11 sept, Lc 6, 6-11 : Le huitième jour

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Évangile:

Un autre jour de sabbat, Jésus était entré dans la synagogue et enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était paralysée. Les scribes et les pharisiens observaient Jésus afin de voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat; ils auraient ainsi un motif de l’accuser.

Mais il connaissait bien leurs pensées, et il dit à l’homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi, et reste debout devant tout le monde. » L’homme se leva et se tint debout devant tout le monde.  Jésus leur dit : « Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal? De sauver une vie, ou de la perdre?

Alors, promenant son regard sur eux tous, il dit à l’homme : “Étends ta main.” Il le fit, et sa main redevint normale.

Quant à eux, ils furent remplis de fureur et ils discutaient entre eux sur ce qu’ils allaient faire à Jésus.

Commentaires :

Un jour de sabbat, les disciples traversaient un champ de blé et mangeaient des épis en les froissant dans leurs mains. “Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat?” s’exclament les pharisiens. Ils ne savent ce qu’ils disent pas plus que ce qu’ils font, ces pharisiens, en s’adressant ainsi à celui qui se fera pain. Ils ne savent pas qu’ils le froisseront dans leurs mains pour le donner à manger à la mort. Ils ne savent pas qu’il sortira vivant de la gueule de la mort : “Cette génération est une génération mauvaise; elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car, tout comme Jonas qui devint un signe pour les ninivites, de même le Fils de l’homme en sera un pour cette génération.” (Lc 11, 29-30)

Que faites-vous pharisiens à piéger celui qui est maître du sabbat, celui qui vient vous conduire au jour du Seigneur? Ces mains que vous voyez froisser les épis, ces mains des compagnons de Jésus consacreront le pain du huitième jour, le pain de la vie éternelle. Ces mains rugueuses de pêcheurs, ces mains habituées à tirer le filet, ces mains deviendront par les mains du Seigneur crucifié les mains qui nourriront les foules de toutes les nations jusqu’à la fin des temps. Ces mains qui froissent le blé seront les mains des Mère Térésa de ce monde qui accourront soigner les malades, les mourants, les enfants. Ces mains béniront, supplieront jour et nuit, rendront grâce à toutes les heures du jour. Ces mains s’ouvriront pour partager, s’offrir, inviter à la table.

Que faites-vous pharisiens pour ainsi vouloir ligoter les mains de celui qui vient nous délier de l’emprise du mal et de la mort? Que faites-vous à lui interdire d’ouvrir le huitième jour, le jour du premier-né d’entre les morts? Que faites-vous à vouloir interrompre l’accouchement du monde nouveau? “Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps.”(Rm 8, 22-23)

Un autre jour de sabbat, Jésus entre dans la synagogue pour y enseigner. Il voit tous les scribes et les pharisiens qui l’observent attentivement pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat et ainsi trouver motif à l’accuser. Jésus connaissait bien leurs pensées, il les regarde en souriant. Jésus voit l’homme à guérir dont ils se servent comme appât. Il a une main paralysée, il est accroupi au sol avec son malheur. Comment ouvrir le rouleau de la Torah avec une main ainsi paralysée? Comment ne pas attirer sur lui le regard de l’exclusion? Jésus sourit toujours, il regarde les scribes et les pharisiens dont le regard est paralysé sur leur manière de voir, il regarde l’homme à la main paralysé qui ne peut supplier que d’une main et de son regard humilié. À travers cet homme, Jésus voit bien ces milliers d’êtres humains paralysés par l’injustice, la maladie, la mort, la pauvreté! Il voit l’oppression exercée par les autorités. Il est venu pour libérer le pauvre comme le chantait sa mère à Élisabeth : “Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au coeur superbe. Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.” (Lc 1, 51-53)

Le silence est lourd et le temps semble long lorsqu’un malaise flotte dans l’air. Jésus dit immédiatement en voyant cet homme : “Lève-toi, et reste debout devant tout le monde.” Lève-toi. Ne te laisse pas paralyser par ces regards, lève les yeux et regarde dans les yeux. Lève-toi et que ce ne soit que devant Dieu que tu te prosternes, non par loi, mais par amour, non par contrainte, mais parce que tes genoux fondront devant l’amour dont tu es aimé.

L’homme est debout, l’assemblée semble jetée par terre. Comment cet homme impur ose-t-il se lever? Jésus regarde tous ces visages paralysés par ce qu’il va dire ou faire, tous ces cœurs paralysés par l’indifférence à l’égard de cet homme.

Jésus veut d’abord soigner le cœur paralysé de ces scribes et pharisiens. “Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal? De sauver une vie, ou de la perdre? La question de Jésus les frappe comme un glaive en plein cœur. Ils voudraient répondre et maintenir l’objection de guérir le jour du sabbat, mais c’est le silence. Un silence lourd et inquiet. Les cœurs battent, le sang monte au visage des accusateurs. Jésus promène son regard sur eux tous. Il ne reçoit aucune réponse. Il regarde l’homme à la main paralysée dont le visage montre de plus en plus d’espoir de libération de sa maladie.

‘Étends ta main.’ Il le fit, et sa main redevint normale.” Oui, il vient le “premier jour”, le jour de la résurrection du Christ, le jour qui suit le sabbat, le jour du premier-né d’entre les morts. Il vient ce jour où nous sortirons de la paralysie de nos tombeaux pour tendre les mains et entrer dans l’étreinte de la Trinité Sainte.

Les scribes et les pharisiens ne participaient en rien à la joie du paralysé, ils ne reconnaissaient en rien la bonté de Dieu dans le geste de Jésus. Ils demeuraient à genoux devant leurs prescriptions et leurs traditions. Le feu du mal-être leur brûlait le ventre, leur fureur ne faisait que croître. Ils discutaient entre eux, tournant le dos au regard de Jésus et du paralysé qui rendait gloire à Dieu pour une telle merveille.

NDC