14 fév, Lc 10, 1-9, L’agneau qui s’avance au milieu des loups

 In Méditer les écritures

Évangile :
Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maitre de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route.
« Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : S’il y a là un ami de la paix votre paix ira reposer sur lui; sinon elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
« Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. Là, guérissez les malades, et dites aux habitants :
Commentaires :
Parmi ceux qui le suivaient, le Seigneur de l’univers visible et invisible en désigne soixante-douze, six fois les douze nations d’Israël, montrant ainsi qu’il se donne pour toutes les nations. La moisson est si abondante dans le passé, le présent comme le futur que les disciples désignés ne peuvent en avoir l’idée. Tout nous dépassera toujours dans le dessein d’amour de Dieu, tellement il n’est qu’amour, un amour sans faille, du dedans au-dehors, de haut en bas, en hauteur et en largeur. Un amour sans fissure, d’une pureté inimaginable. Aucun péché ne peut s’y frotter, aucune pensée de vengeance, de haine ne peuvent s’y introduire, ni la jalousie, ni un non-dit, rien de cupide, d’intéressé, de vaniteux, d’orgueilleux, d’impatience, de soupçon, de mépris. Rien, il n’y a aucune rupture en Dieu, ni trahison, ni complot, ni médisance, il ne fait qu’Un tout en étant trois : Le Père, le Fils et l’Esprit. Dieu est amour parfait. Le Père aime le Fils : ‘Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé en qui j’ai mis tout mon amour.’ (Mt 3, 17) Le Fils aime le Père : ‘il faut que le monde reconnaisse que j’aime le Père et que je fais comme le Père m’a commandé.’ (Jn 14, 31) Et cet amour procède de l’Esprit : ‘J’ai vu l’Esprit descendre, telle une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui.’ (Mt 3,16) «Qui accueille son témoignage certifie que Dieu est véridique; en effet, celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main. Qui croit au Fils a la vie éternelle; qui refuse de croire au Fils ne verra pas la vie.» (Jn 3, 33-36) Il donne l’Esprit sans mesure en venant dans la chair et il a pouvoir sur toute chair de l’inviter à devenir enfant de Dieu par sa parole. Dieu nous aime en son Fils qu’il nous a donné : ‘Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour. Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.’ (Jn 15, 9-11) Demeurez dans son amour, dans cet amour sans aucune faille, ni rupture avec quiconque. Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, ne jugez pas, soyez miséricordieux, humble, doux, patient, sans emportement, ni jalousie, ni esprit de division… Ils les envoient deux par deux, car lorsque ‘deux ou trois prient en son nom, il est au milieu d’eux.’ (Mt 18, 29) Sans Jésus au milieu d’eux, aucun d’entre eux ne peut entrer dans cet amour trinitaire, sans amour entre eux, Jésus ne peut demeurer au milieu d’eux, car là où le grain de blé ne meurt, il aurait beau être dans un baril de grains de blé, il reste seul.
Jésus en désigne soixante-douze qui croient en lui, d’une foi encore incapable de déplacer les montagnes, mais d’une foi en croissance qui en viendra à déplacer leurs montagnes de peur et à le suivre avec leur croix. Tout n’est pas encore accompli, mais il vient le moment où les disciples pourront entrer dans l’amour trinitaire et dans sa joie qu’aucune richesse ni plaisir de ce monde ne peut égaler. Par les soixante-douze, jésus veut nous montrer que nous sommes tous désignés pour répandre la Bonne Nouvelle : ‘car il n’y a pas de différence : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu — et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus :’ (Ro 3, 22-24) en vertu de la rédemption qui s’accomplira en Jésus, lorsqu’il entrera à Jérusalem pour s’offrir librement pour notre rachat. Qui peut se glorifier? ‘Où donc est le droit de se glorifier? Il est exclu. Par quel genre de loi? Celle des oeuvres? Non, par une loi de foi.’ (Ro 3, 27) Nous ne pouvons que le glorifier et le supplier de devenir des saints par son sang pour être ‘une louange à la gloire de son nom’.
«C’est en lui encore que nous avons été mis à part, désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté, pour être, à la louange de sa gloire, ceux qui ont par avance espéré dans le Christ. » (Éph 1, 11) Il nous demande la foi, et cette foi, il nous la donne si nous écoutons sa parole de vie. Il nous donne ce qu’il exige, il se donne à nous pour que nous puissions nous donner aux autres et entrer dans l’amour trinitaire. Qui peut se glorifier? Qui peut lever le poing contre Dieu et l’accuser de manquer d’amour? Que n’a-t-il pas fait pour nous attirer dans ses bras? ‘Lorsque je serai élevé de terre, j’attirerai à moi, tous les hommes.’ (Jn 12, 32) Dieu n’est qu’Amour et son amour remplit l’univers du dedans et dehors. Écoutez Jean dans l’apocalypse tentant de nommer cette pureté et sa puissance d’amour : «Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline; un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d’émeraude. Vingt-quatre sièges entourent le trône, sur lesquels sont assis vingt-quatre Vieillards vêtus de blanc, avec des couronnes d’or sur leurs têtes. Du trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu. Devant le trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal. » (Ap 4, 3-6) Jean serait-il un menteur lui qui a vu le Christ en croix, lui notre Dieu amour s’offrir pour nous, sous les insultes et les crachats.
La moisson est abondante, priez Dieu d’envoyer des ouvriers à cette moisson d’amour, priez Dieu que de ses disciples se lèvent dans toutes les léproseries du monde, dans tous les lieux d’esclavage, dans tous les égouts où des enfants vivent avec les rats et les odeurs insupportables de ces sombres lieux. Priez Dieu d’envoyer des ouvriers à sa moisson d’amour, des ouvriers prêts à monter sur la croix pour s’offrir avec lui et bâtir son Église. Cette cathédrale de pierres vivantes, où l’assoiffé de justice pourrait venir boire à la coupe du Seigneur, où l’artisan de paix pourra venir se nourrir du courage de Celui qui descend du ciel pour nous donner la paix qui dure. Cette Église où les cœurs se laissant purifier par l’amour pourront voir Dieu et cette mer de cristal devant le trône de sa croix.
Je vous envoie comme des agneaux au milieu de loups. Il nous envoie sans arme, comme des enfants dans une mangeoire, comme un roi qui se fait serviteur sans montrer sa dignité de roi, comme un pauvre qui vient enrichir les autres de la richesse de celui qui l’envoie, comme un faible que le Tout Puissant accompagne pour le garder dans l’amour dans toutes les épreuves. N’emportez surtout rien de ce qui est périssable, car vous êtes les messagers de l’impérissable, ne prenez rien de corruptible, vous êtes les porteurs de l’incorruptible, ne mettez pas de sandales, l’Esprit vous conduira là où vous devez être pour faire entendre la parole de vie. Ne cherchez aucune gloire humaine ni salutation, brillez de bonté pour être une louange à la gloire de celui que vous portez et qui porte vos péchés.
Partout où vous poserez votre pied nu, où vos yeux rencontreront un regard, dites d’abord : ‘Paix à cette maison’, de cette paix qui n’est pas celle du monde, cette paix qui n’est pas la tranquillité, ou l’aisance, ou la sécurité financière. Nous donnons une paix qui introduit l’âme dans l’immobilité comme si déjà elle était dans l’Éternité, cette paix qui fait chercher toujours la vraie richesse, celle des biens d’en haut, cet amour pur qui nous rend libres. Dites ‘Paix à cette maison,’ afin qu’elle s’établisse sur de vraies fondations, celles que ni la tempête, ni la pluie, ni les épreuves ne pourront mener à son effondrement. Entrez, donnez cette paix qui vient de Celui qui est au milieu de vous et vous brûle le cœur de son amour constant. S’il y a un seul chercheur de l’essentiel, de la vérité de l’amour, elle viendra se poser sur lui, telle la colombe au-dessus de Jésus au Jourdain, telle la brise du matin, tels les premiers rayons du soleil levant. Si la maison est vide d’intériorité, la paix reviendra sur vous pour vous mener ailleurs. Là où elle se posera, on ne voudra pas vous laisser partir. Restez-y pour y partager et attendez de demeurer docile à l’Esprit qui vous conduira au moment choisi vers où vous ne pouvez savoir pour répandre cette paix qui guérit.
À la vue de telles merveilles, ils entendront bien ce que vous leur direz : Le règne de l’amour vient, il est proche, le Seigneur des seigneurs va monter sur son trône, il portera sa couronne d’épines, il versera son sang et la réconciliation entre Dieu et les hommes s’accomplira.
NDC