12 sept, Lc 7, 1-10: Jésus fut dans l’admiration devant la foi du centurion.

 In Méditer les écritures

Évangile :

Après avoir achevé tout son discours devant le peuple, Jésus entra dans la ville de Capharnaüm.

Un centurion de l’armée romaine avait un esclave auquel il tenait beaucoup; celui-ci était malade, sur le point de mourir. Le centurion avait entendu parler de Jésus; alors il lui envoya quelques notables juifs pour le prier de venir sauver son esclave. Arrivés près de Jésus, ceux-ci le suppliaient : « Il mérite que tu lui accordes cette guérison. Il aime notre nation : c’est lui qui nous a construit la synagogue. »

Jésus était en route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion lui fit dire par des amis : « Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Moi-même, je ne me suis pas senti le droit de venir te trouver. Mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Moi qui suis un subalterne, j’ai des soldats sous mes ordres : à l’un, je dis : < Va>, et il va; à l’autre : < Viens >, et il vient; et à mon esclave : < Fais ceci>, et il le fait. »

Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration. Il se tourna vers la foule qui le suivait : « Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi. »

Commentaires :

Jésus vient d’achever tout son discours devant le peuple par ces paroles : « Mais celui au contraire qui a écouté et n’a pas mis en pratique est comparable à un homme qui aurait bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est rué sur elle, et aussitôt elle s’est écroulée; et le désastre survenu à cette maison a été grand! » (Lc 6, 49) À la Suite de ces paroles, un silence inquiet descend sur la foule. Jésus s’éloigne. Il traverse la plaine en suivant la rive du lac Tibériade. Il arrive à un chemin taillé dans le roc, chemin qui existe toujours et qui, selon des sources compétentes, est l’un des rares endroits de la Palestine dont on peut dire avec assurance que rien n’y a été changé depuis le premier siècle. Jésus a vu ces rochers, il a marché sur ces pierres, il a suivi celle route. Ce chemin taillé dans le roc qui est toujours là pour témoigner de la parole de Jésus : « Il est comparable à un homme qui, bâtissant une maison, a creusé, creusé profond et posé les fondations sur le roc. » (Lc 6, 48) Jésus est vraiment le Chemin taillé dans le roc, le chemin qui mène à la vie en plénitude, le chemin qui résout l’énigme de l’être humain.

Jésus continue de remonter la rive du lac Tibériade. Non loin des rives du Jourdain, fleuve béni où l’Esprit sous la forme d’une colombe est venu sur la tête de Jésus pour confirmer à Jean que Jésus était celui qui venait, le Fils unique de Dieu, le Bien-Aimé, l’Agneau de Dieu, se trouve Capharnaüm. Jésus, le Fils du Dieu vivant, marche parmi nous, au milieu de nous, pour nous apporter la bonne nouvelle. Il devrait être accompagné d’une armada de garde du corps pour le protéger des offenses de tous ceux qui en veulent à sa vie, il devrait être accompagné d’une multitude de serviteurs, de messagers pour annoncer sa venue. Non! Il entre à Capharnaüm comme tout autre citoyen modeste, sans char, ni chevaux, sans trompettes, ni vêtements de luxe. « Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! » (Ph2, 6-8) Qui le reconnaît en le voyant traverser ce sentier dans le roc, en le voyant marcher le long de la rive du lac? Qui le reconnaît se livrant chaque jour dans le pain eucharistique, se glissant dans le vin pour en faire son sang afin de nous transformer?

Un centurion romain semble voir la réalité de sa lumière divine, la condition divine de Jésus et cela d’une manière tout à fait merveilleuse, car il a un regard humble, de cette humilité qui fait dire à Jean en voyant Jésus : « Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse. Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous; celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre. Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et son témoignage, nul ne l’accueille. » (Jn 3, 30-32) Le centurion voit la colombe sans la voir, il entend la voix du Père en lui, il reconnaît et accueille tout en ne parvenant pas à voir sa dignité de s’approcher du Fils de Dieu. Le centurion n’est pas dupe de la rumeur que son empereur fait courir au sujet de son origine. Il prétend descendre des dieux et être fils de Dieu. Que peut-il attendre d’un tel empereur pour venir en aide à son esclave malade? Le centurion n’ignore pas la manière brutale d’agir des puissants pour maintenir leur pouvoir. Qui peut approcher l’empereur et lui demander quoi que ce soit? C’est César qui demande et qui prend s’il ne reçoit pas à l’instant selon son désir.

Le centurion a entendu parler de Jésus, de tous ces gens qui retrouvent la santé en le touchant, de tous ces pauvres qui reprennent espoir, des lépreux qui retrouvent la santé, des morts qui reprennent vie. Plusieurs lui ont rapporté les paroles, les béatitudes, l’amour du prochain comme soi-même, l’amour de Dieu, des étrangers, des prisonniers, des pauvres, des malades… Il a vu les gens effrayés de voir l’autorité de Jésus pour chasser les esprits mauvais, il a vu la femme adultère sauvée de ceux qui voulaient la lapider.

Le centurion n’ose pas s’approcher de Jésus, il se considérait impur aux yeux des juifs. Il ne s’offusque en rien qu’il en soit ainsi. Son affection pour son esclave malade, lui permet de dépasser son amour-propre. Ainsi dépouillé, il entrevoit dans l’obscurité de ce monde la lumière de celui qui est la Lumière du monde. Il envoie quelques notables juifs faire la demande de guérison pour son esclave en son nom. Ceux-ci supplient Jésus de lui venir en aide, car ce centurion, en charge de la garnison romaine dans leur région, favorisait leur pratique religieuse et la nation. C’est lui qui est le constructeur de la synagogue.

Jésus ne dit rien et se met en route avec eux. Le centurion apprenant que Jésus venait chez lui, envoie des amis lui dire : « Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Moi-même, je ne me suis pas senti le droit de venir te trouver. Mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Moi qui suis un subalterne, j’ai des soldats sous mes ordres : à l’un, je dis : < Va>, et il va; à l’autre : < Viens >, et il vient; et à mon esclave : < Fais ceci>, et il le fait. »

Jésus voit que cet homme voit les réalités qu’on ne peut voir que si le Père ne lui donne de les voir par la foi. Le centurion reconnaît Jésus sous son aspect humain, il reconnaît dans ses œuvres sa nature divine. ‘Comment être à la hauteur pour accueillir un tel hôte qui donne bien plus qu’il ne prend? Il vient pour rendre la santé à un être qui m’est cher. Que pourrais-je lui offrir en retour pour tant de bonté? La construction de milliards de synagogues ne suffirait pas pour lui rendre le bien qu’il fait, toute l’armée romaine à son service n’arriverait pas lui rendre grâce pour tant de bonté! ’

Cette foi est un baume pour Jésus. Il subit tant d’assauts par les autorités religieuses pour le piéger et trouver raison de le condamner.

Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration. Il se tourna vers la foule qui le suivait : « Je vous le dis, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi. »

Et nous, qui pouvons recevoir Jésus tous les jours dans son corps et son sang et qui ne sommes pas plus dignes de le recevoir que le centurion, que disons-nous?

Normand Décary-Charpentier