12 mai, Jn 16, 23b-28 : Le nom de Jésus et un billet de loterie.

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Évangile :
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera. Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en invoquant mon nom; demandez, et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie.
“J’ai employé des paraboles pour vous parler de tout cela. L’heure vient où je vous annoncerai ouvertement tout ce qui concerne le Père. En ce jour-là, vous demanderez en invoquant mon nom; or, je ne vous dis pas que c’est moi qui prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime, parce que vraiment vous m’aimez, et vous croyez que je suis venu d’auprès de Dieu. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde, maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père.”
Commentaires :
“Amen, amen, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera.” Jésus offre ici un don d’une valeur si inestimable que tous nos calculs ne peuvent en rendre l’idée. Il ne peut donner plus par ce don de son Père. À ceux qui demanderont quelque chose à son Père en son nom, le Père les traitera comme des fils, il leur accordera comme à son propre fils tout ce qu’ils lui demandent.
Le don est entier de la part de Jésus, il est d’une richesse si démesurée que tous les biens des milliardaires, princes, rois, empereurs mis ensemble depuis les origines du monde, tous ces biens sont de misérables richesses devant ce que Jésus donne. Les disciples ont trouvé le trésor des trésors et ils sont sans réaction. Qui n’a pas vu à la télévision l’explosion de joie d’un gagnant de loterie ou d’un prix bien ordinaire? Lorsque le dernier chiffre est nommé et qu’il correspond au numéro de leur billet, le gagnant ne tient plus en place. Il saute sur place, il pleure, regarde le billet encore et encore pour vérifier. Il parvient mal à croire que c’est vrai, qu’une telle chance puisse lui arriver. Dans sa tête, les images défilent vite. Il fait déjà des projets, c’est la fête et à la fois l’inquiétude de perdre toute cette richesse enfermée dans ce petit bout de papier.

Cette richesse de papier n’est rien à comparer à ce que Jésus donne ici à ses disciples, pourtant il n’y a pas d’explosion de joie. Les paroles de Jésus glissent dans l’esprit des disciples, ils ne parviennent pas à prendre conscience de la plénitude que Jésus leur donne. Il n’y a pas de danses de joie, ni de pleurs, ni de grands projets, ni de réjouissances en vue. Jésus avait parlé de cette richesse incomparable en paraboles, mais maintenant il leur dit que ce don va s’actualiser, il coulera comme un fleuve sur tous ceux qui s’adresseront à son Père en son nom.
“Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va, ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ. Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines : en ayant trouvé une de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée.” (Mt 13, 44-46)
Les disciples ne voient pas le trésor qui a plus de valeur que tous les trésors dans ce que Jésus leur annonce comme don. Ils voudraient le garder avec eux, avoir une position importante, du pouvoir, enfin tout ce qui est propre à ce monde. “Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis; mais réjouissez-vous de ce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux.” (Lc 10, 20) Ils ne comprennent pas la richesse incommensurable du don que Jésus fait de lui-même, de son Père, de l’Esprit : “Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est ton trésor, là sera aussi ton coeur.” (Mt 6, 19-21)
Ils veulent un trésor tout de suite, un trésor à toucher, à faire briller dans les mains, à montrer aux autres, à acheter le respect. Ce trésor du cœur avec ses sources jaillissantes en vie éternelle, ce trésor qui ouvre le cœur à des dimensions universelles, ce trésor qui fait pardonner, aimer ses ennemis, se donner aux autres, ils n’y entendent rien encore. À Marie Madeleine qui se lance à ses pieds pour le retenir après sa résurrection : “Jésus lui dit : ‘Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.’ (Jn 20, 17) C’est la relation à son Père dans l’Esprit qu’il rend possible par son incarnation, sa mort sur la croix, sa résurrection et qu’il vient nous donner en échange de notre amour s’alimentant à son feu d’amour.
Ne me retenez pas, je pars et je reviens pour que vous aimiez comme je vous ai aimés et vous aime encore, afin que vous demeuriez dans l’amour et que le Père vienne demeurer en vous par l’amour dont vous m’aimez et qu’ainsi vous deveniez des temples de l’Esprit Saint, des pierres vivantes de l’Église, communion de tous ceux qui vivent dans l’Esprit par le don de Jésus dans la volonté du Père.
Nous reconnaissons la grandeur des sentiments humains dans les grandes œuvres littéraires et nous réagissons de manière adéquate à ce qui est exprimé. Nous pleurons devant la noblesse des sentiments de certains personnages, nous nous réjouissons avec d’autres qui reçoivent justice, nous goûtons la satisfaction de voir le méchant tomber dans son piège. La littérature, le cinéma, la musique sont à notre mesure et nous réagissons à la diversité des sentiments et émotions qui s’y expriment et c’est une belle et bonne chose qu’il en soit ainsi.
Pourtant devant l’amour de Dieu qui s’exprime sur la croix, nous demeurons insensibles, devant la joie de la résurrection, notre bouche est silencieuse, devant l’élévation du Fils de l’homme à l’Ascension, nos yeux restent fixés vers le ciel, la bouche close, devant l’Assomption de Marie, nous tournons la tête. Pourtant que d’allégresse devrait remplir notre cœur, car c’est pour nous qu’il a été engendré dans la chair, c’est pour nous racheter qu’il est mort sur la croix, c’est pour élever notre nature humaine au-delà des puissances du ciel qu’il est à la droite du Père comme personne humaine, c’est par un don précieux de l’amour de Dieu qu’il a élevé au ciel sa mère et notre mère, car elle est la première personne humaine comme nous tous qui témoigne de notre propre assomption par les mérites de Jésus.
Que de joie, que d’allégresse, que d’exaltation de l’âme dans le Seigneur, que d’exultation de l’esprit devraient jaillir du cœur des disciples! Comme David, ils devraient danser à s’arracher le coeur pour exprimer leur gratitude à Jésus à ce qu’il leur donne en son nom. Pourtant, notre cœur reste sec, notre esprit volage, notre âme sans enthousiasme. Nous voulons gagner à la loterie pour danser et pourtant que vaut cette joie que nous ne pouvons retenir : ‘Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura? ’ Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu.” (Lc 12, 20-21)
Jésus nous donne la richesse des richesses, car c’est la présence de Dieu en nous, par son Esprit qu’il vient répandre, en prenant sur lui de nous faire renaître par sa mort et sa résurrection. Quelle joie devrait briller dans nos yeux, fendre nos lèvres jusqu’à nos oreilles, faire bouillir notre esprit de louanges, mettre nos cœurs en feu d’amour, notre âme en montée libre dans les profondeurs de l’amour de Dieu? Ce n’est pas une histoire romanesque avec de grands sentiments que Jésus raconte. Il est vraiment mort sur la croix, il s’est vraiment donné en nourriture de vie éternelle, il est vraiment assis à la droite du Père, il nous prépare vraiment une demeure, il vient vraiment avec le Père dans l’Esprit en ceux qui l’aiment et le Père ne leur refuse rien pour grandir dans l’amour qui libère de toutes les fausses richesses.
“Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en invoquant mon nom; demandez, et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie.”
“Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi.” (Mt 19, 21)
Que fit le jeune homme en entendant cette parole d’amour qui lui obtenait des richesses inépuisables, des richesses qui s’accroissent en les donnant, des richesses qui font briller la lumière de la vie, des richesses qui font entrer en relation avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint, le Dieu vivant? “Entendant cette parole, le jeune homme s’en alla, contristé, car il avait de grands biens.” (Mt 19, 22)
“Amen, amen, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera. Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en invoquant mon nom; demandez, et vous recevrez : ainsi vous serez comblés de joie.”
NDC