11 fév, Mc 6, 53-56 : La frange de son manteau et son cœur transpercé!

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Évangile :
Jésus et ses disciples, ayant traversé le lac, abordèrent à Généraseth et accostèrent. Ils sortirent de la barque, et aussitôt les gens reconnurent Jésus : ils parcoururent toute la région, et se mirent à transporter les malades sur des brancards là où l’on apprenait sa présence.
Et dans tous les endroits où il était, dans les villages, les villes ou les champs, on déposait les infirmes sur les places. Ils le suppliaient de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau. Et tous ceux qui la touchèrent étaient sauvés.
Commentaires :
Jésus est jeune, début de la trentaine. Il a en affection tout le monde, sans exception. Le malade a pour lui autant d’importance que le bien portant, les enfants que les adultes, le simple que le savant, ceux qui le haïssent sans raison tout autant que ceux qui le suivent, la prostituée tout autant que ceux qui veulent la lapider. Étonnant qu’un si jeune homme puisse avoir ce désir constant de se donner totalement à tous pour le meilleur de l’autre, d’être prêt à mourir pour chacun afin de rendre la vie. Trente ans, c’est un âge où la sagesse de l’amour a encore tout à apprendre. Pourtant Jésus est sans arrêt sur les routes et les chemins, il passe d’une ville à l’autre pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, aux prisonniers, aux malades, enfin tous ces gens qui n’ont d’intérêt pour personne. Il n’oublie en rien les enfants, trop souvent mis au travail rapidement. Il a une attention particulière à rendre à la femme sa dignité, à l’élever de son rang d’objet d’un homme et à l’établir comme personne entière dans le dessein d’amour de Dieu. N’est-ce pas une femme qui sera la mère Dieu, le premier engendré par l’Esprit? N’est-ce pas une femme, sa mère qui sera la première à monter à la maison du Père avec son corps, pour être mère de l’Église, le Corps du Christ sur la terre?

Ces détracteurs constatent bien cette justice qui lui sort par tous les pores de la peau. Des pharisiens et des hérodiens, pour le prendre au piège dans sa parole, se servent de cette justice qu’il manifeste afin de lui donner confiance et de le prendre au piège : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu. » (Mc 12, 14) Jésus qui vient se livrer pour nous, bien que nous soyons pécheurs, connaît leur hypocrisie, il la connaît bien et pourtant il les aime ces pharisiens et ces hérodiens. Il les connaît ces maîtres du piège, il connaît aussi ses disciples, il sait qu’ils veulent les premières places, qu’ils attendent une récompense, qu’ils le quitteront lorsque viendra la tempête de violence sur sa personne et il les aime tout de même. N’est-ce pas cela l’amour de Dieu pour nous? Il connaît tout de nous et pourtant il veut se donner tout de même à nous pour nous élever à l’amour dont il nous aime.
« La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. » (Rm 5,8) Ce jeune homme n’est qu’amour, il vient dans la chair pour aimer de l’amour dont il est aimé du Père et en rien et jamais, il ne doutera de cet amour du Père, qu’importe ce que le dessein d’amour du Père sera sur lui : « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens, ils le bafoueront, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et après trois jours il ressuscitera. » (Mc 10, 33-34) Il veut nous revêtir de cet amour afin que nous puissions demeurer dans l’amour et s’entendre dire par lui : « Et voici qu’une voix venue des cieux disait : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur.” »(Mt 3, 17)
Allez comprendre quelque chose à cet amour de Dieu qui livre son Fils bien-aimé pour des personnes qui ne l’aiment pas ou qui l’aiment si mal et si peu et qui mèneront son Fils à la croix. Qui peut prétendre aimer de cet amour sans puiser à son amour qui nous a aimés avant même que nous ayons quelque amour pour lui? Il nous connaît bien, il connaît nos reniements, nos replis sur nous-mêmes pour quelques sous ou quelques plaisirs. Il connaît notre peu de soucis des autres, et notre peu de reconnaissance pour tout le bien que nous recevons. Il sait que la moindre richesse que nous possédons, nous arrivons vite à nous en attribuer le mérite et que nous regardons le pauvre de haut et même le malade. Qui peut se prétendre sans péché et lancer sa pierre sur celle qu’il regarde de haut : « Tous sont soumis au péché, comme il est écrit : Il n’est pas de juste, pas un seul, il n’en est pas de sensé, pas un qui recherche Dieu. »(Ro 3, 9-11) Vous avez raison pharisiens et hérodiens, Jésus ne fait pas de différence entre les hommes et c’est heureux pour nous : « car il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu — et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus : Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis au temps de la patience de Dieu; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus. Où donc est le droit de se glorifier? » (Ro 3, 22-27) C’est à la louange de sa gloire que nous devons par lui chercher cette guérison qui mène à la perfection de l’amour, à la santé parfaite dans l’amour. « À vous qui m’écoutez, je dis : “Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. À qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre; à qui t’enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. À quiconque te demande, donne, et à qui t’enlève ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement. Que si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on? Car même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.” »(Lc 6, 27-32) Il n’y a que l’amour qui n’est qu’amour qui peut parler ainsi et exiger tant d’amour, car ce qu’il nous demande de faire, il le fait pour nous et à un point tel que cela passe inaperçu à nos yeux égoïstes lorsque nous le voyons sur sa croix, lorsque nous le prenons dans notre main pour le manger, lorsque nous entendons son corps se briser dans les mains du prêtre. Qui entend son cœur se briser, son esprit s’humilier et pourtant demeurer si insensible à autant d’amour ? Il n’hésite en rien à se donner aux malades que nous sommes. Ce n’est pas la frange de son manteau que nous touchons, c’est son corps et son sang que nous mangeons et buvons.
Oui, nous le reconnaissons bien lorsque le temps s’assombrit, que la maladie frappe à nos portes et s’insinue dans la chair de l’un des nôtres. Nous le reconnaissons bien avec sa barque sur le rivage et nous courrons avec nos brancards. Ne nous inquiétons pas, il nous aime autant, il est toujours don total pour nous. Où seront tous ces malades qu’il a soignés lorsque la foule criera à tue-tête : Crucifiez-le! Crucifiez-le! Ils seront dans la foule, avec Pierre en larmes, avec Marc au loin, avec l’aveugle, les lépreux. Jésus se laissera quand même toucher le cœur par notre misère, par cette emprise de ce qui n’est pas amour et qui nous éloigne de l’étreinte dont il est aimé et dont il aime. Il se laissera transpercer le cœur pour se donner encore plus : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. » (Jn 19, 37) Ils le penseront bien mort, de cette mort qui les attend tous. Ils seront soulagés de perdre toute espérance et de retourner à leurs boutiques, sans souci d’aimer le prochain qui est un ennemi. Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé sans se douter qu’il descendait dans la mort pour eux, pour les revêtir d’une chair incorruptible, d’une lumière qui brille de jour et de nuit, d’une vie sur laquelle la mort disparaît, d’un amour que la moindre petite haine ne peut contaminer.
Ils le suppliaient de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau. C’est beaucoup plus que de me laisser toucher que je veux vous donner : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6, 53-54) Jésus veut tellement plus pour nous et dès maintenant afin que rien de toutes les misères de ce monde ne nous éloignent de lui un instant, lui qui nous aime d’un amour qui fait sortir de tous les tombeaux, passés, présents et futurs. « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. (…) Qui nous séparera de l’amour du Christ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? Selon le mot de l’Écriture : À cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour; nous avons passé pour des brebis d’abattoir. Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance, ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni présent, ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Ro 8, 18.35-39)
NDC