, de talents, d’amour. Nous sommes comme des étoiles dans un ciel immense. Nous pouvons nous voir briller dans la nuit sans savoir ce qu’il y a sur cette planète.

Nous sommes en relation avec peu de gens dans notre vie, proportionnellement à tout le monde qui existe dans ce monde et qui a existé. Depuis les débuts de l’humanité, 80 milliards de personnes sont venues sur cette planète. Ce n’est pas beaucoup à comparer avec le nombre d’oiseaux, les feuilles, les gouttes de pluie. Un petit 80 milliards de personnes qui cherchaient l’amour, la joie, la vérité. Chacun était un monde qui voyait la réalité à sa manière, l’un était un peintre, l’autre un physicien, un médecin, un bricoleur, un artisan, un mathématicien, un chantre, un coureur, un danseur… Combien de mondes différents dans toutes ces têtes qui sont passées sur cette planète? Nous profitons encore des calculs de Pythagore, des réflexions de Platon ou de Socrate, nous racontons encore les fables de Lafontaine, les aventures des chevaliers. Sans l’invention de l’écriture, du chiffre zéro, de l’imprimerie, de la mécanique que serait notre monde? Chacun apporte ce qu’il est et participe à l’ensemble, certains n’ont eu aucune chance de se donner. Ils sont nés esclaves et ils sont morts esclaves. Pourtant, ce jeune esclave pouvait avoir des talents plus grands que certains de nos plus grands savants, comment le savoir?

L’histoire se poursuit inlassablement dans cette méconnaissance de la plupart des merveilleuses personnes qui vivent sur cette terre et qui y ont vécu. Le peu de gens avec qui nous sommes en relation, arrivons-nous vraiment à les connaître et les reconnaître? Qui n’a pas fait l’expérience de perdre un proche et de se rendre compte qu’il ne le connaissait pas? Sortir de soi pour aller vers les autres et les connaître exige d’être libre de nous-mêmes. “Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. S’il meurt, il porte beaucoup de fruits.”  C’est de cette liberté qu’il nous faut pour aller vers les autres : mourir à soi pour ne pas demeurer seul en soi sans tous les autres. Le péché de l’origine, lors de la rupture avec Dieu qui est la source de l’unité, ce péché nous a séparés les uns des autres. Il y a une distance entre nous depuis ce jour. Au début : “L’homme et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point honte. ‘’ (Ge.1:25) puis apparaît la distance à la suite de la désobéissance à l’amour de Dieu : ‘Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes.’ (Gn 3, 7)

Au Temple, la discussion continue, les esprits s’échauffent. Les Juifs n’acceptent pas d’entendre Jésus leur dire qu’ils ne sont pas libres, qu’ils sont enfermés dans leurs traditions qui les rendent aveugles à la présence de Dieu, tout près d’eux. La distance est énorme entre Jésus et ses auditeurs, aussi grande que la distance causée par la rupture de l’origine. C’est cette distance qu’il vient combler en prenant notre nature afin de s’offrir pour nous et refaire l’unité avec le Père. Il prend sur lui notre mort et le péché, cause de cette division entre nous et avec le Père. ‘Amen, amen, je vous le dis : Si quelqu’un reste fidèle à ma parole, il ne verra jamais la mort.’

Ils entendent cette parole de Jésus sans l’entendre, ils n’ont d’oreilles que pour leur identité de fils d’Abraham et c’est par lui qu’ils s’autorisent de nommer Dieu leur Père. Mais qui peut connaître Dieu sinon celui qui vient d’auprès de Dieu avant même l’existence de ce monde? Nous qui avons de la difficulté à franchir la distance qui nous éloigne de nos proches pour les connaître, nous qui sur la planète, ne connaissons qu’une infime minorité des personnes qui y vivent, nous aurions la prétention de connaître Dieu que personne n’a jamais vu et que personne ne peut voir. Ce n’est pas Jésus qui est possédé, au contraire il se dépossède de son droit d’être traité à l’égal de Dieu pour se donner pour nous afin que nous puissions connaître Dieu par lui, qui vient d’auprès de Dieu. Ce sont eux les possédés. Ils sont possédés par eux-mêmes, par leurs traditions, leurs interprétations et ils n’arrivent pas à sortir de cette manière de voir pour voir Celui qui est le Verbe fait chair.

‘Es-tu donc plus grand que notre père Abraham? Il est mort, et les prophètes aussi. Qui donc prétends-tu être? ’ Moïse est-il plus grand qu’Abraham, Abraham que Melchisedeck, David du prophète Élie? Il n’est pas question de grandeur les uns par rapport aux autres. Le plus grand, n’est-ce pas le plus petit, le plus vivant n’est-ce pas celui qui meurt pour les autres. Il faut sortir de cette mentalité de rupture et entrer dans le chemin de l’unité qui nous enlève la honte d’être à nu, les uns devant les autres et ainsi reconnaître la place de chacun pour la vie de tous.

Jésus se met à nu sans honte devant eux et n’hésite pas à leur dire ce qu’il sait très bien qu’ils ne pourront entendre avec les oreilles du vieil homme en rupture avec les autres.

Il proclamera d’abord qu’il est le Fils du Dieu vivant et que la gloire du Père se dévoilera lorsqu’il retournera près du Père.   ‘Et voici, le voile du Temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent’ (Matthieu27:51).

Dans la mort de Jésus sera notre naissance à la nouvelle unité qui brise la distance entre tous et nous rend proches des milliards de personnes de l’humanité depuis ses origines. ‘Abraham votre père a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon jour. Il l’a vu, et il a été dans la joie.’ Il a tressailli de joie de savoir qu’il retrouverait la vie en étant plongé dans la mort et la résurrection de Jésus. Quelle attente pour voir ce jour! Pourtant la descendance d’Abraham ne s’ouvre pas à recevoir la foi qu’Abraham a si bien reçue dans sa vieillesse.

Les Juifs demeurent sur les chiffres pour se convaincre que Jésus est possédé : ‘Toi qui n’as pas cinquante ans, tu as vu Abraham! ’ À en rester aux chiffres, vous ne verrez jamais que vous valez plus que tous les oiseaux du monde et que votre âme vaut plus que tout l’univers. La vie n’a pas de prix et l’amour de Dieu pour nous n’a pas de mesure et rien ne l’empêchera de venir donner sa vie dans la démesure afin que nous ayons la vie éternelle. Vraiment, son amour n’a pas de mesure et notre cœur ne peut saisir une telle générosité, une telle perfection d’amour.

Jésus ne renoncera pas à leur affirmer la vérité sur ce qu’il est pour eux : ‘Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, Je Suis.’

Insoutenable propos pour le vieil homme qui ne veut pas sortir de lui-même et rester couvert de feuilles de pagne pour se cacher. Ils ramassèrent des pierres pour le lapider et Jésus, en se cachant, sortit du Temple.

‘Ne le savez-vous donc pas : nous tous, qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Car si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne. Nous le savons : l’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que cet être de péché soit réduit à l’impuissance, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché.’ (Rm 6, 3-6)

NDC