10 mars, Lc 4, 1-13 : Jésus au désert y fait jaillir des sources de lumière.

 In Méditer les écritures


Évangile :

Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon.

Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. »

Le démon l’emmena alors plus haut, et lui fit voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela » Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »

Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. Jésus lui répondit : « Il est dit : Tu ne mettras à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Ayant ainsi achevé toutes les formes de tentation, le démon quitta Jésus jusqu’au moment fixé.

Commentaires :

Tout comme Marie accepte avec foi que le Fils de Dieu entre dans ses eaux matricielles pour se donner un corps afin de se livrer pour nous, ainsi Jean Baptiste accepte avec foi de baptiser celui en qui il reconnaît l’Agneau de Dieu, celui qui nous baptisera dans l’eau et le feu afin de nous faire renaître à la vie de Dieu par son don. Marie tout comme Jean disent oui à participer avec les yeux de la foi au dessein de Dieu pour l’humanité. Jean Baptiste en voyant Jésus voit un homme semblable aux autres hommes, tout comme Marie reçoit un enfant semblable aux autres enfants. Qui peut comprendre que l’Être infini puisse se recroqueviller dans le fini ? Qui peut comprendre que l’Éternel se glisse dans le temporel et se rende vulnérable ? Qui peut comprendre que l’Immuable entre dans le temps qui passe, qu’il versera des larmes, qu’il sera assujetti à l’attente, lui dont la Parole crée à l’instant ce qu’il dit ? « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé!» ( Lc 12, 49-50) 

Qui peut comprendre que Dieu si puissant qui n’a nul besoin de personne pour être dans la plénitude puisse venir se faire serviteur de ceux qui sans lui ne peuvent rien faire ? Pourtant Marie croit à cette Parole qui lui dit que le Seigneur va prendre chair en elle, Jean Baptiste croit en voyant Jésus qu’il est celui qui vient donner sa vie de Fils de Dieu en rançon pour le salut de la multitude. 

Jean Baptiste ne voit pas un monstre dans ce Père qui livre son Fils unique et bien-aimé, il entre dans cette lumière de la nouvelle création qui le dépasse et qui encore nous éblouit aujourd’hui. Marie aussi est entrée dans ce mystère incompréhensible, sans mot dire et sans jamais reculer. Tu seras la mère de Dieu et dès la conception de l’enfant, la condamnation à mort plane sur elle, dès la naissance de l’enfant, elle est poursuivie par une armée qui veut tuer cet enfant Dieu. 

Les disciples comprendront mal que Jésus entre à Jérusalem et annonce que les autorités religieuses le rejetteront, le feront flageller, tuer et que le troisième jour, il ressuscitera. Les disciples n’entendent que la mort, ils ne voient en rien la victoire de la résurrection sur notre monde d’obscurité. Incompréhensible sagesse que la Sagesse de Dieu qui s’actualise dans la folie de la croix. 

Nous sommes tellement enlisés dans le fini et le temporel que nous voudrions voir l’infini. Le temps de notre vie ne suffirait pas pour le voir et comment voir ce qui n’a pas de commencement et de fin ! 

Après son baptême, Jésus rempli de l’Esprit est conduit au désert par l’Esprit pour être mis à l’épreuve par celui qui est prince de ce monde, ce monde qu’il a conquis par un mensonge afin de faire advenir un monde contraire à la vérité, un monde où la mort tend les bras à tous les enfants, un monde sans visage, sans être, un monde d’apparences et de mirages. Mieux vaut un monde de haine qu’un monde d’amour où je dois servir les plus petits pour qu’ils deviennent plus grands que moi. Mieux vaut un monde de division où je règne qu’un monde d’unité où chacun est tout à tous. Mieux vaut un monde d’esclaves qu’un monde d’enfants où chacun est prince et roi avec le Roi des Rois. 

 Jésus est au désert avec ce père du mensonge qui compte bien tromper Jésus avec les fruits de l’arbre qui passe, cette potence déguisée en corne d’abondance.   

Il viendra à la rencontre de Jésus, à ce moment où son corps bien épuisé pourrait se montrer vulnérable à un morceau de pain ou une simple gorgée d’eau. Que ne ferait l’homme affamé pour une bouchée de pain ? Que ne ferait le riche pour augmenter sa fortune ? L’homme est nu et pauvre, il n’a pas idée de la richesse de ce qu’il est, il réduit sa vie à couvrir sa nudité pour ne pas avoir froid ou à quelques parures pour briller aux yeux des autres. Si tu es le Fils de Dieu, toi qui as le ventre creux, change cette pierre en pain et tu seras soulagé. Pourquoi te faire patient quand tu peux te donner ce que tu attends en droit ? Il a convaincu bien des forts de ce monde de prendre le pain sur la table des plus faibles pour se nourrir sans souci de leur mort. 

Toi Jésus, si tu es le Fils de Dieu, tu es plus puissant que les forts de ce monde alors pourquoi jeûner ainsi et connaître la douleur que tu peux éviter ? Pourquoi t’enfermer dans ce désert de solitude, d’obscurité, de froid et de chaleur insupportable ? Tu peux briller dans ce monde et te faire servir, toi à qui même les pierres obéissent pour te plaire. 

Jésus de lui répondre que l’homme ne vit pas seulement de pain, que l’homme doit vivre, il vit de justice, de paix, d’unité, d’amour, de douceur, de bonté, de générosité. N’est-ce pas la volonté du Père qui est nourriture d’abord et le reste vient par surcroît ?

Troublé par cette sagesse, le père du mensonge l’emmena plus haut. Mais ce que le menteur ignore c’est qu’il tente d’amener plus haut celui qui vient d’en haut ? « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde.» (Jn 8, 23) Jésus est en bas, mais il vient de Dieu, il est venu dans la chair, non d’une volonté charnelle, mais par la volonté de Dieu. Alors ce haut où le mène le Menteur, pour montrer à Jésus tous les royaumes de son monde sans êtres parce que fondé sur le mensonge, n’a rien pour impressionner celui qui est l’Être en qui tout subsiste. Jésus pourtant ne sera en rien trompeur avec le vendeur d’illusions qui lui offre tout ce qui lui appartient pour une courte prosternation… Tout cela n’a que la valeur d’un genou qui plie devant toi, alors tout cela ne vaut rien, c’est celui qui plie devant toi qui a de la valeur et que tu veux t’approprier. Le mensonge des richesses de ce monde se déploie à la mesure des richesses que le menteur étale devant les yeux de Jésus. Jésus fera éclater la vérité dans cette obscurité trompeuse, comme si des milliards de cloches aux dimensions de la planète carillonnaient à l’instant des paroles de Jésus.  « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »

C’est bien ce que le menteur ne voulait pas entendre ! Cette vérité lumineuse est comme un lever de soleil qui se lève dans son esprit, une insupportable souffrance dans son monde de ténèbres. « Que nous veux-tu, Fils de Dieu? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps,» (Mt 8, 29 ) s’exclame le Menteur à son insu dans son intérieur ? Cette parole carillonne à ses oreilles avec les mots de Jésus qui ne cessent de se répéter. 

Il veut le mener encore plus haut dans son monde d’en bas. Les épreuves que Jésus traverse sans y chuter deviennent un feu brûlant dans la bouche de celui qui a l’habitude de vaincre la nature de l’être humain. Insupportable que celui-ci puisse ainsi refuser autant de richesses et de pouvoir, insupportable que celui qui a autant de talents puisse refuser de s’en servir pour son intérêt, sans souci des autres. Alors, le Menteur le mène encore pus haut dans son monde d’en bas comme pour lui montrer que son pouvoir est réalité et ainsi le contraindre à rivaliser de puissance avec lui s’il est ce qu’il dit. 

Tu disais qu’il est écrit que seul devant Dieu tu te prosterneras, il est écrit aussi que si tu es le Fils de Dieu tu peux sans crainte te jeter en bas, ainsi tu sauras si tu es ce que tu dis. Écoute ce qui est écrit et prouve que tu es le Fils de Dieu: « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une  pierre.» Jésus répond par ce qui est dit dans l’Écriture à celui qui tente d’éprouver le Seigneur ton Dieu devant qui toi, tu devrais te prosterner : « Il est dit : Tu ne mettras à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

La douleur du Menteur est à son comble, il ne peut supporter davantage de lumière et il quitte Jésus jusqu’au moment fixé. 

Ce moment où Jésus entrera dans son monde de souffrance et de mort afin d’y faire entrer la lumière de la vérité et de l’amour. 

NDC