11 août, Mt 16, 24-28, Le filet de la croix

Home / Méditer les écritures / 11 août, Mt 16, 24-28, Le filet de la croix

Évangile:

Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.

“Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père; alors il rendra à chacun selon sa conduite.

Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son Règne.”

Commentaires :

Jésus vient d’annoncer à ses disciples qu’il souffrira beaucoup de la part des autorités religieuses à Jérusalem. Il leur dit qu’il sera tué. Les disciples sont bouleversés d’entendre de tel propos. Pourquoi le “Messie”, le Fils du Dieu vivant, aurait-il une fin aussi dramatique? Pierre vient tout juste de proclamer l’identité messianique de Jésus : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant!” (Mt 16,14) Jésus vient de lui remettre les clefs du Royaume. Ne lui a-t-il pas dit : “Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (v. 18) La Mort ne l’emportera pas sur cette Église et pourtant Jésus parle qu’il sera tué. Ils n’entendent pas que le troisième jour, il va ressusciter. La peine de savoir que Jésus va mourir rend les disciples sourds à l’idée de la résurrection.

Pierre, dans son trouble d’entendre Jésus parler de sa souffrance et de sa mort, prend Jésus à part pour lui faire de vifs reproches à ce sujet : ‘Dieu t’en garde, Seigneur! cela ne t’arrivera pas.’ (v22) Comment Dieu pourrait-il permettre que son Fils unique puisse ainsi souffrir et être assassiné? Pierre n’entend rien à cette souffrance, à cette mort sur la croix. Jésus est si jeune, si plein de vitalité. N’a-t-il pas toujours confondu les autorités avec leurs pièges pour le prendre en défaut et le condamner?

Pierre ne comprend pas ce passage par la souffrance et la mort que Jésus annonce. Les autres disciples sont tout aussi troublés par ces mots.

Jésus reprendra vivement Pierre sur ces reproches. ‘Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.’ (v 23) Le médecin pour soigner le malade ne doit-il pas s’attaquer à la maladie pour rendre la santé aux patients? Le Christ Jésus ne doit-il pas entrer dans la mort pour nous guérir de la mort, s’introduire dans la souffrance pour nous en libérer, accepter les affronts, les injures pour nous faire renaître à l’amour véritable? ‘Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu. Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents je la rejetterai. Où est-il, le sage? Où est-il, l’homme cultivé? Où est-il, le raisonneur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde? ’ (1Co, 18-: 20)

Le langage de la croix est folie pour ceux qui se perdent! Qui sont ceux qui se perdent, sinon ceux qui refusent de mourir à la vie qui mène à la mort? Qui sont ceux qui se trouvent par le langage de la croix? N’est-ce pas ceux qui acceptent de mourir avec le Christ par amour pour les autres afin de ressusciter avec lui pour entrer dans le Royaume du Père?

Pierre n’entend pas cette sagesse de Dieu, il est encore enlisé dans la sagesse humaine qui mène à la mort, sans amour, seul devant l’infini et l’éternité.

Jésus, à la suite de cette vive altercation avec Pierre, dira : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. » Ces paroles d’une fermeté sans équivoque ne sont pas moins d’une douceur sans pareille. Jésus n’a-t-il pas dit de se mettre à son école, qu’il est un maître doux et humble, que son fardeau est léger et qu’il apporte le repos. (Mt 11,28-31) Jésus passe par ce chemin pour ce faire le chemin dans l’inévitable souffrance et mort que tous nous traverseront un jour et ce jour peut être maintenant comme dans quelques années.

Le langage de la croix est amour et un amour tellement démesuré par rapport à nos amours que nous ne parvenons pas à l’entendre. Prends ta croix, viens suis-moi! dit Jésus. Nous entendons bien, mais nous refusons de chercher la croix dans notre quotidien, nous cherchons plutôt à profiter de la journée, à tirer le maximum de plaisirs pour soi à chaque instant. Pourtant ce qui nous échappe, c’est que la croix est inévitable pour tous. La croix avec ses souffrances et la mort est toujours à l’affût prête à nous surprendre. Est-ce possible d’atteindre soixante-dix printemps sans subir l’épreuve la maladie, des accidents, de la mort, de l’injustice, des méchancetés? Un immense filet de malheurs divers est suspendu devant chacun. Certains se font prendre à la naissance, d’autres dans la vieillesse, mais personne ne lui échappe. Mieux vaut se laisser prendre dans les filets de Dieu que son Fils unique vient étendre en se suspendant sur la croix. Venez mourir d’amour avec moi pour les autres et vous sauverez votre vie. Mourez d’amour que pour vous et vous resterez seul avec les souvenirs de vos plaisirs passés.

La disproportion entre l’offre de Jésus et ce que la vie sans lui nous donne est sans mesure. Une éternité de délices pour se perdre avec Jésus dans l’amour ou une vie à courir après quelques plaisirs pour se sauver de la souffrance et de la mort, en sachant que l’inévitable détresse est toujours à la porte. Le plus terrible dans cette quête pour sauver notre vie concerne notre conduite. La manière dont nous voulons gagner notre vie en rapport avec les autres. Si nos jours sont comptés et que la fin est assurée, notre conduite ne se range pas dans ce calcul. Elle peut avoir des conséquences qui débordent le temps de notre vie. Les dictateurs qui tuent des personnes par milliers changent l’histoire de toute l’humanité et jusqu’à sa fin. Une personne qui meurt, c’est toute une lignée de gens qui disparaît. Hitler a fait tuer six millions de juifs, c’est beaucoup plus que six millions qui sont morts, ce sont tous les enfants des enfants de ces personnes. Notre conduite déborde notre temporalité, nous sommes plus que le temps que nous vivons puisque nos actions pendant notre vie poursuivent leurs effets. Qui pourra rendre compte de tous ces actes lorsqu’il en verra les effets jusqu’à la fin des temps? Quelle sagesse humaine peut rendre compte de tous ces bouleversements de l’histoire par nos simples actions?

Jésus par sa croix prend sur lui toutes nos actions et leurs effets dans l’histoire. Il nous rachète par sa croix et rend à chacun son intégrité en le faisant renaître par sa mort et sa résurrection. Pierre ne s’empresserait pas de dire à Jésus de se garder de ce chemin de la croix, s’il savait son reniement et ses conséquences sans la croix qui le rachète. Au contraire, il se prosternerait devant Jésus après cette annonce de sa mort pour l’adorer, car quoi d’autre que l’adoration peut rendre justice à autant d’amour gratuit pour nous. Il prend sur lui l’ampleur de nos fautes, de nos pollutions, de nos guerres, de nos haines, de nos divisions. L’éternité ne pourra suffire pour lui rendre grâce.

Le Fils de Dieu qui s’est fait homme pour que l’homme devienne enfant de Dieu, héritier de la vie éternelle, viendra avec tous les anges qui connaissent son amour parfait, infini, éternel, il viendra dans la gloire du Père, en qui aucune mort, aucune souffrance, aucune larme n’ont de place, il viendra rendre à chacun le salaire de sa conduite dans l’amour des autres. Il n’y aura pas de procès, de paroles vaines. Il y aura un Agneau Immolé sur un trône. Une lumière jaillira de cet amour de don et toute conscience sera éclairée sur sa conduite. Il sera fini le temps du loup déguisé en brebis, le temps des apparences, le temps du prestige de l’avoir, du pouvoir, du savoir, de la gloire, il n’y aura que l’amour.

Y a-t-il quelqu’un qui ne connaîtra pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son Règne? N’est-ce pas Celle qui a donné sa vie pour mettre au monde celui qui vient tous nous donner la vie? N’est-ce pas Celle qui a renoncé à elle-même pour suivre l’enfant qu’elle mettait au monde par la conception de l’Esprit Saint?

‘Ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. » (1 Co 1, 28-29)

NDC