14 avril, Jn 6, 16-21 : Les tours de Manhattan et la marche sur les eaux.

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Évangile :
C’était après la multiplication des pains. Le soir venu, les disciples de Jésus descendirent au bord du lac. Ils s’embarquèrent pour gagner Capharnaüm, sur l’autre rive. Déjà il faisait nuit, et Jésus ne les avait pas encore rejoints.
Un grand vent se mit à souffler, et le lac devint houleux. Les disciples avaient ramé pendant cinq mille mètres environ, lorsqu’ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Alors, ils furent saisis de crainte. Mais il leur dit : « C’est moi. Soyez sans crainte. »
Les disciples voulaient le prendre dans la barque, mais aussitôt, la barque atteignit le rivage à l’endroit où ils se rendaient.
Commentaires :
Après la multiplication de pains, les disciples sont encore sous le choc. Les salaires de tous les disciples réunis n’auraient pas suffi pour acheter seulement le pain nécessaire pour nourrir cette foule nombreuse. Chaque personne a mangé à sa faim, non seulement du pain, mais aussi du poisson. Toutes les barques des disciples n’auraient pas suffi pour ramener tout ce poisson au rivage en une journée et encore moins pour le transporter sur la montagne. Ce n’est pas seulement le pain et le poisson qui devaient se multiplier, mais aussi les barques et les charrettes, ainsi que les pêcheurs et les ouvriers pour monter tout cela à la montagne.
Philippe reste songeur, car c’est lui qui avait rétorqué à Jésus dans son souhait de nourrir la foule : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger? » Tous les boulangers au bas de la montagne ne parviendraient à nous fournir autant de pain dans un si bref délai. Il faudrait passer à table dans plusieurs jours. De plus, si nous trouvions le pain, où prendrions-nous l’argent pour le payer? Philippe est songeur et n’arrive pas à croire à ce qu’il a vu et pourtant il a bien vu les restes de pains et de poissons. Il a bien vu et il n’arrive pas à y croire tout de même. Philippe était un peu dans l’état de croyance de ces gens à Manhattan lors de la chute des tours, ils n’arrivaient pas à croire ce qu’ils voyaient. Ils couraient pour s’éloigner des poussières de la chute des tours et ils répétaient qu’ils ne pouvaient pas y croire. Certains pensaient que c’était du cinéma ou je ne sais pas quoi pour essayer de comprendre. Ils pleuraient, demeuraient figés sur place. La raison perdait ses repères, le quotidien était renversé de son cheval. La plus grande puissance au monde était vulnérable, destructible. Ainsi Philippe voyait ses ancrages dans la réalité se détacher. Tout ce pain sur la montagne et tout ce poisson qui venaient de nulle part, toute cette abondance, cette gratuité, cette richesse. Philippe y perdait pied. Il avait bien vu Jésus guérir les malades, revivifier un mort, chasser les esprits mauvais, cela pour lui était du domaine des esprits, du religieux, mais de nourrir une foule entière avec du pain et du poisson, là c’était la réalité du quotidien qui était bousculée. La réalité du pain quotidien gagné à la sueur de son front! Philippe ne parvenait pas à y croire, il ne comprenait pas. Ses compagnons aussi étaient dans l’état que ressentait Philippe. Comment Jésus a-t-il rendu possible cette libération des contraintes du travail, de l’argent, du commerce et nourrir toute une foule sans oublier personne?
Voilà longtemps que Philippe est avec Jésus et il a la nette impression de ne pas le connaitre ou du moins de ne pas connaitre ce que signifie vivre avec le Messie, le Fils du Dieu vivant. L’idée qu’il se faisait du Messie qu’il cherchait était très différente. Il ne croyait pas que le Messie aurait des pouvoirs aussi grands. Il comprenait encore moins après un tel prodige comment Jésus pouvait retarder le moment de prendre le pouvoir, de se faire déclarer roi. Il avait bien entendu les gens de la foule qui voulaient faire de Jésus leur roi. Qui ne voudrait pas faire roi celui qui leur apporte nourriture gratuitement et qui n’impose aucun impôt ou taxe?
Pourtant Philippe voit que Jésus se refuse à être fait roi, au contraire, il parle de sa mort aux mains des chefs des prêtres, de ses souffrances et aussi de sa résurrection. « Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père!”? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? (Jn 14, 9-10)
Les disciples ne connaissent pas Jésus, ils ne parviennent pas à le connaitre, car tout ce qu’il fait les dépasse. La réalité visible est débordée avec Jésus, c’est une autre réalité qui se dévoile, une réalité non palpable, une réalité qu’on ne peut voir qu’avec les yeux de la foi. Et c’est bien la foi que Jésus demande pour purifier le regard et les conduire dans son monde à l’intérieur du monde afin de sauver le monde de ce qui le tient sous l’emprise du prince de ce monde et de la mort.
“Je ne suis plus dans le monde; eux sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les dans ton nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. Quand j’étais avec eux, je les gardais dans ton nom que tu m’as donné. J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition, afin que l’Écriture fût accomplie. Mais maintenant, je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les enlever du monde, mais de les garder du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » (Jn 17, 11-17)
Jésus passe de ce monde à son Père et il veut faire passer ses disciples de ce monde d’inquiétude pour trouver son pain à ce monde qu’il vient instaurer en se faisant l’un des nôtres, ce monde qui se nourrit du pain de la volonté du Père. ‘Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin.’ (Jn 4, 34)
Philippe avec les autres disciples s’embarquent pour Capharnaüm, sur l’autre rive. Jésus reste sur la rive, non pour s’éloigner d’eux, au contraire c’est pour demeurer près d’eux afin que leur joie soit complète. Il est le Fils de Dieu, il est Dieu : ‘Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père! ’? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? (Jn 14, 9-10) Ne crois-tu pas que je suis Dieu?
Jésus est au rivage, les disciples traversent dans la barque, il fait nuit. Vous savez ces nuits où l’on oublie que nous sommes aimés et que nous pensons être seuls au monde et abandonnés. Un grand vent se lève, le lac se fait houleux. Les disciples avoir ramé cinq mille mètres, Capharnaüm semble inaccessible, ils rament sans avancer. L’épuisement se montre le nez avec le découragement qui le précède. La nuit se fait plus épaisse et les vagues paraissent vouloir les avaler.
Voilà que dans la tourmente, ils virent Jésus. Devant la volonté de Jésus de nourrir la foule, Philippe avait posé la question du lieu pour trouver tout le pain et du prix impossible à payer, cette fois encore, il ne peut pas croire ce qu’il voit. Comment marcher sur une mer aussi houleuse quand notre barque parvient mal à se maintenir à flot? Philippe ne parvient pas à croire ce qu’il voit encore une fois. Il médite déjà ce qu’il a vu au rivage sans trop comprendre. Tout ce pain que mille boulangers ne parviendraient pas à cuire en si peu de temps pour nourrir une foule à satiété, tout ce poisson sur la montagne, toute cette gratuité. Pour Philippe, Jésus pourrait être très riche s’il le voulait et il est déjà très fortuné pour agir ainsi. Mais là, de le voir marcher sur l’eau, dans le vent et les vagues, son esprit coule à pic ne trouvant pas de prise dans son monde ordinaire.
Lui et les autres disciples n’ont que la crainte pour se raccrocher à ce qu’ils voient. ‘C’est moi. Soyez sans crainte.’ Laissez cette épave de la crainte, montez dans la barque de la foi. ‘Que votre coeur ne se trouble pas! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.’ (Jn 14, 1) N’est-ce pas raisonnable que je marche sur l’eau pour marcher sur les eaux de la mort et vous ramener au rivage de la vie? Il n’y a rien de choquant à l’esprit de l’homme que Dieu vous aime et livre son Fils unique pour vous afin de vous conduire en sécurité au rivage de la vie éternelle! Il n’y a pas à craindre d’être aimé et d’y croire et de s’y abandonner! Comment vous rendre au rivage de la vie sans le Fils de Dieu? Comment sortir de vos tombeaux sans celui qui vient marcher sur vos os et qui vous rend votre chair? Dieu vous aime!
Les disciples restent encore dans la crainte et ils veulent le prendre dans la barque, comme pour sauver celui vient les sauver d’un danger beaucoup plus que ce qu’ils ne peuvent s’imaginer.
Jésus les prendra tous dans sa barque, dans cette Église qui vient et il les conduira à l’instant au rivage. Les disciples sont encore sous le choc du pain et les voilà sous le choc de ce qui vient de se produire dans la barque. Ils se plantent les pieds dans le sable pour se convaincre qu’ils sont bien au rivage. Leurs bras ressentent encore la douleur d’avoir ramé aussi hardiment et ils se retrouvent au rivage. La barque est déjà endormie dans le sable, les vagues vont et viennent avec ardeur, le vent souffle, les disciples se regardent sans parvenir à croire ce qui vient de leur arriver. Qui voudra les croire de toute manière?
‘À cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : ‘Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur! ’ La frayeur en effet l’avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui… ’ (Lc 5, 8-9)
‘Pourquoi avez-vous peur ainsi? N’avez-vous pas encore de foi? ’ Alors ils furent saisis d’une grande crainte et ils se disaient les uns aux autres : ‘Qui est-il donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent? ’ (Mc 4, 40-41)
‘Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu? ’ (Jn 11, 25-26)
Si Jésus ne marche pas sur les eaux, qui nous libèrera de l’emprise du mal qui nous divise et de la mort qui nous étouffe?
NDC