10 oct, Lc 12, 15-21 : L’éternité ne suffira pas pour rendre grâce à Dieu de tous ses bienfaits.

 In Méditer les écritures

Évangile :

Jésus disait à la foule : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain; car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. » Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se demandait : < Que vais-je faire? Je ne sais pas où mettre ma récolte.> Puis il se dit : < Voici ce que je vais faire; je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.> “Mais Dieu lui dit : < Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura? > Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.”

Commentaires :

“Gardez-vous bien de toute âpreté au gain… Gardez-vous de mettre tout votre cœur, toute votre volonté, toutes vos forces, toute votre âme, tout votre esprit à gagner toujours plus et plus. ‘À quoi sert à l’homme de gagner l’univers, s’il perd son âme.’ (Lc 9,25) Qu’est-ce que l’âme pour que son prix soit plus précieux que tout l’univers? Comment une réalité non apparente pourrait-elle valoir plus que tout l’univers? En hébreu, nous disons néfesh pour le mot âme et il signifie non pas une partie de l’homme, mais la personne entière. En français, nous avons traduit par le mot âme en oubliant que ce mot concernait la personne entière et non une partie en lui, une petite lumière qui s’échappe à la mort comme certains se la représentent. L’âme, c’est la personne tout entière avec son corps et son esprit, c’est l’unité de tout ce qu’est une personne. Lorsque le psalmiste chante : ‘Mon âme a soif de Dieu’ (Ps 42,3), c’est sa personne entière qui a soif et s’il ne reçoit pas du breuvage divin, il mourra. ‘Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant; quand irai-je et verrai-je la face de Dieu? Mes larmes, c’est là mon pain, le jour, la nuit, moi qui tout le jour entends dire ‘Où est-il, ton Dieu? ’’ (Ps 42-3-4) Cette réalité non apparente qui nourrit et abreuve le corps, c’est le Dieu invisible et pourtant si visible dans toutes ses merveilles, c’est la vie. ‘Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.’ (Jn 1, 1-5) L’âme, c’est la vie qui est en nous, dans notre personne entière, dans nos yeux, nos oreilles, dans la moindre cellule de notre peau, dans notre cœur. Elle est en chacun de nos neurones qui courent dans notre cerveau, dans chaque goutte de sang… ‘À quoi sert à l’homme de gagner l’univers, s’il perd la vie.’ (Lc 9,25) Nous avons la vie, pourtant il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas la vie. Ce n’est pas nous qui avons allumé l’interrupteur de la vie en nous et si nous perdons la vie dans un accident, qui peut trouver l’interrupteur pour nous ramener à la vie. Notre science a beau être avancée pour faire reculer la mort, celle-ci aura toujours le dernier mot sur des êtres mortels comme nous le sommes. Nous ne sommes pas la vie et pour demeurer en vie, nous devons nous abreuver à la source de la vie : ‘Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau. Oui, au sanctuaire je t’ai contemplé, voyant ta puissance et ta gloire. Meilleur que la vie, ton amour; mes lèvres diront ton éloge. Oui, je veux te bénir en ma vie, à ton nom, élever les mains’ (PS 63, 2-5)

Ton amour vaut plus que la vie et cet amour est la source de la vie. ‘Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas mais il obtiendra la vie éternelle.’ (Jn 3, 16)

Qui sommes-nous pour que tu envoies ainsi ton Fils unique en rançon pour nous racheter à l’emprise du mal et de la mort pour nous donner la vie éternelle? ‘À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles, que tu fixas, qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter? À peine le fis-tu moindre qu’un dieu; tu le couronnes de gloire et de beauté, pour qu’il domine sur l’oeuvre de tes mains… ’ (PS 8, 4-7)

Qu’est-ce que l’être humain pour que tu penses à lui, lui qui résiste à penser à toi et à toutes les merveilles que tu fais pour lui à chaque instant? N’est-ce pas Dieu qui nous tient en vie, qui est la vie en nous et que sommes-nous sans lui : Voici les nations, comme la goutte au bord d’un seau,?le grain de sable sur un plateau de balance! (…) Toutes les nations devant Lui sont comme un rien,?vide et néant pour Lui. À qui comparer Dieu, et quelle image pourriez-vous en fournir » (Is 40, 15.17-18) Il tient dans sa main toutes les étoiles, tous les trous noirs de l’univers, il tient dans sa main la moindre cellule, la plus petite particule, car en lui tout fut créé au ciel et sur la terre et en chaque être humain.

Quel doit être le premier et le plus grand commandement? Est-ce l’amour de l’argent ou l’amour de Dieu, source de la vie parce qu’il est la vie. ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée; c’est là le premier et le plus grand commandement. Et le second est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’ (Mt 22, 37-38) De ta personne entière, tu aimeras le Seigneur ton Dieu, car son amour vaut plus que la vie, il est la vie. Tu auras beau perdre la vie, il te la rendra pour l’éternité et l’éternité ne suffira pas pour lui rendre grâce quand tu verras tout le bien qu’il a fait pour toi et la multitude. ‘Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait? ’ (Ps 116, 12)

Qui peut rendre au Seigneur le bien qu’il lui a fait, le bien qu’il lui fait et le bien qu’il lui fera pour l’éternité? ‘Alleluia! Louez Yahvé, tous les peuples, fêtez-le, tous les pays! Fort est son amour pour nous, pour toujours sa vérité.’ (Ps 117, 1-2) Les mots ne suffisent pas, il n’y a que l’offrande de son Fils que nous pouvons lui rendre en invoquant son nom et en lui rendant grâce pour tant d’amour.

‘Alleluia! Rendez grâce à Yahvé, car il est bon, car éternel est son amour! ’ (Ps 118, 1)

Méfiez-vous du levain des pharisiens, de ce levain qui rend âpres au gain et prend place dans la personne entière, son cœur, son esprit, sa volonté, ses forces, son amour. ‘L’amour de l’argent est la racine de tous les maux; et quelques-uns, en étant possédés, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments.’ (1 Tim 6, 10) Ils se sont éloignés de la source de la vie en dépensant leur vie dans des biens qui passent et dont ils ne sont ni maîtres, ni dieux. ‘Quand les richesses s`accroissent, n`y attachez pas votre coeur.’ (Ps 62,11)

Cet homme riche dont parle Jésus est passé à côté de la joie de connaître celui qui est la source de la vie, celui qui s’ouvrira le cœur sur la croix pour faire couler des fleuves d’eau vive. Il a mis son cœur dans ses gains et au moment de vouloir en profiter sans les autres, la vie qu’il avait reçu gratuitement, lui a été retirée. Tu es fou, dit Jésus, tu es fou d’une folie qui est sagesse dans le monde des apparences, dans le monde du passager. Il fallait être fou de la folie de la croix pour te livrer avec Jésus qui vient nous rendre riches de sa pauvreté, forts de sa faiblesse, vivants par sa mort et sa résurrection.

‘Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie, dans vos ceintures’ (Mt 10, 8-9) Ne prenez surtout pas d’or, ni d’argent, car vous prendriez pour précieux ce qui ne l’est pas. C’est du trésor du cœur que nous pouvons donner et ce trésor a des richesses qui rendent la vue aux aveugles, chassent les esprits mauvais, font marcher les boiteux…

‘Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où le ver et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où le ver et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur.’ (Mt 6, 19-21)

La gratuité véritable ne peut venir que de Dieu, car il est celui qui nous enrichit véritablement par son amour qui nous donne de l’aimer et d’aimer.

Comment lui rendre grâce pour tant de bienfaits? ‘Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom de Jésus, le Christ Seigneur, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.’ (Col 3, 17)

Normand Décary-Charpentier