10 fév, Mc 8, 1-10 : « Ils vont défaillir en route. »

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Évangile :
En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule de gens, et qu’ils n’avaient pas de quoi manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : « J’ai pitié de cette foule, car depuis trois jours déjà ils sont avec moi, et n’ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en route; or, quelques-uns d’entre eux sont venus de loin. » Ses disciples lui répondirent : « Où donc pourra-t-on trouver du pain pour qu’ils en mangent à leur faim, dans ce désert? » Il leur demanda : « Combien de pains avez-vous? » Ils lui dirent : « Sept. »
Alors il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Puis, prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit, et il les donnait à ses disciples pour que ceux-ci les distribuent; et ils les distribuèrent à la foule. On avait aussi quelques petits poissons. Il les bénit et les fit distribuer aussi. Ils mangèrent à leur faim, et, des morceaux qui restaient, on ramassa sept corbeilles. Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya. Aussitôt, montant dans la barque avec ses disciples, il alla dans la région de Dalmanoutha.
Commentaires :
« J’ai pitié de cette foule, car depuis trois jours déjà ils sont avec moi, et n’ont rien à manger. » Ils n’ont rien à manger, ils n’ont rien pour se revêtir, ils sont comme des brebis sans berger, ils sont comme des brebis que la mort mène paître au cimetière. Jésus a pitié de nous avant même que nous soyons dans le monde, il a pitié de ceux qui ne sont pas encore là dans ce champ et qui partageront cette vie chétive et fragile à toutes les maladies, aux violences des puissants qui ne peuvent dominer que par la peur. « Ils vont défaillir en route », dit Jésus à ses disciples. Ils vont tous défaillir en route, ces hommes, ces femmes, ces enfants du présent, comme ceux du passé ont déjà défailli. Ils vont défaillir en route tous les gens du futur et ils s’évanouiront vers un ailleurs dont personne n’a idée. Où est Moïse le prophète, Abraham, le père de la foi, et Sara et Isaac le fils épargné du sacrifice par la main de l’ange? Ils sont morts, comme tout le peuple qui était au désert est mort, tout comme Alexandre le Grand et son armée, comme Nabuchodonosor. Ils ont défailli en chemin, aucune richesse, aucune gloire, aucune puissance de ce monde n’ont pu intervenir contre ce malheur.
« Où donc pourra-t-on trouver du pain pour qu’ils en mangent à leur faim, dans ce désert? » Les disciples ont bien raison, le défi est impossible. Où trouver du pain dans ce désert, où trouver un consolateur dans cette vallée de larmes?
« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé! » (Lc 12, 49-50) Jésus est venu allumer un feu dans ce désert pour faire cuire un pain de vie et comme il lui tarde que ce feu soit allumé dans ce monde de ténèbres où la mort règne ! Comme il lui tarde d’entrer dans ces trois jours de la mort pour en sortir vivant afin de nous revêtir de lui pour nous garder au chaud dans l’amour et l’espérance, dans la joie et l’allégresse.
Quel est le disciple qui peut comprendre cette pitié de Jésus, car eux-mêmes sont dans les filets de ce désert, sous l’emprise de cette brièveté? Nous croyions bien couvrir notre vulnérabilité avec les quelques feuilles de figuier du jardin. Nous croyons bien que Dieu se cache de nous maintenant que nous voulons résoudre l’énigme du labyrinthe du désert sans lui, que nous voulons être dieu sans lui. Pourtant, c’est nous qui courons nous cacher chaque fois que nous entendons son pas, le souffle de sa brise.
« Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. Ils entendirent le Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L’homme et la femme allèrent se cacher aux regards du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : “Où es-tu donc?” L’homme répondit : “Je t’ai entendu dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché.” Le Seigneur reprit : “Qui donc t’a dit que tu étais nu?” (Gn 3, 7-11) Dieu eut pitié d’Adam et Ève et de toute leur descendance. Il eut pitié de voir ainsi celui et celle créés à sa propre image se cacher de lui qui pouvait seul les mener à sa ressemblance, de les voir se voir nus, divisés du prochain et de l’amour, seuls à s’abriter des averses de perceptions tombant dans leur esprit, le Seigneur eut pitié.
“Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit.” (Gn 3, 21) Le Seigneur les revêt de cette toison et en son cœur déjà brûle son désir de se revêtir de cette chair tombée dans la division pour les réconcilier par lui avec lui et les ramener à la vie, à cette vie où nous aimons l’autre comme nous-mêmes. N’est-ce pas cet amour d’unité qui pouvait les garder nus, l’un avec l’autre?
Le Père envoie son Fils unique dans la chair afin de nous revêtir de sa chair, de nous nourrir de sa chair et de nous faire renaître par lui, récapituler le monde par le Christ.
«Heureux ceux dont les offenses ont été remises, et les péchés couverts. Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute aucun péché.» (Ro 4, 7-8) Jésus a revêtu notre chair pour la donner en nourriture de vie éternelle et nous couvrir de son manteau de justice : “Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts; ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas. » (…) «Voici le pain descendu du ciel; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts; qui mange ce pain vivra à jamais. » (Jn 6, 49-50.58)
«Si, en effet, par la faute d’un seul, la mort a régné du fait de ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice régneront-ils dans la vie par le seul Jésus Christ? Ainsi donc, comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’oeuvre de justice d’un seul procure à tous une justification qui donne la vie.»(Ro 5, 17. 18) Dans ce désert, dans cette vallée de larmes, Jésus vient s’offrir en nourriture de vie éternelle, en vêtement de la noce où l’être humain retrouve l’unité avec Dieu et tous ceux qui demeurent dans l’amour. ‘Revêtez-vous de l’homme nouveau, adoptez le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu. Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites tous la vérité à votre prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres… » (Eph 4:24 -25) Il ne s’agit plus de se cacher de Dieu en attendant son pas dans le désert de nos vies, mais de nous cacher en lui, en se donnant à lui, avec lui, pour les autres : ‘Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu’. (Colossiens 3.3)
‘Combien de pains avez-vous? ’ Ils lui dirent : ‘Sept.’ Apportez votre maigre pitance et je la multiplierai jusqu’à la fin des temps pour revêtir et nourrir la multitude afin que personne ne défaille en chemin, vers la maison du Père.
«Jésus a revêtu notre chair. Donnons-lui la nôtre, pour qu’il puisse ainsi venir dans le monde et le transformer. Amen! » (Benoît XVI jeudi saint 2006)
L’Agneau de Dieu vient mourir pour nous afin de nous revêtir de sa toison, de son vêtement blanc pour nous introduire dans la salle du festin éternel.
‘Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez.’ (Luc 15:22ss)

NDC