11 avril, Jn 10, 31-42 : Je ne peux pas y croire!

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Évangile :

Les Juifs allèrent de nouveau chercher des pierres pour lapider Jésus.

Celui-ci prit la parole : « J’ai multiplié sous vos yeux les œuvres bonnes de la part du Père. Pour laquelle voulez-vous me lapider? » Les Juifs lui répondirent : « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, c’est parce que tu blasphèmes : tu n’es qu’un homme, et tu prétends être Dieu. »

Jésus leur répliqua : « Il est écrit dans votre Loi : < vous êtes des dieux.> Donc, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait, la Loi les appelle des dieux; et l’Écriture ne peut pas être abolie. Or, celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous lui dites : < tu blasphèmes, parce que j’ai dit : < Je suis le Fils de Dieu.> Si je n’accomplis pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. Mais si je les accomplis, quand bien même vous refuseriez de me croire, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. »

Les Juifs cherchaient de nouveau à l’arrêter, mais il leur échappa.

Il repartit pour la Transjordanie, à l’endroit où Jean avait commencé à baptiser. Et il y demeura. Beaucoup vinrent à lui en déclarant : « Jean n’a pas accompli de signe; mais tout ce qu’il a dit au sujet de celui-ci était vrai. » Et à cet endroit, beaucoup crurent en lui.

Commentaires :

« Je ne peux pas y croire », disaient les gens à New York lorsque les tours du Trade Center s’écroulaient. La bouche pleine de la poussière provenant de l’écrasement de ces immenses édifices, ils n’arrivaient pas à y croire, tellement cela débordait la raison. Certains pleuraient, d’autres cherchaient les caméras pour se convaincre que c’était du cinéma.

« Je ne peux pas y croire », disait une fan de Céline Dion en se retrouvant devant la vedette pour un autographe. La jeune fille tremblait comme une feuille, pleurait, tapait du pied comme pour se réveiller. Elle n’arrivait plus à dire un mot à son idole malgré toute sa préparation pour cette rencontre. « Je ne peux pas y croire », continuait-elle de dire. La scène s’achèvera dans les larmes, ce sera le tour d’un autre fan et la jeune fille s’éloignera en se demandant pourquoi elle a ainsi perdu la maîtrise d’elle-même.

Quand l’idole est descendue de son socle pour venir vers elle, elle n’arrive pas à y croire. Les gens demandent à une idole d’être un porte-bonheur, une protection contre le malheur, une source d’inspiration. Personne ne s’attend à ce que son talisman, son porte-bonheur, son fétiche, son gri-gri lui adresse la parole. La star pour la jeune fille, ce n’est qu’une projection de ce qu’elle voudrait être. C’est pourquoi en la rencontrant dans la réalité son rêve qui semblait une réalité disparaît comme un mirage dans le désert. Une idole, c’est toujours une projection de soi. Celui qui adore l’argent veut beaucoup d’argent pour être adulé. L’argent, il s’en moque, c’est ce qui lui apportera l’argent qui importe. Avec de la fortune, il n’est pas nécessaire de baisser les yeux, de faire le modeste, de quêter de l’attention, de vouloir être entendu.

Les autorités juives n’arrivent pas à croire à ce que Jésus leur dit sur lui-même : « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham ait existé, moi, Je Suis. ». Ils ne peuvent y croire que ce qui est attendu depuis si longtemps puisse arriver. « Abraham votre père a tressailli d’allégresse dans l’espoir de voir mon jour. »  Eux, ils ne tressaillent pas d’allégresse devant Jésus, au contraire ils veulent le lapider. « Nous ne pouvons pas y croire ». Dieu, ils l’avaient bien enfermé dans la tradition, dans la loi, dans la pierre. Le commandement de Dieu ne dit-il pas : « Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. » (Ex 20,4) Comment pourrions-nous voir celui de qui nous ne pouvons nous faire d’image? Ils n’arrivent pas à y croire. Dieu pour eux était sans image. Il était tout aussi innommable : il était interdit de prononcer son nom. « Dieu dit à Moïse : “Je suis celui qui suis. Tu parleras ainsi aux fils d’Israël :’ celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : JE-SUIS. ‘’ Dieu dit encore à Moïse : ‘Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est YAHVÉ, c’est LE SEIGNEUR’ (Ex 3, 14-15) Le Seigneur se nommerait donc : Jésus de Nazareth! Ils ne peuvent y croire et pourtant les œuvres de Jésus témoignent bien qu’il est ce qu’il dit de lui-même. Ils le savent, mais ne peuvent y croire comme les gens devant la chute des tours de New York, comme tous les fans qui pleurent devant leurs idoles, la réalité est ce qu’elle est et bien que nous ne puissions la nier, elle existe bien. La mort sera vaincue, le mal sera expié par son sacrifice, la porte donnant accès à l’Arbre de vie sera ouverte, les tombeaux s’ouvriront, l’amour reprendra son droit sur la haine, la vie sur la mort. Qui peut croire à cette étreinte trinitaire entre le Père, le Fils et l’Esprit? Qui penserait entrer dans cette unité et cet amour qui nous libèrent de toute inquiétude de la mort à jamais? Qui peut croire à l’autre comme si c’était lui-même et s’abandonner à une amitié à jamais? Qui peut croire que jamais plus le mal ne nous séparera, que la paix et la justice règneront?

Nous ne pouvons y croire, car nous avons tous notre image du pire et du meilleur, de la joie et de la peine et ces images sont toujours réductrices de la vie que Jésus nous promet.

 

Nos paradis ressemblent plus à des ‘clubs Med’ des ‘Miami’ qu’à ce jour où tous les tombeaux s’ouvriront à la parole de Dieu afin que chacun se retrouve dans ses amours : ‘Vous saurez que je suis Yahvé, lorsque j’ouvrirai vos tombeaux et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, mon peuple. Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez; je vous établirai sur votre sol… ’ (Ez 37:13 -14)

 

Nous n’osons pas croire en Dieu, en son Amour. Nous préférons l’enfermer dans ce que nous croyons de plus beau en ce monde, tout comme les autorités religieuses au temps de Jésus. Pourtant quel enfant peut s’imaginer le monde qui vient à la sortie du ventre de sa mère, qui peut s’imaginer le monde que Dieu nous prépare?

Nous pouvons avoir une idée de son amour en le voyant sur la croix! Qui peut croire en un Dieu qui se donne ainsi, qui se rend si vulnérable? Qui peut croire en un Dieu si désarmé devant tant d’ennemis? Pourtant c’est l’image que Dieu nous donne de lui. Un Dieu qui se donne en sacrifice pour nous afin de nous libérer de l’emprise du mal et de la mort et nous attirer dans son étreinte éternelle.

Dieu n’est pas absent, c’est nous qui sommes absents à la vie, à la réalité. Nous sommes toujours en quête d’une idole à notre image que nous essayons de mettre au monde sans regarder autour celui qui a faim, l’autre qui a soif, l’autre qui est nu, l’autre qui est malade, prisonnier et qui attend que nous descendions de notre socle d’idole pour le visiter et prendre le temps avec eux de regarder le crucifié qui nous dit que le temps de la résurrection et du bonheur que nous ne pouvons imaginer vient. ‘Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous’ (Luc 17 : 20-21). . [au milieu : en grec= entos, qui peut signifier à l’intérieur]

 

Les Juifs cherchaient de nouveau à l’arrêter, mais il leur échappa.

Jésus, le Fils du Dieu vivant, retourne ensuite à l’endroit où sa vie publique avait commencé, le lieu où Jean l’avait baptisé. ‘Moi, je vous baptise avec de l’eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas.’ (Lc 3, 16-17)

Jean voit ce que les autres n’arrivent pas à voir parce que sa foi a grandi dans le désert, loin des images de ce monde qui font de Dieu, une statue, un veau d’or, une absence, un indifférent. Il voit l’humilité de Dieu en reconnaissant qu’il ne serait pas digne de toucher à la courroie de ses sandales, il voit cet amour qui s’humilie pour nous élever, qui se laisse tuer pour nous donner la vie.

Nous ne pouvons y croire. La foi ne peut être qu’un don tellement son amour dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Notre cœur ne peut avoir cette immensité sans la recevoir du cœur de Dieu transpercé.

NDC