11 janv, Lc 5, 12-16, Jésus choisit un lépreux comme témoin.

 In Méditer les écritures

Évangile :
Jésus était dans une ville quand survint un homme couvert de lèpre; celui-ci, en voyant Jésus, tomba la face contre terre et lui demanda : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, sa lèpre le quitta. (…)
Commentaires :
Seule la maladie peut nous aider à comprendre à quel point la distance entre le monde du malade et celui du bien portant est grande. Même le malade a vu un abîme se creuser entre sa vie de malade et sa vie passée. Lorsqu’un lépreux se regarde dans un miroir, il ne reconnaît plus celui qu’il était. Il se couvre d’une autre identité avec sa lèpre. Il ne peut plus dire lorsqu’il rencontre quelqu’un, je suis avocat, ou policier, ou menuisier. Ce qu’il est se lit dans son visage : un lépreux!
Les gens qui reçoivent la santé gratuitement ignorent le cauchemar constant de ces malades, exclus de tout ce qui se fait normalement dans la société : famille, travail, loisir, avenir, projet. Une seule chose peut être désirée, c’est la guérison, pourvu que celle-ci soit accessible. Le lépreux du temps de Jésus n’avait aucun espoir de guérison, il ne lui restait que Dieu. Malheureusement, les courants religieux de l’époque leur attribuaient la responsabilité de leur état. Le lépreux était tenu de garder ses distances pour ne pas rendre impurs ceux qu’il approchait. Aujourd’hui dans les sociétés modernes, il y a des hôpitaux pour rendre au malade sa dignité.
À l’époque de Jésus, le lépreux en plus d’être malade, était considéré comme un pécheur qui payait ses fautes par cette maladie. Il était exclu du monde matériel et du monde spirituel. Privé d’affection, de compassion, il devait porter une clochette afin que les gens s’éloignent en entendant son tintement. Il demeurait avec les autres lépreux, là où les ordures de la ville étaient jetées.
Il en était ainsi avec les lépreux et tout le monde faisait sa petite vie sans aucun trouble de conscience par rapport à ces gens qui vivaient dans les ordures. Tout comme aujourd’hui, il y a beaucoup de situations d’injustices autour de nous et nous n’en faisons plus le cas parce que c’est ainsi. L’abbé Pierre nous en cite une injustice que nous arrivons mal à soigner : « Sur ma tombe, à la place de fleurs et de couronnes, apportez-moi les listes de milliers de familles, de milliers de petits enfants auxquels vous aurez pu donner les clés d’un vrai logement. »
Admirable liberté de Jésus avec les malades, qui est en contradiction avec la mentalité de l’époque! Cette liberté, c’est un soleil qui se lève dans une grotte profonde où ne règne que l’obscurité. Pourtant nous cherchons à l’enfouir ce soleil, sous la poussière de nos habitudes, sans liberté pour aimer au-delà des préjugés, des jugements des autres.
Jésus est touché dans son cœur par cet homme à ses pieds dans la poussière et il le touche se rendant ainsi impur selon la loi. Le lépreux devient le représentant de notre propre condition et le geste de Jésus à son égard nous concerne tous, car il prend sur lui notre lèpre.
« Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié. » (Is 53,3-4)
Jésus se fait homme non pour sauver la réputation de Dieu dans notre monde, non plus que pour chercher la gloire ou encore avoir le dernier mot sur toutes les religions. Il vient pour rendre à chacun sa dignité et prendre sur lui tout ce qui obstrue ce retour à notre dignité, loin de la mort et de tout mal. Mais ce soleil, qui peut le laisser briller dans son cœur, cette source jaillissante de vie éternelle, qui peut la dégager de son cœur?
« Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. » (Is 53,5-6)
Jésus se fait lépreux pour nous sortir de notre lèpre et nous conduire à sa condition divine.
Il faut fermer les yeux, dans le silence pour voir cette lumière et se laisser guérir en gardant le silence. N’est-ce pas le rayonnement de sa lumière qui fera des miracles en nous et autour de nous, cette lumière qui nous remplira de joie comme les mages devant la pauvre crèche du Roi des rois?

NDC