14 janv, Mc 1, 21-28 : « Silence! Sors de cet homme. »

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Évangile :

Jésus, accompagné de ses disciples, arrive à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.

Or, il y avait dans leur synagogue un homme, tourmenté par un esprit mauvais, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Silence! Sors de cet homme. » L’esprit mauvais le secoua avec violence et sortit de lui en poussant un grand cri.

Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : « Qu’est-ce que cela veut dire? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité! Il commande même aux esprits mauvais, et ils obéissaient. »

Commentaires :

Jésus, le Verbe par qui tous « les mondes ont été organisés » arrive à Capharnaüm accompagné de ses disciples. C’est bien lui dont le prophète Isaïe parlait en prophétisant : « Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné; la souveraineté repose sur son épaule, et il se nomme : conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix. » (Is 9,5) Qui peut voir le Prince de la paix marcher parmi nous, dans notre condition humaine, avec ses sandales, son vêtement d’homme de cette époque, ses yeux, ses cheveux, son sourire, sa démarche, sa compassion envers chacun? Qui peut voir celui sur qui repose l’Autorité suprême dans la crèche de Bethléem, dans son exil en Égypte, dans son corps de bébé, dans l’atelier de charpentier? Qui peut voir l’incroyable? Nous pouvons croire en Dieu, en un Créateur, mais comment croire que Dieu se fasse si petit? Aurait-il choisi de naître en fils d’une dynastie puissante et riche qu’il aurait encore été petit dans le plus grand des personnages de la terre? Il a choisi d’être un petit parmi les petits de la terre tout en étant le plus grand au ciel et sur la terre. Il n’y a que la foi qui permet d’entrevoir sa gloire dans les ténèbres de ce monde. Il n’y a que la foi pour voir sa gloire sur la croix et son Autorité suprême. « La foi est la garantie des biens que l’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. Grâce à la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la parole de Dieu, si bien que l’univers visible provient de ce qui n’apparaît pas au regard. » (Hé 11, 1-3) Tout ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent, de ce Dieu fort et souverain qui a pris chair par l’Esprit dans le sein dans la Vierge selon le grand dessein d’amour du Père pour racheter l’humanité.

Jean Baptiste grâce à la foi voit ce qui n’est pas apparent, il voit la réalité d’en haut dans ce qui n’est pas apparent dans le monde visible. En voyant Jésus, il déclare : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » (Jn 1, 29) Insoutenable affirmation pour ce peuple qui à toutes les Pâques offre l’agneau pour faire mémoire de sa libération de l’esclavage du pharaon. « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » — de sacrifier l’agneau, voici celui qui vient s’offrir librement en rançon pour notre rachat du mal et de la mort. Il vient fendre l’abîme entre la terre et le ciel pour nous faire passer à pied sec. Il a pris notre nature humaine pour libérer notre nature et l’élever à sa dignité de nature divine. « Jésus-Christ seul a été exempt du péché, quoiqu’il ait paru avec la ressemblance du péché. » (St- Athanase), mais c’était pour prendre sur lui tous nos péchés et se faire chemin vers le Père.

Jésus se rend à la synagogue, un jour de sabbat, lui l’Agneau de Dieu, le Conseiller Merveilleux, le Dieu fort. Les gens qui l’écoutent sont frappés par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité. Jésus qui est exempt de tout péché n’est pas à la solde des apparences, de la gloire humaine, du prestige, de la popularité, il voit la réalité de Dieu présente en tout et en tous et il n’agit que pour en manifester la vie et témoigner de cette vérité.

« Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est ton trésor, là sera aussi ton coeur. » (Mt 6, 19-21) Jésus tourne le regard vers les réalités intérieures, vers ce qui donne de voir les réalités qu’on ne peut voir, la réalité de Dieu à qui revient tout honneur, toute gloire et toute puissance.

« Vous, vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés. » (Jn 8, 23-25) Nous mourrons seuls, loin de la communion avec tous dans l’Esprit qui est vie. Nous mourrons avant même d’être morts, n’ayant pour intérêt que tout ce qui passe et qui déjà goûte la poussière. « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l’amer le doux et du doux l’amer. » (Is 5, 20)

Jésus enseigne avec autorité et ramène le cœur de ceux qui l’écoutent à l’essentiel, à ce qui est vie : « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 12-13) En ce monde de ténèbres, il n’y a d’autre lumière que celle de l’amour qui se donne pour servir les autres.

« Or, il y avait dans leur synagogue un homme, tourmenté par un esprit mauvais, qui se mit à crier : “Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu.” »

Il y avait dans la synagogue un homme tourmenté par un esprit mauvais, étonnamment, cet homme reconnaissait en Jésus le Saint de Dieu et ce qui était encore plus étrange, c’est que cet homme plutôt que de se repentir se plaignait de sa sainte présence. « Es-tu venu pour nous perdre? » Mais cet homme n’avait-il pas déjà tout perdu? Comment pouvait-il perdre davantage? Il n’était plus lui-même, car qui d’autre qu’un voleur pourrait-il craindre de perdre ce qu’il a si la lumière se fait? « Jésus interpelle vivement ce qui vole l’identité de cet homme afin de lui rendre son intégrité : “Silence! Sors de cet homme.” Le père du mensonge craint la lumière et il préfère les ténèbres pour maintenir son pouvoir sur ceux qui sont dupes de sa réalité passagère. “Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent.” (Jc 2, 19)

“Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises. Quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne soient démontrées coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses oeuvres sont faites en Dieu. » (Jn 3, 19-21) Cet homme voulait venir à la lumière puisqu’il venait à la synagogue, mais personne ne parvenait à le soustraire à son mal, à cet esprit mauvais qui le gardait dans son ivresse, dans son esclavage. Jésus est venu pour perdre ce qui nous perd et nous faire gagner la vie éternelle en perdant tout avec lui.

‘Car ceux qu’il vient aider, ce ne sont pas les anges, ce sont les fils d’Abraham. Il lui fallait donc devenir en tout semblable à ses frères, pour être, dans leurs relations avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et digne de confiance, capable d’enlever les péchés du peuple. Ayant souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l’épreuve. » (Hé 2, 16-18)

Bien qu’il ait été exempt de péché, Jésus, l’Agneau de Dieu, est mort comme un criminel, il a été flagellé, couronné d’épines. Rien ne lui a été épargné. Il a payé notre rançon et nous pouvons lever la tête, sortir de la tourmente et entrer dans le repos que Jésus nous apporte.

‘Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : ‘Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre! ’ (Jn 8, 7) À la femme adultère, il dira : ‘Va, moi aussi je ne te condamne pas. Jésus n’est pas venu pour nous perdre, mais nous faire perdre tout ce qui peut nous perdre, tout ce qui nous empêche de voir la réalité de son amour et de nous y donner pour entrer dans la communion avec tous les saints. Cette femme n’a plus jamais quitté des yeux de son cœur cet amour et sa fidélité a été à toute épreuve.

« Silence! Sors de cet homme. » Silence, toi qui reconnaît la lumière et préfère les ténèbres, toi qui reconnaît la chaleur du souffle de la vie et qui préfère la mort, toi qui reconnaît l’amour et qui préfère la haine, toi qui reconnaît la plénitude et préfère le néant. ‘Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui font de l’amer le doux et du doux l’amer. » (Is 5, 20) Qu’est-il advenu de cet homme à la suite de sa libération de l’esprit qui le tourmentait? Il devenait par cette libération un témoin vivant de l’autorité de Jésus. À chaque fois que quelqu’un qui était présent à la synagogue le croisait, il se souvenait de ce cri jaillit de sa poitrine, un cri inoubliable. Il le voyait secoué et étendu sur le sol, levant vers Jésus un visage rempli de paix.

Chaque fois que les gens croisent cet homme, ils se disent : ‘Qu’est-ce que cela veut dire? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité! Il commande même aux esprits mauvais, et ils obéissaient.’

‘Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 10,38-39)

NDC