14 déc, Lc 7,18-23 : « Es-tu celui qui doit venir? »

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Évangile :

Les disciples de Jean rapportèrent tout cela à leur maître. Alors il appela deux d’entre eux,
et les envoya demander au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »
Arrivés près de Jésus, ils lui dirent : « Jean Baptiste nous a envoyés te demander : Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »
À ce moment-là, Jésus guérit beaucoup de malades, d’infirmes et de possédés, et il rendit la vue à beaucoup d’aveugles.
Puis il répondit aux envoyés : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi! »

Commentaires :

Jean brûle d’un amour ardent pour le Seigneur. Il n’a de cesse de crier dans le désert et d’appeler au repentir pour accueillir celui qui vient. Il l’a rencontré ce Fils du Dieu vivant, il l’a rencontré dans le sein de sa mère, il a tressailli à la salutation de la jeune fille qui le portait en son sein. Il a bondi, sursauté dans les eaux intra-utérines de sa mère à la voix de la vierge Mère, aube d’un monde nouveau. Il a bien ressenti une ouverture dans le dôme de son ventre et le déversement de l’Esprit sur sa mère. « Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. Alors elle poussa un grand cri et dit : “Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein! Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur? Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein.” (Lc 1, 41-44)

Jean a bien entendu l’inaudible en son esprit et par l’Esprit, son âme a exalté de joie et elle est demeurée marquée à jamais de ce sceau de plénitude de joie dans l’Esprit. De la femme stérile, Jean Baptiste a été conçu pour préparer le chemin à celui qui était avant lui et qui venait recréer le monde pour le remettre sur le chemin de la vie éternelle. À l’origine, il n’y avait rien, un monde nouveau sortait des mains de Dieu, tout était vierge et par lui le monde fut. “Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut.” (Jn 1, 2-3) Le monde ne sortait pas du vide, ni d’une matière stérile, mais de rien. Une création par l’Esprit à partir de rien. Dieu n’était pas devant un vide, mais devant rien, car le vide suppose un contenant qui le porte. L’action créatrice de Dieu agit sans cesse et n’a de cesse de poursuivre son œuvre. L’enfant de la femme stérile, du monde ancien, tressaille de joie à la venue de l’enfant de la femme vierge qui annonce le renouvellement du monde de Dieu, la recréation.

Dieu a tout créé de rien et les créatures à son image l’ont chassé de son œuvre qu’il poursuit  et soutient, croyant pouvoir se faire son égal. Dieu pouvait tourner la page et se retirer en abandonnant ce monde au néant. Non, à l’instant de la chute, il meurt déjà et ressuscite afin que par ses mérites, il inaugure un monde nouveau dans le monde de la rupture.

Dans sa grande miséricorde incalculable, son amour incommensurable, le Verbe créateur et toujours en action créatrice, se fera chair en son temps pour libérer la chair de l’emprise de ce qui la conduit à la mort. “Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.” (Jn 1, 14) Sa gloire, c’est la vie. Cette gloire n’a rien à voir avec la popularité, la notoriété, les honneurs. Sa gloire est lumière et sa lumière est vie. “Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie.” (Jn 1, 4-5)

Il vient pour nous racheter de ces ténèbres qui nous cachent cet amour qui nous aime éperdument et qui est lumière et vie éternelle. Nous voulions nous faire son égal sans lui, il vient se faire notre égal pour nous faire son égal par lui. Comment être son égal sans devenir amour et renoncer à tout pouvoir, sinon à celui de servir par amour et être dans l’unité avec tous? Le Verbe se fait chair pour nous rendre la vue dans ces ténèbres et la vie dans la mort. Il vient pour nous faire voir la réalité non apparente, cet amour infini dans lequel nous baignons et qui est notre mouvement, notre vie et notre être. Il vient dans le monde, dans la réalité apparente, nous introduire par le cœur à la réalité non apparente de l’amour dont nous sommes aimés. C’est par la foi que s’ouvrent les yeux du cœur qui permettent de voir Jésus et de le suivre sur le chemin de la croix pour entrer dans la vie. Qui suivra Jésus dans cette descente dans la mort pour y faire briller sa lumière, cette mort qui s’est insinuée par le mensonge d’un serpent voulant se faire l’égal de son Créateur?

Écoutez Jean dans le désert qui crie son amour en appelant au repentir, à rompre avec le mensonge qui nous lie au serpent qui se prétend l’égal de son Créateur et à sa filiation : “Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère prochaine? Produisez donc des fruits dignes du repentir, et n’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons pour père Abraham.’ Car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham.” (Jn 3, 7-8)

Dieu n’a-t-il pas fait de Jean un enfant d’Abraham dans le sein d’une femme stérile? Tout n’est qu’Amour et ce n’est que par amour que nous sommes là, et c’est par amour qu’il vient se faire Agneau de Dieu pour nous sauver, c’est par amour gratuit et sans mérite de notre part qu’il nous ouvre les portes de la vie.

Jean n’ignore pas que le Fils de Dieu est là, il est là au milieu de ce peuple et nous ne parvenons pas à le saisir dans ces ténèbres épaisses des apparences : “Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.” (Jn 1, 10-11)

“Pourquoi ne reconnaissez-vous pas mon langage? Dit Jésus. C’est que vous ne pouvez pas entendre ma parole. Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fond, parce qu’il est menteur et père du mensonge.” (Jn 8,43-44) Dieu ne cesse de dire à chacun : Je t’aime, je t’aime et je veux que tu vives. “Je ne veux pas la mort du pécheur. Je veux qu’il revienne à moi et qu’il vive” (Éz 18, 23. 33, 11) “La patience de Dieu veut t’amener à changer de vie, est-ce que tu ne le sais pas?” (Ro 2, 4) Repentez-vous!

Il est là au milieu de nous. Il le sait, Jean. Il a tressailli dans le ventre de sa mère à la salutation de Marie. Il a été inondé de l’Esprit et son esprit a exulté de joie dans le Seigneur. Il le cherche chaque jour dans la foule. Il sait que le rayonnement de l’amour de Dieu dans son Fils ne lui échappera pas.

“Celui qui vient derrière moi, le voilà passé devant moi, parce qu’avant moi il était.” Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce. Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître. » (Jn 1, 15-18)

Jean brûle d’amour comme le buisson ardent, il n’en peut plus d’être privé de la grâce et de la vérité qui vient par le Fils de Dieu. Son cœur brûle de devenir louange à la gloire du nom du Fils de Dieu, de n’être que louange et adoration. Le désert ne suffit pas pour le dépouiller de tout et le revêtir de Dieu, il désire ce baptême de feu et d’esprit qui vient du Fils de Dieu pour l’unir à la communion Trinitaire et à tous les hommes de bonne volonté.

Jean a bien entendu parler de Jésus de Nazareth, les rumeurs à son sujet l’avaient rejoint au désert : « On chuchotait beaucoup sur son compte dans les foules. Les uns disaient : “C’est un homme de bien. » D’autres disaient : « Non, il égare la foule. », Pourtant personne ne s’exprimait ouvertement à son sujet par peur des Juifs. On était déjà au milieu de la fête, lorsque Jésus monta au Temple et se mit à enseigner. » (Jn 7, 12-14) Jean au contraire des gens, ne craint en rien les autorités religieuses, pas plus qu’Hérode et ses sbires. Son désir que s’accomplisse la parole de Dieu et que le baptême de l’Esprit advienne, le pousse à envoyer deux de ses disciples vers Jésus pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »

Celui qui vient accomplir la parole de Dieu et non l’abolir répondra par les Écritures. Il répondra aux disciples de Jean  avec cette même parole lue à la synagogue de Nazareth lors de sa visite parmi les siens : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. Il replia le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : “Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture.” (Lc 4, 18-21) À la suite de cette lecture, les gens de Nazareth le sortirent hors de la ville et cherchèrent à le précipiter en bas de la falaise. Jésus répondra par la parole vivante de Dieu aux disciples de Jean, car c’est cette parole qu’il vient accomplir et c’est à chacun à le reconnaître par l’Écriture : “Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de moi-même. Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est véridique et il n’y a pas en lui d’imposture.” (Jn 1, 16-18)

Jésus répond aux disciples de Jean, ce qu’il nous répond à nous encore aujourd’hui : “Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi!”

Pour celui qui est au désert et dans le silence comme Jean Baptiste, Dieu peut rompre son silence et se faire entendre. Comment l’entendre dans le bruit et la recherche des honneurs, de la tranquillité, de la sécurité, de la prospérité? Comment peut-il se faire entendre à Nazareth? Ils ne peuvent faire le silence, leurs préjugés parlent trop fort : “N’est-il pas le fils de Joseph, celui-là?” (Lc 4, 22) “Pour entendre la voix du Verbe il faut savoir écouter le silence” (P.Evdokimov)

“Si nous nous arrêtons pour permettre à Dieu d’entrer dans notre silence alors nous serons comblés. Notre coeur sera agrandi au point de pouvoir contenir le don que Dieu nous fait de Lui-même.” (Mère Teresa)

Dans le silence du désert, Jean reconnaît celui qui vient au nom de Dieu dans le silence : “Qu’il vienne notre Dieu, qu’il rompe son silence!”(Ps 49,3. 3.) Romps ton silence Seigneur, je vais me taire pour t’écouter!

Normand Décary-Charpentier