11 mars, Jn 3, 14-21 : L’amour, le poison et le serpent de bronze

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Évangile :
De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Et le jugement le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu.
Commentaires :
Nicodème, le pharisien, vint de nuit trouver Jésus. Il vient de nuit, dans le désir de voir la lumière. Il vient de nuit, par peur de ses collègues pharisiens qui ne voient en Jésus que ténèbres. Il préfère rencontrer Jésus de nuit, pour sauver les apparences, pour ne pas être exclu du groupe de notables.
Nicodème avance dans la nuit, sans phylactères, sans le tallith du notable. Il ne peut se retenir de courir à la rencontre de Jésus comme le papillon la nuit est attiré par la lumière et ne cesse de s’y précipiter au risque de s’y brûler et d’en mourir.
Y avait-il une lampe dans ce jardin où Nicodème court, un feu allumé pour se chauffer, il reste qu’il reconnaît Jésus dans la nuit et lui dit sans attendre : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui. » Nicodème reconnaît voir la lumière de Dieu dans les signes que Jésus fait, mais pourquoi reste-t-il muet pour l’annoncer le jour devant les siens? Nicodème veut comprendre ce qui le garde dans la peur, il veut mieux le saisir pour sortir de son mutisme.
La réponse de Jésus à son affirmation n’apportera pas grand réconfort à sa quête de raisons pour comprendre Jésus et son identité. « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » (3) Nicodème ne comprend pas que pour voir cette lumière qu’il entrevoit dans les œuvres de Jésus, il devra renaître. La nuit se fait obscure dans son esprit et pourtant il ne renonce pas à poursuivre l’échange avec Jésus. Il ressent la lumière, déjà son cœur s’apaise en sa présence. Nicodème veut voir ce qu’il ne parvient qu’à entrevoir et il entend qu’il ne peut voir le Royaume sans renaître d’en haut. Cette affirmation de Jésus est incompréhensible pour Nicodème et il rétorque de manière à montrer qu’il ne saisit pas le bon sens de cette réponse : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître? » (4)
La nuit est lourde dans le cœur apaisé de Nicodème, la lumière reste close dans son esprit. Il sait bien qu’il ne peut pas retourner dans le sein de sa mère, elle est morte depuis longtemps et même si elle était vivante… Qu’importe! Nicodème reste dans l’étonnement. Il soupire profondément en regardant Jésus comme pour lui signifier qu’il n’arrive pas à comprendre.
Qui est Jésus, « lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 13), lui qui fut engendré par l’Esprit dans le sein de Marie l’Immaculée, pour nous faire renaître de cette vie qu’il nous donne? Nous retournerons dans le sein de notre mère l’Église, vieux ou jeune, naissant ou adolescent et nous pourrons renaître à la vie qui n’a pas de vieillesse, à cette vie de l’Esprit déposée en Germe par le Christ Jésus, lumière de vie. Qui peut comprendre la lumière de vie qui est à l’origine du jour et de la nuit et qui brille tout autant dans la lumière que dans l’obscurité.
Jésus de répondre dans la nuit à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous fait naître d’en haut. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jn 3,5-8)
Les paroles de vie de Jésus soufflent dans l’esprit de Nicodème, elles se jettent en son cœur comme des semences. Nicodème reste encore tout étonné d’autant de clarté et en même temps d’autant d’obscurité sur la Loi qu’il s’acharne à observer avec les siens. Il sent bien qu’il a un poison en lui qui obscurcit son esprit et le pousse à s’ancrer dans les pratiques extérieures de la loi. C’est tellement pratique d’enseigner aux autres cette Loi et de ne pas faire ce que l’on dit parce que nous en sommes incapables. Il n’y a que les apparences pour cacher cette incapacité. Le poison du paraître voile la réalité de l’esprit et nous arrivons à préférer les ténèbres de la réalité apparente à la lumière de ce qui ne se voit pas, cette réalité non palpable, cette réalité qu’on voit qu’avec le cœur.
Nicodème désireux de changer répond à Jésus : « Comment cela peut-il se faire? » (9) Comment passer du paraître à l’être, de la loi à l’esprit de la loi, des pratiques extérieures à l’écoute du cœur, de l’esprit à l’Esprit, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie? « Comment cela peut-il se faire? » Nous ne sommes pas dans le « comment », mais dans la foi, dans ce regard qui voit plus loin que ce qu’il voit dans les apparences, dans ce regard qui reconnaît la victoire de l’amour là où il y a apparence d’échec, qui reconnaît la vie dans la mort. « Tu es Maître en Israël, et ces choses-là, tu ne les saisis pas? » (10) Tu étudies les Écritures et les enseignes et tu ne comprends pas ce regard de foi que les écritures dictent à ta raison.
Qui peut te faire renaître de l’Esprit de Dieu, sinon celui qui n’est pas né de la chair, mais de Dieu? Qui peut te faire monter au ciel de la terre, sinon celui qui descend du ciel sur la terre pour ouvrir le chemin vers le ciel? Qui peut vous rendre capables de vivre la Loi qui vient du ciel sinon celui qui en vient? « Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. » (13) Nul ne peut te faire renaître dans l’Esprit, nul ne peut te faire retourner dans le sein de ta mère, sinon celui qui vient de Dieu et en qui tout subsiste et par qui tout peut trouver un sens. Y a-t-il quelque chose qui peut avoir du sens en ce monde si Dieu ne vient lui donner un sens qui l’ouvre sur la vie éternelle? Tout est absurde sans Dieu, tout n’est qu’un instant. La loi prend son sens si Dieu vient l’accomplir, tout comme les prophètes.
Nicodème écoute, écoute : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. » Le Fils de Dieu qui s’est fait Fils de l’homme doit être élevé sur la croix pour mourir et nous guérir du poison de la mort, de tout ce qui est mort, tout ce qui nous met en rupture avec Dieu et les autres. Comme Moïse éleva le serpent sur la croix au désert, ce serpent qui était cause de la mort par son poison, ainsi le Fils de l’homme descendra dans la mort sur la croix pour nous donner l’eau et l’Esprit pour nous faire renaître à la vie de Dieu. Cette lumière d’amour sur la croix semble obscure dans le monde des apparences, elle semble faible dans ce monde de la loi du plus fort et pourtant, c’est la lumière de la nouvelle création pour tous ceux qui viendront contempler cette lumière et s’y baigner.
Reconnais-tu l’amour dont tu es aimé sur cette croix ou la défaite, la tristesse de la mort, l’absurdité de la vie? Est-ce que tu veux te moquer de celui qui se meurt pour toi sur la croix, cracher sur lui et lui dire de se sauver lui-même s’il est l’ami de Dieu ou Dieu?
Est-ce que tu comprends Nicodème? « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui le monde soit sauvé. » Vous, les notables, vous me jugerez, vous me condamnerez à mort, vous me flagellerez, vous rirez de ce que je viens vous donner et moi, je vous pardonnerai.
Le jugement tient dans vos mains, il est dans vos yeux. Que voyez-vous sur la croix? Celui qui vous aime et vous guérit de tout ce qui n’est amour ou celui que l’on est parvenu à tuer parce qu’il était une menace à notre manière de vivre.
Nicodème a compris qu’il ne peut comprendre, car son cœur n’est pas à la mesure de l’amour dont il est aimé. Il ne peut que croire et faire s’élever sa raison devant tant d’amour qui se donne à contempler.
Regarde le Christ en croix et écoute ton cœur! Regarde encore un peu, ne laisse pas le poison te faire tourner le regard. Encore un peu! « Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : “Vraiment celui-ci était fils de Dieu!” »(Mt 27, 54) Vraiment, il faut craindre un amour aussi ardent, un amour aussi brûlant, car rien qui n’est amour ne peut y entrer, comme aucune obscurité ne peut résister à la lumière.
NDC