10 mars, Lc 18, 9-14 : Pour viser juste, il faut un cœur brisé!

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Évangile :
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être des justes et qui méprisaient tous les autres. Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien et l’autres, publicain. Le pharisien se tenait là et priait en lui-même :
« Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant : Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l’autre.
“Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé.”
Commentaires :
Il y a un grand désarroi au cœur de la personne qui apprend soudainement qu’elle est atteinte d’une maladie grave et incurable.
Un vide s’ouvre à cet instant sous ses pieds. Elle est comme un astronaute dont le cordon qui le retient à son vaisseau spatial se détache sans qu’il y puisse rien. L’angoisse est aussi démesurée que l’espace qui l’étreint. Les yeux de l’astronaute sous son casque de verre s’ouvrent et il voit sa fragilité, sa nudité, sa vulnérabilité. Il voit l’impuissance de tous sur le vaisseau bleu dans l’espace. Personne ne peut rien pour lui et personne ne pourra rien pour personne sur ce vaisseau au moment de la rupture du cordon qui le retient à la terre.
Nous pouvons bien construire des châteaux, faire la fête, faire la tête forte devant notre impuissance, il reste qu’un jour nous ferons la rencontre de cette impuissance ainsi que celle de notre pauvreté. “Tu t’imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien; mais tu ne le vois donc pas : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu!” (Ap 3, 17) Dès que nous le mettons le pied dans l’univers cellulaire de ce monde, nous sommes assez vieux pour mourir. Avant de naître, nous sommes déjà vieux, car la mort nous précède, là où nous allons pour vivre quelques instants. Le mal incurable nous devance et se moque de notre force, de notre sagesse, de notre poing levé au ciel en signe d’indifférence devant le gouffre. La planète entière s’offre à celui qui veut la gagner sans crainte d’y perdre son âme : “Le diable le prend avec lui sur une très haute montagne, lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit : ‘Tout cela, je te le donnerai, si, te prosternant, tu me rends hommage.’ (Mt 4, 8-9) Plie le genou et rends hommage au vide! Plie le genou et profite du temps, il n’y a pas d’éternité où tu peux mettre pied et étreindre ceux que tu aimes. L’insensé plie le genou : ‘et dit en son coeur, ‘Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir jusqu’à la fin.’ (Ps 10, 6-11) Dieu n’oublie pas, il ne nous oublie pas. Si la mort nous précède et nous rencontre tous, encore plus Dieu qui est la vie nous devance et nous attend. ‘Revenez, fils d’Adam! ’ Car mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier qui passe, comme une veille dans la nuit. Tu les submerges de sommeil, ils seront le matin comme l’herbe qui pousse; le matin, elle fleurit et pousse, le soir, elle se flétrit et sèche.’ (Ps 90, 4-6) L’Éternel était déjà là avant notre naissance, il connaît l’heure de notre mort et il nous attend pour nous porter dans son Royaume. ‘Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront, de peur que tu ne heurtes du pied quelque pierre.’ (Ps 91, 11-12) Ils te porteront sur leurs mains pour ne pas t’abandonner à l’abîme.
Dieu s’est fait homme pour descendre dans notre mort, dans notre abandon afin de nous prendre avec lui et de nous conduire à la création nouvelle… Il s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, il s’est faible pour nous donner sa force. ‘Que celui qui se glorifie, dit Saint Paul, se glorifie dans le Seigneur. Jésus-Christ, dit-il, nous a été donné pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification, notre rédemption, afin que, selon ce qui est écrit, celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur (1Cor. 1,30-31)
‘Aussi, suis donc mon conseil : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher la honte de ta nudité; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue.’ (Ap 3, 18)
Jésus dit une parabole pour ceux qui sont convaincus d’être riches et qui sont pauvres et misérables, pour ceux qui sont certains d’avoir un vêtement qui n’a rien pour cacher leur honte, pour ceux qui croient voir et qui sont aveugles. Jésus vient pour faire voir la réalité qu’on ne peut voir qu’avec la foi, cette réalité non palpable qui se cache dans son sang versé, dans son corps donné, dans ce gibet, dans ce pain et ce vin. Il vient ouvrir nos yeux à la réalité de l’amour, cet amour en qui tout subsiste et sans qui rien ne serait. ‘C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles.’ Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent : ‘Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles? ’ Jésus leur dit : ‘Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché; mais vous dites : Nous voyons! Votre péché demeure.’ (Jn 9, 39-41)
Deux hommes montèrent au Temple pour prier, l’un était pharisien et l’autre publicain. Le pharisien croyait voir en la Loi tout ce qu’il fallait pour en faire un juste. Abraham pourtant n’est pas justifié par ses œuvres, mais par sa foi en Dieu. ‘Par la foi, Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac, et c’est son fils unique qu’il offrait en sacrifice, lui qui était le dépositaire des promesses, lui à qui il avait été dit : C’est par Isaac que tu auras une postérité.’ (Hé 11, 17-18) Par la foi, c’est Dieu qui par son Esprit conduit le croyant. Abraham partit de son pays sans savoir où il allait, il offrait en sacrifice celui par qui il assurait la descendance que Dieu lui promettait. Abraham n’oubliait pas qu’il était pauvre et que sa pauvreté ne lui permettait pas de discuter de la sagesse de Dieu, mais de lui faire confiance. Cette attitude d’Abraham qui lui permet de faire l’incompréhensible, tout en sachant que c’est sagesse, est le fruit de l’humilité. Abraham ne se substitue jamais à Dieu, il lui laisse toute la place en lui et se présente devant lui, toujours comme un pauvre. Un pauvre qui n’ignore pas que toute sa richesse lui vient de Dieu, que ‘tout est grâce’ comme le chante sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Le pharisien se rend au Temple pour prier et il prie Dieu de lui être reconnaissant pour sa justice, de le récompenser pour ses services. Il se présente à Dieu comme son égal et il attend sa récompense. ‘Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites, dans les synagogues et les rues, afin d’être glorifiés par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense.’ (Mt 6, 2) Il a déjà sa récompense dans sa suffisance, car même si Dieu voulait le récompenser, il n’en voudrait pas. Il s’imagine être juste. ‘Tu t’imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien; mais tu ne le vois donc pas : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu! ’ (Ap 3, 17)
Il y avait ce publicain dans le Temple. Il se tenait à distance avec son mal incurable, avec son angoisse du vide, cette conviction de ne pouvoir continuer de vivre un instant sans la présence de Dieu pour le tirer de là où il n’était qu’impuissance. Il ne pouvait que crier pour demander à Dieu de rester avec lui, malgré sa distance, ses éloignements. Le publicain est conscient de sa misère, de sa nudité et il sait son aveuglement devant ce qui est juste. ‘C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles.’ Le publicain ne voit pas, il verra le pain descendu du ciel, il reconnaîtra la lumière de vie, il ne s’offusquera pas d’entendre Jésus dire de manger sa chair et boire son sang. Il sait qu’il doit renaître d’une vie nouvelle pour sortir du vide de son tombeau.
‘Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts; ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas. Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et même, le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde.’ Les Juifs alors se mirent à discuter fort entre eux; ils disaient : ‘Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger? ’ Alors Jésus leur dit : ‘En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Voici le pain descendu du ciel; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts; qui mange ce pain vivra à jamais. » (Jn 6, 49-58)
Celui qui mange le pain de la loi sans s’abaisser pour reconnaître la moindre miette du pain de la foi rentre chez lui le ventre aussi vide que lorsqu’il est entré au temple et la tête pleine de lui-même et de sa science. Celui qui s’abaisse en s’offrant à celui qui s’offre à lui dans la foi pour le nourrir entre dans la plénitude de celui qui vient du ciel. ‘Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce. Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.’ (Jn 1, 16-17)
NDC