13 avril, Jn 6, 1-15 : Le temps est mûr pour le pain!

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Évangile :
Jésus était passé de l’autre côté du lac de Tibériade (appelé aussi mer de Galilée). Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait en guérissant les malades. Jésus gagna la montagne, et là, il s’assit avec ses disciples.
C’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs. Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : «Pourquoi avez-vous peur ainsi? N’avez-vous pas encore de foi?» 41 Alors ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient les uns aux autres: «Qui est-il donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent?» Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait bien ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde! » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre de cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu. » Ils les ramassèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d’orge après le repas.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne.
Commentaires :
Jésus était passé de l’autre côté du lac Tibériade. La Pâque est toute proche, la première lune après l’équinoxe de printemps se remplit de lumière. Elle sera pleine bientôt pour annoncer le début de la Pâque, le quinze du mois de Nissan, le mois des épis et premier mois de l’année (selon la Torah). Les champs de blé sont en fête, les épis sont remplis de grains et lèvent la tête au ciel. Le temps de la récolte suivra, le temps de moudre les grains sous la meule pour en faire de la farine. Viendra le temps d’en faire du pain. La farine, sous l’action du levain, de l’eau et de l’huile, se gonflera pour se faire pâte. Par la main vaillante de la mère, la pâte sera pressée et retournée et encore pressée. Encore un peu de temps, de chaleur et la pâte doublera encore. Un dernier pétrissage et voilà le pain prêt à passer sur la braise. Le parfum de la cuisson annoncera le moment de le retirer du feu pour le servir et nourrir les membres de la famille.
Jésus passe de l’autre côté de la mer de Galilée, la Pâque de l’ancienne alliance est proche, cette Pâque qui célèbre la libération du peuple de l’esclavage en Égypte et aussi le passage du peuple qui traverse la Mer Rouge pour atteindre la Terre promise.
« Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin. » (Jn 13, 1) Jésus sait que l’heure de la Pâque de la nouvelle alliance en son sang est venue, l’heure d’ouvrir le passage de ce monde à son Père par l’offrande de sa vie pour la multitude. Il ne reculera pas, il aimera jusqu’au bout, il se fera l’Agneau de Dieu, il se fera pain de vie pour nous libérer de l’emprise du mal et de la mort.
Une grande foule le suivait sans savoir vraiment qu’il était pour chaque personne de cette foule beaucoup plus que ce qu’elle attendait de lui. Qui parmi ses disciples ou dans la foule voyaient en lui l’Agneau de Dieu qui venait s’offrir pour la multitude afin de les libérer de l’emprise du mal et de la mort? Jean Baptiste l’avait bien reconnu en le voyant et en avait témoigné : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. C’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui est passé devant moi parce qu’avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas; mais c’est pour qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptisant dans l’eau. » (Jn 1, 29-31)
Qui parmi cette foule percevait cet Agneau vivant, la nouvelle Pâque, la nouvelle Alliance, le Pain descendu du ciel qui donne la vie éternelle? « Je suis le pain descendu du ciel. » (…)Voici le pain descendu du ciel; il n’est pas comme celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts; qui mange ce pain vivra à jamais. » (Jn 6, 41.58)
Le blé est mûr, la Pâque est proche, il est temps de le cueillir, de le passer sous la meule, d’en faire de la farine et du pain afin que ce pain puisse nourrir la multitude jusqu’à la fin des temps. « Le Royaume des Cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. » (Mt 13, 33)
La Pâque est proche, Jésus voit la foule venir vers lui, il voit toutes les générations venir à lui, cherchant du pain de vie. Il est venu en ce monde pour cette heure, elle approche, il sera nourriture de vie éternelle.
Jésus sait qu’il sera le pain de vie, il sait qu’il montera sur la croix, qu’il s’offrira pour tous, il sait que cette foule mangera. Il demandera à Philippe pour éprouver son regard et lui donner de voir par la foi : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger? » Philippe est quelque peu scandalisé d’une telle question et croit ramener Jésus au bon sens avec ses calculs. « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père!”? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? (Jn 14, 9-10) Comment peux-tu parler de chiffre, Philippe? Ne crois-tu pas que je suis le Fils de Dieu? “Où je vais, vous ne pouvez venir”? » Et il leur disait : « Vous, vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » (Jn 8, 22-24) Vous mourrez dans vos calculs, vos inquiétudes, vos soucis si vous ne croyez pas! Comment pouvoir rencontrer celui qui vient d’en haut, si nous restons enfermés dans nos raisonnements d’en bas?
André, comme éclairé par la lumière d’en haut, propose à Jésus pour nourrir la foule quelque chose d’insensé selon le monde d’en bas et pourtant, il le dit et sans grande conviction : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde! »
De cette foi bien mince d’André, avec les quelques pains et poissons du jeune garçon, Jésus nourrira toute la foule. « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible. » (Mt 17, 20) Était-ce la foi du jeune garçon qui s’avança pour offrir prestement son pain et ses poissons qui permit à la puissance de l’Esprit de se manifester ou celle d’André? Qu’importe! Jésus trouva réconfort en son coeur à voir ainsi la foule manger à sa faim et annoncer à tous que jamais plus les foules ne manqueront de pain pour garder les yeux vers la recherche des biens d’en haut, « car le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. » (Ro 14, 17)
La foule ne saisira pas la merveille de ce signe de la multiplication pour eux et leurs enfants, elle voudra l’établir roi pour le monde d’en bas afin de s’assurer le pain qui mène à la mort.
Jésus se retire, car il veut les aimer jusqu’au bout et leur donner une nourriture qui enlève la soif à jamais et guérit de la mort. Il est déjà Roi, il est le Roi des rois : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Donc tu es roi? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Jn 18, 36-37)
NDC