11 mai, Jn 6, 60-69 : Tolérance et foi

 In Méditer les écritures


Évangile :

Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Beaucoup de ses disciples qui avaient entendu s’écrièrent : « Ce qu’il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter! »

Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : « Cela vous heurte? Et quand vous verrez le fils de l’homme monter là où il était auparavant?… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. »

Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »

À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu. »

Commentaires :

Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Beaucoup de disciples à ces paroles sont saisis d’une émotion vive et disent d’une voix puissante : « Ce qu’il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter! »

En affirmant que les propos de Jésus sont maintenant intolérables, c’est qu’auparavant, beaucoup de ses disciples toléraient Jésus. La tolérance est une acceptation de l’autre qui est prêtée, elle existe en attendant de pouvoir se donner. Vladimir Jankélévitch disait avec raison : « La tolérance est un moment provisoire. Elle permet à ceux qui ne s’aiment pas de se supporter mutuellement, en attendant de pouvoir s’aimer. » 

Comme suite à ces propos, beaucoup des disciples passent de l’hésitation qu’ils avaient à le suivre, à la certitude de le quitter, c’est qu’ils n’étaient pas dans une démarche de foi.  

Ils attendaient des signes pour les conforter dans le chemin qu’ils prenaient à sa suite, des signes bien visibles et incontestables afin d’être sûr de recevoir une récompense dans l’immédiat de leur engagement. 

 Avec un signe bien évident aux yeux de tout le monde, ils seraient passés du provisoire à la permanence dans leur engagement à sa suite, de l’amour à contrecœur à l’amour de tout cœur. 

 « Ce qu’il dit est intolérable, on ne peut pas continuer à l’écouter! » Parmi les disciples, ceux qui croyaient en Jésus n’entendent pas le propos de Jésus comme ceux qui le toléraient. La foi, au contraire de la tolérance, implique un amour qui risque de se donner entièrement, même s’il ne saisit pas tout de cet amour qui l’attire. La foi implique une adhésion personnelle, une décision libre fondée sur l’amour envers ce à quoi il croit. Tandis que chez les tolérants, la parole de Jésus les convainc de se séparer de lui, chez les croyants par contre, elle sonne vérité cette parole, même si le sens les déborde pour le moment. La foi « agit par l’amour » (Ga 5,6), et l’amour se donne entièrement à l’être aimé. Cela ne signifie pas que la foi est déraisonnable en aimant de tout son cœur, cela veut dire que la foi doute raisonnablement de sa raison et de ses limites. Pierre et ceux qui croient s’en remettent à la réalité invisible que Jésus leur a fait voir en ce monde visible. Ils ont vu l’aveugle retrouver la vue, le vent et la mer obéir à sa parole, ils ont vu et ils reconnaissent en lui la vérité et sa voix. Jésus ne dit-il pas à Pilate : « Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Jn 18, 37) 

La vérité est amour et les mots pour la dire expriment l’amour plutôt qu’une formule conduisant à l’amour : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Y a-t-il plus amour pour l’Éternel que de s’incarner dans la chair et le sang pour la donner en nourriture de vie éternelle aux êtres mortels que nous sommes? « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. La vérité germera de la terre et du ciel viendra la justice. » (Ps 85, 11-12) Jésus devant Pilate ne cherche pas une formule pour le convaincre, il se livre librement à la mort pour y descendre et en ouvrir le chemin pour la multitude, Pilate compris. La vérité germera de la terre, elle a germé par la puissance de l’Esprit de Dieu dans le sein de la Vierge Marie afin de prendre chair et sang pour se livrer en rançon pour nous. 

Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : « Cela vous heurte? Et quand vous verrez le fils de l’homme monter là où il était auparavant?… Celui qui est descendu parmi vous remontera pour vous afin de se faire le chemin. Tout est amour dans ses paroles, un amour brûlant d’un feu qui consumera toutes nos récriminations. Tout est amour et l’amour s’adresse à l’esprit, il n’a rien de matériel. Il peut agir sur la matière, transporter des montagnes pour ouvrir un passage, construire un abri pour celui qui a froid, visiter un prisonnier pour lui rendre sa liberté. “Vous, vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » (Jn 8, 23-24) Vous mourrez si vous ne mangez pas ma chair et ne buvez pas mon sang, qui fera passer vos corps de la mort à la vie, comme je traverserai la mort et je ressusciterai pour vous. 

Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait. Jésus le sait parce que ceux qui ne croient pas ne s’en cachent pas et ne craignent pas sa parole : ‘C’est l’un des Douze, qui plonge avec moi la main dans le même plat. Oui, le Fils de l’homme s’en va selon qu’il est écrit de lui; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître! ’ (Jn 14, 20-21) Judas n’hésitera pas à plonger sa main dans le plat devant Jésus, il ne reculera pas à venir l’embrasser sur la joue pour le livrer. Jésus reconnaît ceux qui ne sont pas dans l’esprit et qui veulent tout comprendre à partir de ce monde et qui cherchent le salut seulement pour leur petit monde. Jésus vient pour toutes les générations, celles d’avant et celles qui suivront après son départ et son retour dans le pain par la puissance de l’Esprit qu’il répand sur nous par son incarnation, sa mort, sa résurrection. 

‘Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer.’ (Jn 4, 24) ‘Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.’ Ceux qui sont dans l’esprit de ce monde et s’alimentent de ce monde pour vivre ne veulent rien entendre aux paroles de l’Esprit de Dieu et à celui qui vient au nom de Dieu dans ce monde pour lui donner un sens au-delà de la mort et dans la mort. 

‘Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père.’ Tous reçoivent du Père dans l’esprit, mais tous ne veulent pas de son don et de la manière dont il se donne par son Fils : ‘Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 14-17) Un serpent élevé au désert, le pain descendu du ciel, la chair à manger et le sang à boire, qui peut comprendre sinon celui qui ferme les yeux pour voir ce que l’esprit lui dit. 

Jésus se donne en nourriture afin que nous cessions de nous dévorer entre nous et que par lui nous puissions connaître l’amour véritable avec lui en nous, l’amour qui unit avec tous ceux qui vivent dans l’amour. 

Alors Jésus dit aux douze : ‘Voulez-vous partir, vous aussi? ’ Pierre répondra par un acte de foi : ‘Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu.’

Ce ne sont pas chair et sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux’ (Mt, 16 17). La chair et le sang sans ma chair et mon sang en vous, ne servent à rien, c’est l’esprit qui vivifie et c’est l’Esprit de Dieu qui a parlé par la bouche de Pierre, lui qui bientôt de la même bouche le reniera. 

Judas est encore là parmi les douze, il ne partage pas l’acte de foi de Pierre. Il tolère encore, car il tient la bourse et il souhaite retirer encore du profit à rester. Comment ne pas se souvenir du parfum dont Marie oignit les pieds de Jésus qui fit déclarer à Judas l’Iscariote : ‘Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers qu’on aurait donnés à des pauvres? ’  Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu’on y mettait. » (Jn 12, 5-6) Le voleur n’entend rien de toutes les richesses inestimables que Jésus vient lui donner gratuitement et dans la lumière. Il veut prendre dans l’obscurité comme lui se prête en prétendant donner, qu’il tolère en feignant croire. 

‘Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses oeuvres sont faites en Dieu. » (Jn 3, 19-21)

NDC