14 avril, Jn 18, 1-40.19, 1-42 : Du jardin des oliviers au jardin près du calvaire

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Évangile :  

Après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec les disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus y avait souvent réuni ses disciples.

Judas prit donc avec lui un détachement de soldats, et des gardes envoyés par les chefs des prêtres et les pharisiens. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : « Qui cherchez-vous? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi. » Judas, qui le livrait, était au milieu d’eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi », ils reculèrent, et ils tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau : qui cherchez-vous? Ils dirent : « Jésus le Nazaréen. » Jésus répondit : « Je vous l’ai dit : c’est moi. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » « Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : “Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’avais donnés ». »

Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira du fourreau; il frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je vais refuser la coupe que le Père m’a donnée à boire? »

Procès devant les autorités juives

Alors les soldats, le commandant et les gardes juifs se saisissent de Jésus et l’enchaînent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne, beau-père de Caïphe, le grand prêtre de cette année-là. (C’est Caïphe qui avait donné aux Juifs cet avis : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple. »)

Simon-Pierre et un autre disciple suivaient Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour de la maison du grand prêtre, mais Pierre était resté dehors, près de la porte. Alors l’autre disciple- celui qui était connu du grand prêtre — sortit, dit un mot à la jeune servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. La servante dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme-là? » Il répondit : « Non, je n’en suis pas! » Les serviteurs et les gardes étaient là; comme il faisait froid, ils avaient allumé un feu pour se réchauffer. Pierre était avec eux, et se chauffait lui aussi.

Or, le grand prêtre questionnait Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. Jésus lui répondit : « J’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissaient, et je n’ai jamais parlé en cachette. Pourquoi me questionnes-tu? Ce que j’ai dit, demande-le à ceux qui sont venus m’entendre. Eux savent ce que j’ai dit. » À cette réponse, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre! » Jésus lui répliqua : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » Anne l’envoya, toujours enchaîné au grand prêtre Caïphe.

Simon-Pierre était donc en train de se chauffer; on lui dit : « N’es-tu pas un de ses disciples, toi aussi? » Il répondit : « Non, je n’en suis pas! » Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : « Est-ce que je ne t’ai pas vu moi-même dans le jardin avec lui? » Encore une fois, Pierre nia. À l’instant même, le coq chanta.

Procès devant les autorités romaines

Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au palais du gouverneur. C’était le matin. Les Juifs n’entrèrent pas eux-mêmes, dans le palais, car ils voulaient éviter une souillure qui les aurait empêchés de manger l’agneau pascal. Pilate vint au-dehors pour leur parler : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme? » Ils lui répondirent : « S’il ne s’agissait pas d’un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » Pilate leur dit : « Reprenez-le et vous le jugerez vous-mêmes suivant votre loi. » Les Juifs lui dirent : « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. »

Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le Roi des Juifs? » Jésus lui demande : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’on dit? Pilate répondit : “Est-ce que je suis Juif, moi?” Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait? » Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi? » Jésus répondit : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité? »

Après cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais c’est la coutume de chez vous que je relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs? » Mais ils se mirent à crier : « Pas lui! Barabbas! » Ce Barabbas était un bandit.

Alors Pilate ordonna d’emmener Jésus pour le flageller. Les soldats tressèrent une couronne avec des épines, et la lui mirent sur la tête; puis ils le revêtirent d’un manteau de pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : « Honneur à toi, roi des Juifs! » Et ils le giflaient.

Pilate sortit de nouveau pour dire aux Juifs : « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Alors Jésus sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : « Voici l’homme. » Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le! Crucifie-le! » Pilate leur dit : « Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Les Juifs lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est prétendu Fils de Dieu. »

Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans son palais, et dit à Jésus : « D’où es-tu? » Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi? » Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier? » Jésus lui répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut; ainsi, celui qui m’a livré à toi est chargé d’un péché plus grave. » Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher; mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. »

En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade à l’endroit qu’on appelle le Dallage (en hébreu : Gabattha). C’était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Alors ils crièrent : « À mort, à mort! Crucifie-le! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi? » Les chefs des prêtres répondirent : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié, et ils se saisirent de lui.

Le chemin de la croix

Jésus portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit en hébreu : Golgotha (nom qui se traduit : « Calvaire », c’est-à-dire : « Crâne »). Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fait placer sur la croix, avec cette inscription : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Comme on avait crucifié Jésus dans un endroit proche de la ville, beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, qui était libellé en hébreu, en latin et en grec. Alors les prêtres des Juifs dirent à Pilate : « Il ne fallait pas écrire : < Roi des Juifs>; il fallait écrire : Cet homme a dit : < Je suis le roi des Juifs.> Pilate répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »

Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits, ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique; c’est une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l’aura. » Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait. Il dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voilà ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

La mort et la sépulture :

Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et l’on approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

Comme c’était le vendredi, il ne fallait pas laisser des corps en croix durant le sabbat (d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque). Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis du deuxième de condamnés que l’on avait crucifiés avec Jésus. Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.

Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez vous aussi. (Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu’il dit vrai.) Tout cela est arrivé afin que cette parole de l’Écriture s’accomplisse : Aucun de ses os ne sera brisé. Et un autre passage dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème (celui qui pour la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi : il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent le corps de Jésus, et ils l’enveloppèrent d’un linceul, en employant les aromates selon la manière juive d’ensevelir les morts. Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore mis personne. Comme le sabbat des Juifs allait commencer, et que ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

Commentaires :

La lumière des torches et des lanternes avance dans la nuit au rythme des pas d’un détachement de soldats et de gardes. Judas conduit cette meute sur les pas de Jésus. Le torrent de Cédron chante plus fort ce soir-là comme pour convaincre Judas de se repentir. Il le traverse avec sa horde, l’eau du torrent reflète la lumière, les armes des soldats brillent, le pas se presse. Judas connaît bien le lieu où il les mène, car souvent Jésus s’y rendait avec ses disciples. C’était un jardin planté d’oliviers, du nom de Gethsémani ou Pressoir d’huile, sur le mont des Oliviers, tout en face de Jérusalem. Jésus y venait toutes les fois qu’il sortait du Temple, soit pour prier ou se reposer avec les disciples. Judas connaît bien l’endroit et aussi le rocher où Jésus se rend pour prier dans le jardin.

Judas ne peut s’imaginer l’insupportable agonie que Jésus vit pendant qu’il se dirige fièrement vers Jésus qu’il va livrer. Il ne peut s’imaginer la souffrance de Jésus : qui peut avoir idée de ce que peut vivre celui qui porte tous les péchés du monde jusqu’à la fin des temps. Toutes les souffrances des saints et saintes réunis ne peuvent en donner qu’une mince idée de cette agonie de Jésus, tout comme le reflet des torches dans l’eau du torrent n’est qu’une mince idée du feu de la lampe. Jésus a été pressé dans ce jardin du nom de Pressoir d’huile. Jésus sait ce qui va lui arriver, il se lève et va au-devant de la meute. Ils n’ont aucune idée de l’identité de celui qu’ils viennent arrêter comme un voleur, tout comme une meute de loups affamés ne fait pas la différence entre un enfant dévoré et un chacal.

Jésus n’ignore pas qu’il sera abandonné dans ce jardin, tout comme au jardin de l’origine Adam l’a abandonné pour devenir dieu sans Dieu. Ces hommes ne savent pas que dans le jardin près de la Croix de Jésus s’ouvrira à nouveau l’accès à la vie éternelle dans l’unité de l’Esprit par la volonté du Père et le don du Fils. Ils sont bien faibles ces lampes pour éclairer la vraie réalité qui se déroule sous leurs yeux. « La chair est faible et l’esprit est ardent », disait Jésus à ses disciples qui n’arrivaient pas à prier avec lui, une heure. La lampe de l’esprit peut être ardente pour celui qui prie, la lampe du corps est faible qu’importe la puissance des lampes.

Qui cherchez-vous?

Pas un des soldats ne s’attendait à ce que cette question soit posée par celui qu’il cherchait. Ils sont violents et ne ménagent pas les personnes arrêtées, c’est connu.

À la question, le chef de la troupe répondra : Jésus le Nazaréen.

Lorsque celui qui a posé la question répond : C’est moi. Ils sont renversés de constater que pour la première fois quelqu’un ne prend pas la fuite devant la menace d’être arrêté. Jésus ne prendra la fuite à aucun prix, car l’autel de la Nouvelle alliance se lève et il la scellera dans son sang pour le salut de tous, ces soldats compris.

Judas est bousculé et il tombe avec eux dans la nuit.

Qui cherchez-vous? Répète Jésus à nouveau.

Jésus le Nazaréen. C’est moi dira à nouveau Jésus. Qui pourrait le faire désobéir à la volonté du Père, cette volonté qui est sa nourriture? Qui pourrait l’empêcher de s’abandonner à la volonté du Père, à sortir de cette unité avec le Père dans l’Esprit-Saint? Ne craignez pas ceux qui tuent le corps! Craignez plutôt de sortir du jardin de l’unité dans l’Esprit en se séparant du Père.

Jésus poursuit l’accomplissement des écritures et ne dérobe pas à se faire l’Agneau pascal.

Pierre saisit pas la peur sort son glaive pour empêcher Jésus d’avancer sur le chemin de la croix. Ces pensées sont toutes humaines, il ne comprend pas la pensée de Dieu le Père. Pierre disait lors de la première fois où Jésus avait annoncé sa passion : « Dieu t’en garde, Seigneur! Cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16, 22-23)

Le père du mensonge est bien présent dans le jardin des Oliviers avec son monde de division où règne la mort. Pierre tire son épée du fourreau et coupe l’oreille du soldat.

« Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je vais refuser la coupe que le Père m’a donnée à boire »?

Jésus veut bien nous apprendre que le Père nous aime et qu’en rien il ne refusera d’avancer sur le chemin de sa volonté, car en tout, il est victorieux du Prince de ce monde. Jamais, il n’avancera sur le chemin du mal, jamais il ne portera la main sur celui qui le frappe. Il n’est qu’Amour et il ne rendra justice que par l’amour aux violences et mensonges du Malin. Aucune vengeance en Dieu, aucune violence, aucune rancune, ni jalousie, il n’est qu’Amour.

Alors les soldats, le commandant et les gardes juifs se saisissent de Jésus et l’enchaînent. Ils enchaînent celui qui fera tomber nos chaînes, ces liens qui nous gardent dans la mort et la division.

Après l’avoir abandonné au jardin, les disciples se coulent dans la foule pour voir ce qui arrivera. Jésus est conduit chez le grand prêtre qui ne cache pas sa satisfaction de l’avoir enfin arrêté. Il est empressé de faire cesser sa popularité croissante qui menace le temple et la nation. Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, disait-il et c’est bien ce qui se passait pour toutes les nations. Caïphe ne saisit rien de la vérité qu’il énonce, car il ne voit en Jésus qu’un fauteur de troubles comme bien d’autres avant lui.

Simon-Pierre arrive à entrer dans la cour de la maison de Caïphe grâce à un autre disciple qui était connu du grand prêtre. La servante qui gardait la porte pose la question que Pierre ne voulait pas entendre. Il se faisait petit pour ne pas être vu, discret, voilait presque son visage de sa tunique.

« N’es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme-là? »

Cette question rentre dans son cœur comme un glaive, ce glaive que Jésus lui a fait ranger et qu’il aurait aimé se servir pour que tout fonctionne selon sa volonté. Il met au fourreau la parole de la servante, il garde froid son cœur et répond qu’il ne le connaît pas.

Pierre avait froid dans la nuit, son esprit avait froid, son cœur tout autant. Il s’approche du feu allumé par les gardes pour se réchauffer. Les lueurs du feu éclairent son visage. Pendant ce temps, Jésus enchaîné se fait interroger par le grand prêtre sur sa doctrine. Il n’y a pas de raison de questionner Jésus sur ce qu’ils connaissent bien déjà. Il enseignait dans le temple et le grand conseil chargeait toujours des pharisiens et des scribes de l’écouter pour lui tendre des pièges. Vous savez les questions sur l’impôt à César, ou sur la guérison un jour de sabbat, ou sur le plus grand commandement. Le grand prêtre se souvient bien et il est encore une fois incapable de répondre à Jésus. C’est l’un des gardes qui s’indignera de la manière dont Jésus répond au grand prêtre et il le frappera.

Jésus ne s’excusera en rien et demandera de lui expliquer en quoi il a mal parlé et s’il n’a pas rien dit de mal, pourquoi le frapper, sinon pour plaire au grand prêtre et ne pas chercher à plaire à ce qui est vrai et bien.

Simon Pierre continue de se chauffer près du feu, il n’arrive pas à sortir de son effroi, de ce froid intérieur qui le fige. Il va à l’encontre de tout ce que son cœur lui dit. Sa conscience le laisse sans repos… et toi qui disais que tu irais à la mort avec lui! Que fais-tu près de ce feu? Mais quoi faire sans mon épée! Un autre coup de tonnerre sonne dans ses oreilles : N’es-tu pas un de ses disciples toi aussi? Il revient tout à coup à la surface, le visage découvert à la lueur du feu, des yeux qui se tournent vers lui et attendent sa réponse. Non, je n’en suis pas! dit-il sans plus réfléchir. Un des serviteurs, témoin de la scène de l’oreille coupée au jardin, insiste en le regardant bien. Est-ce que je ne t’ai pas vu moi-même dans le jardin avec lui? Pierre va nier, une troisième fois à sa grande honte. Sans arme, sans son épée, sans violence, il ne sait pas comment se défendre, comment monter au combat pour Jésus. Il nie et il sent bien dans son désarroi qu’il se renie lui-même, car il l’a vu transfiguré, il l’a vu, calmer la tempête, marcher sur les eaux, ressusciter Lazare.

À l’instant même, le coq chanta et sa mémoire s’éveilla aux paroles que Jésus lui avait dites à la suite à sa promesse de ne jamais le quitter : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » Jésus reprit : « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » (Mt 26, 33-35) Jamais un coq n’a réveillé un homme aussi promptement sur cette terre. L’obscurité était très épaisse en lui, car il se réveillait près du lit de son reniement.

Quant à Jésus, il poursuit sa descente dans nos péchés, il prend tout sur lui, ne cessant de rendre témoignage à la vérité dans ce monde de compromis.

« Ma royauté ne vient pas de ce monde… Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité entend ma voix. »

Le grand prêtre n’entend rien à la vérité, il n’en a que pour son temple de pierres. Pilate n’entend rien à la vérité, il ne cherche qu’à plaire à l’empereur et éviter les troubles politiques. Les soldats qui flagellent Jésus, n’ont rien à faire avec la vérité, sur le bien ou le mal, ils obéissent aveuglément à l’autorité et attendent leurs salaires. Le temps du mensonge achève et celui qui en est le père le pressant bien en voyant cet homme que rien ne fait reculer pour témoigner de la vérité. Il ne craint en rien la mort, ni les menaces. Rien ne le sépare de l’amour malgré la manière dont il est traité. Qui ne croirait pas être maudit par Dieu pour être traité comme il l’est.

Rien sur son visage, dans ses paroles ne montre le moindre signe d’impatience, la moindre agressivité. Aucune violence ne s’exprime dans son regard, dans son accueil des gens autour qui se moquent de lui. Il trouvera moyen d’accomplir les écritures et de faire du bien autour de lui malgré son état d’extrême faiblesse. Il semble faible en apparence, mais les passants en le voyant ressentent une force qui sort de lui. Il prend sur lui le fardeau de tous et chacun se sent plus léger.

Il ira jusqu’au bout, jusqu’à ce vinaigre, ce vin tourné qui n’a plus rien du vin et il dira lui qui transforme le vin en sang, ce sang de la nouvelle Alliance :

« Tout est accompli. »

Il inclinera la tête et remettra son esprit dans les mains du Père comme un enfant dépose une fleur dans les mains de sa mère.

Comme suite à sa mort, l’écriture s’accomplira tout autant par la volonté du Père. Tout est accompli et tout ce qu’il y a à s’accomplir, s’accomplira. Le soldat ne brisera pas ses os comme aux deux autres crucifiés avec lui. Il lui transpercera le cœur de sa lance. L’eau qui sortira de ce cœur après avoir été vidé de son sang sera l’eau de notre baptême, ce baptême d’eau et de feu dont parlait Jean Baptiste. C’est bien dans sa mort que nous sommes baptisés afin de ressusciter avec lui.

Jésus se rendra dans un autre jardin après sa mort. Cette fois, il y sera porté comme un germe de vie que l’on dépose en terre. Du rocher du jardin des Oliviers, il se retrouvera dans un tombeau neuf creusé dans un rocher. Cette fois, ce sera Dieu le Père qui viendra par la puissance de l’Esprit en faire le premier-né d’entre les morts.

L’amour a déjoué tous les plans de la haine, la douceur n’a pas répondu à la violence, la vérité n’a pas cédé au mensonge, le bien a été victorieux du mal, le beau a quitté les apparences, Jésus est au jardin et le chemin de l’arbre de vie est ouvert.

Au jardin de l’origine : « Le Seigneur Dieu fit pousser du sol toute sorte d’arbres à l’aspect attirant et aux fruits savoureux; il y avait aussi l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (Gn 2, 9) Comme

 

Comme suite à la désobéissance d’Adam, le Seigneur dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal! Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement! »

Dans l’obscurité, qui peut voir l’arbre de vie en cette potence et pourtant Jésus disait : « Et moi, si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même. » (Jn 12, 32)

Il coule ce fleuve d’eau vive, cette eau vive annoncée à la samaritaine au puits de Jacob. Qui ne peut cueillir les fruits de l’arbre de vie maintenant : « Puis l’ange me montra l’eau de la vie : un fleuve resplendissant comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la ville, entre les deux bras du fleuve, il y a un arbre de vie qui donne son fruit douze fois : chaque mois, il produit son fruit; et les feuilles de cet arbre sont un remède pour les nations païennes. Il n’y aura plus aucune malédiction. Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville et les serviteurs de Dieu lui rendront un culte; ils verront son visage, et son nom sera écrit sur leur front.> (Ap 22, 2-4)

NDC