10 mai, Jn 6, 52-59 :« Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?

 In Méditer les écritures


Évangile :

Les juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger? Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi.

“Tel est le pain qui descend du ciel : il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement.” 

Voilà ce que Jésus a dit, dans son enseignement à la synagogue de Capharnaüm.

Commentaires :

L’enseignement de Jésus est difficile à entendre pour ceux qui n’ont pas foi en lui. Ils cherchent à ridiculiser son enseignement sans chercher à comprendre. Avant de prétendre comprendre ce que l’on entend une première fois, il faut plutôt comprendre qu’on ne comprend pas et mettre le temps pour méditer ce que nous ne comprenons pas afin que le sens se dévoile avec le temps. “Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de monPère?”  Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son coeur. » (Lc 2, 49-51) Ils ne comprirent pas, dit l’évangéliste, mais sa mère et sûrement Joseph, gardaient tout cela fidèlement, le méditant et la lumière se faisait en son temps. 

« Les bergers firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant; et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son coeur. » (Lc 2, 17-18) 

Marie, la mère de Dieu, celle à qui l’ange avait dit qu’elle était comblée de grâce, s’abaissait humblement devant la grandeur du mystère de Dieu et laissait le temps à la semence de cette parole vivante de Dieu de grandir en son cœur et de se dévoiler en son temps. Elle ne comprenait pas tout, tout de suite, mais elle se livrait avec confiance à l’action créatrice de Dieu : « Je suis la servante du Seigneur; qu’il m’advienne selon ta parole! » (Lc 1, 38)

Il faut avoir foi en la parole de Dieu et aussi à son action en nous. Il ne faut pas vouloir tout saisir tout de suite et que tout se fasse dans l’immédiat selon notre temps et à notre manière. Pierre a mis du temps à accepter que Jésus devait passer par la souffrance et il se refusait à comprendre, croyant comprendre que ce n’est pas ainsi que les choses devaient se passer. « Jésus commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner en disant : “Dieu t’en préserve, Seigneur! Non, cela ne t’arrivera point!” Mais lui, se retournant, dit à Pierre : “Passe derrière moi, Satan! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes!”  (Mt 16, 21-22)Pierre a son idée et il voudrait que les choses se passent comme ils pensent. Accepter de comprendre ce que nous ne comprenons pas exige de l’humilité, toujours de l’humilité et rien que de l’humilité. Malheureusement, nous ne savons pas plus ce qu’est l’humilité, croyant le savoir. Les grandes vertus nous sont données et pour les recevoir, il faut savoir que nous ne les avons pas et que nous ne savons pas ce qu’elles sont.    

“Jésus vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : ‘Seigneur, toi, me laver les pieds? ’ Jésus lui répondit : ‘Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent; par la suite tu comprendras.’ Pierre lui dit : ‘Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais! ’ Jésus lui répondit : ‘Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi.’ (Jn 13, 7-8) 

Pierre a appris à apprendre l’amour de Dieu pour lui et pour tous. Il a appris à mettre le temps pour comprendre cet amour infini de Dieu pour nous qui se donne sans mesure. Il a appris à laver les pieds, à se mettre au service de cet amour. Il faut l’écouter nous dire dans son épître : ‘Mais voici un point, très chers, que vous ne devez pas ignorer : c’est que devant le Seigneur, un jour est comme mille et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir.’ (2 Pi 3, 8-9)  

Aujourd’hui, Jésus vient d’enseigner que celui qui mange sa chair et boit son sang vivra. Les chefs des prêtres, scribes et pharisiens qui ne veulent en rien comprendre ce que Jésus enseigne, ni recevoir sa parole de vie, se régalent de cette affirmation, tellement il est clair que les paroles de Jésus n’ont pas de sens : ‘Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?

Jésus avait bien dit à ses disciples de se méfier du levain du pharisien, de ce levain qui fait gonfler que les apparences, ces apparences dont ils se servent pour paraître justes et savants. ‘Gens de peu de foi, pourquoi faire en vous-mêmes cette réflexion, que vous n’avez pas de pains? Vous ne comprenez pas encore? Vous ne vous rappelez pas les cinq pains pour les cinq mille hommes, et le nombre de couffins que vous en avez retirés? Ni les sept pains pour les quatre mille hommes, et le nombre de corbeilles que vous en avez retirées? Comment ne comprenez-vous pas que ma parole ne visait pas des pains? Méfiez-vous, dis-je, du levain des Pharisiens et des Sadducéens! ’ Alors ils comprirent qu’il avait dit de se méfier, non du levain dont on fait le pain, mais de l’enseignement des Pharisiens et des Sadducéens.’ (Mt 16, 8-12) 

Méfiez-vous de cet enseignement qui n’est que préceptes humains : ‘Hypocrites! Isaïe a bien prophétisé de vous, quand il a dit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains.’ (Mt 15, 7-9) N’allons pas comprendre trop rapidement que ce qui est humain est mauvais. Le Verbe s’est fait chair pour sauver l’humanité, pour sauver chaque être humain dans sa totalité, avec son corps, son histoire, son âme, sa maman… ‘Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.’ (Jn 1, 14) La chair est bonne, mais sans l’esprit, elle ne sert à rien, et c’est l’Esprit de Dieu par l’incarnation de Jésus dans la chair qui vient redonner à notre humanité dans la chair sa plénitude. ‘Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi des doutes montent-ils en votre coeur? Voyez mes mains et mes pieds; c’est bien moi! Palpez-moi et rendez-vous compte qu’un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai.’ Ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. Et comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et demeuraient saisis d’étonnement, il leur dit : ‘Avez-vous ici quelque chose à manger? ’ Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux.” (Lc 24, 38-43)

 Le Christ ressuscité mange du poisson, il a un corps, il peut toucher et être touché, il peut étreindre et essuyer les larmes qui coulent de nos yeux. 

“Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.” Oui, vraiment si vous ne mangez pas cette chair du ressuscité, vous n’aurez pas la vie de Dieu qui s’est incarnée dans la chair pour vous la donner, cette vie, par l’Esprit de Dieu comme il a été engendré par l’Esprit dans le sein de la Vierge Marie. Une logique inattaquable, sans faille aucune, une logique divine, fruit de la sagesse de Dieu et tout amour pour nous. Où Dieu trouve-t-il son avantage à se donner ainsi en nourriture de vie éternelle? Tout ce don qu’il nous fait à chaque instant est dans notre seul intérêt à nous. Qui peut compter le nombre de célébrations eucharistique qui s’actualisera sur les autels du monde aujourd’hui? Et cela se revit depuis des siècles. Tant d’amour de sa part et si peu d’amour à son endroit de notre part. “Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger? Pourquoi cet homme veut-il se donner à manger, pourquoi, sinon parce qu’il nous aime avant même que nous l’aimions. Pourquoi tant d’amour à des êtres si méprisables à ton endroit Seigneur? Pourrions-nous dire plutôt : pourquoi persister à te donner? Nous te laisserons seul dans les tabernacles où tu t’enfermeras. Nous passerons indifférents devant ton pain de vie. Nous t’outragerons dans ton amour en prétendant comprendre ce que nous ignorons. 

‘O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles! Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur? Qui en fut jamais le conseiller?Ou bien qui l’a prévenu de ses dons pour devoir être payé de retour?Car tout est de lui et par lui et pour lui. À lui soit la gloire éternellement! Amen.’ (Ro 11, 33-36) 

‘Tel est le pain qui descend du ciel : il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement.’ Tel est le dessein d’amour du Père à notre endroit : 

‘Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.’ (Jn 3, 16-17)

NDC