12 août, Mt 17, 14-20 : « Je t’aime » dit Jésus à l’enfant épileptique. Le crois-tu?

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Évangile :

Quand Jésus, Pierre, Jacques et Jean rejoignirent la foule, après que Jésus eut été transfiguré sur la montagne, un homme s’approcha, et tombant à genoux devant lui, il lui dit : « Seigneur, prends pitié de mon fils. Il a des crises d’épilepsie, il est bien malade. Souvent il tombe dans le feu et souvent aussi dans l’eau. Je l’ai amené à tes disciples, mais ils n’ont pas pu le guérir. » Jésus leur dit : « Génération incroyante et dévoyée, combien de temps devrai-je vous supporter? Amenez-le-moi ici. » Jésus l’interpela vivement, le démon sortit de lui et à l’heure même l’enfant fut guéri.

Alors les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent en particulier : « Pour quelle raison est-ce que nous n’avons pu l’expulser? » Jésus leur répond : « C’est parce que vous avez trop peu de foi. Amen, je vous le dis : si vous avez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne : “Transporte-toi d’ici jusque là-bas, et elle se transportera; rien ne vous sera impossible.”

Commentaires :

Pierre, Jacques et Jean rejoignent la foule avec Jésus. Les trois disciples ont encore les yeux remplis de la lumière de la transfiguration de Jésus, de son visage resplendissant comme le soleil, de ses vêtements blancs, si blancs qu’aucune blancheur en ce monde ne peut en donner une idée. Chaque particule du tissage de son vêtement étincelait de vie. Ils ont la mémoire en fête, ils parviennent mal à revenir à l’obscurité de la lumière de ce monde, à sa froideur. Ils auraient tellement voulu demeurer là, à voir ce que leurs yeux aveugles ne parvenaient pas à voir dans les ténèbres de ce monde. Ils auraient tellement voulu noyer leur cécité dans cette lumière de vie et ne plus en sortir. Ils ne pensaient qu’à eux, oubliant les autres au bas de la montagne, tous les autres qui gisent dans l’ombre de la mort. “Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume.” Jésus répondit : “Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire?” (Mt 20, 21-22)

Ils ne savent pas ce qu’ils demandent à vouloir s’installer dans cette lumière sans que cette lumière soit en eux. Satan n’est-il pas tombé du ciel à vouloir être dans cette lumière sans que la source de la lumière soit en lui? Il refusait de boire la coupe de l’amour qui demande que le plus grand serve le plus petit dans l’unité avec le Père, le Fils et l’Esprit.

“Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maitres et que les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude.” (Mt 20, 25-28)

La lumière de Jésus est toute aussi brillante sur la croix que sur le Thabor. Ce n’est pas parce que nos yeux ne la voient pas que l’amour n’y est pas aussi intense et resplendissant. C’est la même lumière qui brille dans la mangeoire de la crèche et dans le tombeau de la Résurrection, dans le Pain vivant que dans son Ascension.

“C’est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi.” Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir. » (Jn 12, 31-33) La lumière de la vie dévoilera la splendeur de son éclat dans l’obscurité de sa mort sur le gibet de la croix et ce sont les yeux du cœur qui pourront la contempler et susciteront le désir d’y installer sa tente pour y demeurer.

La lumière est éteinte aux yeux de Pierre, Jacques et Jean et pourtant que de lumière émane de Jésus dans l’obscurité de ce monde et le monde n’y voit rien. « Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. » (…) Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. (Jn 1, 4-5. 10-11)

Jésus rejoint la foule au bas de la montagne, comme il est venu dans la chair pour nous rejoindre et se livrer pour nous. Son amour brille dans l’obscurité, d’un éclat plus brillant que des milliards de soleils, un feu qu’aucune haine ne peut éteindre, qu’aucune violence ne peut empêcher d’avancer dans la douceur et la paix. Cet amour est si démesuré que toutes les fautes de l’humanité qui s’y jettent s’évaporent comme des gouttes d’eau dans un brasier ardent.

L’obscurité est à son comble au bas de la montagne, l’ombre de la mort plane. L’inquiétude monte dans le cœur de Pierre, Jacques et Jean en voyant toute cette agitation autour des disciples demeurés en bas. Un inconnu sort de cette étrange assemblée en apercevant Jésus et il se précipite à ses genoux en le nommant Seigneur. Il demande pitié pour son fils qui est devenu esclave d’une maladie qui n’a de cesse de le mener à la mort. Elle le précipite dans le feu pour le réduire en cendre ou encore le contraint à se lancer à l’eau pour le noyer. L’homme est plus désespéré que jamais, car il pensait trouver soulagement pour son fils auprès des disciples de Jésus et ceux-ci n’ont rien pu faire comme tous les médecins et autres exorciseurs des régions environnantes.

Devant le désarroi profond de ce papa que les disciples ne pouvaient apaiser en son nom, Jésus est choqué de leur manque de foi. Ne les a-t-il pas guéris de leur errance dans l’obscurité de la mort pour les mener à la lumière gratuitement et par amour? Ne peuvent-ils en faire autant pour les autres en s’abreuvant à cette lumière pour en rayonner? « Aimez-vous les uns, les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 13, 33) « Proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » (Mt 10, 7-8)

Ils sont encore tout à l’extérieur. Ils veulent installer des tentes et demeurer pour eux dans la lumière, ils veulent les premières places sans souci pour les autres, ils attendent des récompenses, ils veulent de la gloire qui vient des hommes, de cette lumière qui élève au-dessus des autres. Ils ne comprennent pas la lumière de la croix, la gloire de l’amour du Père pour le Fils dans l’Esprit. Ils ne comprennent pas que Dieu seul suffit. Ils sont tous enlisés dans les pensées du père du mensonge qui fait croire que Dieu n’est pas amour et que l’amour n’est toujours qu’une recherche égoïste de soi.

« Génération incroyante et dévoyée, combien de temps devrai-je vous supporter? Amenez-le-moi ici. » Jésus l’interpela vivement, le démon sortit de lui et à l’heure même l’enfant fut guéri.

C’est un « Je t’aime » qu’entend le père du mensonge qui s’abrite dans cet enfant. Un « Je t’aime » indiscutable et qu’il ne peut démentir, car comme le Fils de Dieu peut-il avoir pris visage humain sans aimer infiniment cette multitude d’enfants. Comment nier cet amour de Dieu en le voyant se mettre à leur service? « Que nous veux-tu, Fils de Dieu? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps? » (Mt 8, 29) Oui, il vient les tourmenter de son amour, de cet amour dont malgré toute leur haine à le précipiter dans le feu, dans le vide, dans la mort, ils ne parviendront à le faire sortir un seul instant. Il sera amour depuis le ventre de sa mère où il prit chair jusqu’à son dernier souffle : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » Ayant dit cela, il expira. » (Lc 23, 46) Il ne sera qu’Amour en faisant tout ce qui plaît à son Père, en demeurant dans l’unité de la Trinité pour nous y faire entrer en se donnant à chacun en nourriture.

Pierre, Jacques et Jean revoient la lumière du Thabor dans l’obscurité de cette scène, une lumière dont ils n’entrevoient pas encore l’horizon intérieur qui se pointe sur l’axe de la croix.

« Pour quelle raison est-ce que nous n’avons pu l’expulser? » C’est parce que vous n’avez pas foi en celui qui vient au nom du Père mourir par amour pour vous. Vous voulez un sauveur à cheval blanc avec une force qui fait couler le sang de vos ennemis. Vous voulez un sauveur qui vous donne richesse et santé, pouvoir et gloire, un sauveur qui vous rend justice à vous et non à tous. Vous voulez un sauveur qui fasse un paradis pour ses sujets et qui est impatient avec les étrangers. Vous voulez un sauveur qui n’a pas de souci du pauvre et du faible, du malade, du rejeté, du coupable et du prisonnier.

Vous n’avez pas foi en un Dieu désarmé, sans défense, couché dans une mangeoire. Vous n’avez pas foi en un Dieu qui se fait faible pour vaincre la force, qui se fait pauvre pour vous enrichir de sa pauvreté.

Si vous aviez la foi en l’amour de Dieu pour vous, il n’y a pas de montagne que vous ne pourriez déplacer pour aimer et demeurer dans cet amour. Si vous aviez foi que Dieu vous aime au point de se livrer pour vous tout entier à chaque instant, de se faire pain pour vous donner sa vie, de se faire plus petit que vous pour vous grandir, si vous aviez cette foi, vous serez dans la prière constante pour ne pas être séparé de cet amour et retomber dans l’obscurité de ce qui n’est pas don de soi pour les autres.

« Qui nous séparera de l’amour du Christ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? Selon le mot de l’Écriture : À cause de toi, l’on nous met à mort tout le long du jour; nous avons passé pour des brebis d’abattoir. Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourront nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Ro 8, 35-39)

Si vous aviez la foi d’être aimé par Dieu gros comme un grain de moutarde, vous diriez à vos montagnes d’insécurité de se déplacer, elles le feraient et vous pourriez ainsi vous consacrez à la charité comme Jésus s’est consacré pour nous afin de nous attirer dans son amour.

« Et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » (Jn 12, 32)

« Je t’aime », dit Jésus à cet enfant en le regardant dans les yeux. Cet enfant, c’est toi, c’est moi, ce sont tous les petits yeux qui s’ouvrent chaque jour pour contempler le visage de la vie.

NDC