14 oct, Lc 11, 37-41 : Superstition et pureté du coeur

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Évangile :
Comme Jésus parlait, un pharisien l’invita pour le repas du midi. Jésus entra chez lui et se mit à table. Le pharisien fut étonné en voyant qu’il n’avait pas d’abord fait son ablution avant le repas.
Le Seigneur lui dit : « Bien sûr, vous les pharisiens, vous purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, mais à l’intérieur vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté. Insensés! Celui qui a fait l’extérieur n’a-t-il pas fait aussi l’intérieur? Donnez plutôt en aumônes ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. »
Commentaires :
Les choses sont si simples et nous savons bien les rendre compliquées pour tout contrôler à notre avantage. Nous arrivons à nous faire une morale dont nous sommes la mesure. Ainsi ces pharisiens qui aiment bien se cacher derrière tous les gestes sans importance qu’ils font pour se prétendre purs et ainsi mettre Dieu à leurs mains. Ils compliquent ce qui est simple en chosifiant l’intérieur par l’extérieur. Ils matérialisent le spirituel pour en avoir le contrôle dans le monde visible et ainsi pouvoir se donner l’apparence de justes aux yeux des autres. « Au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23, 28)
À vouloir s’en remettre à des règles extérieures et sans intériorité, la vie spirituelle se transforme en une suite de gestes qui deviennent une technique illusoire pour contraindre Dieu à nous servir selon nos besoins.
À vouloir ainsi faire paraître à l’extérieur la relation à Dieu dans le seul but d’en tirer une gloire humaine, la vie de Dieu ne peut produire son fruit, car elle ne peut être reconnue. Au-dedans, Dieu est abandonné, bâillonné, coiffé d’une couronne d’épines, flagellé, ignoré, enfermé. « De la gloire, je n’en reçois pas qui vienne des hommes; mais je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu; (…) Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique. » (Jn 5, 41-44) La gloire de Dieu n’a rien à voir avec notre manière de voir la gloire. La gloire de Dieu, c’est la vie, c’est que nous soyons vivants de sa vie. Il n’a rien à faire de nos applaudissements, de nos regards admiratifs. C’est un Père et il veut voir chacun de ses enfants en vie, plein de vie et donnant la vie autour d’eux. « La gloire de mon Père c’est que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. » (Jn 15, 8-9)
La réalité non apparente apparaît à celui qui a le regard de la foi, regard s’éclairant de sa foi en l’amour de Dieu pour lui en lui et reçu de Dieu. Ainsi, cet amour lui donne la lumière pour aimer les autres comme il est aimé de Dieu sans le mériter. « Car tous ont péché, et sont privés de la gloire de Dieu; » (Ro 3:23) et pourtant Dieu aime tout de même. Il ne veut pas la mort du pécheur, il veut qu’il vive. Celui qui croit en cet amour reconnaît l’amour de Dieu qui vient en Jésus. Y a-t-il un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis? Eh bien! Dieu en son Fils vient donner sa vie pour nous élever à la dignité d’enfant de Dieu.
Les pharisiens avec leurs règles sont convaincus d’avoir la technique pour s’assurer que Dieu est de leur côté et que ceux qui n’agissent pas selon leurs préceptes sont loin de Dieu et nuisent à leurs projets de plaire à Dieu. Ils ressemblent à ces sportifs qui s’inventent toutes sortes de rituels pour mettre la chance de leur côté et s’assurer la victoire. Le gardien de but parle à ses poteaux, un autre évite de passer sur les lignes tracées sur la glace, un autre garde un bâton qui lui a donné la victoire, conserve une rondelle, ne lave plus son chandail… Toutes sortes de gestes extérieurs qu’ils font devant la foule avec le plus grand sérieux. « Allez apprendre ce que veut dire cette parole : C’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » (Mt 9, 13) Ce ne sont pas tout vos gestes extérieurs que je veux. Vous croyez me contrôler avec vos gestes comme si j’étais une machine dont on connaît le fonctionnement. Dieu est une personne, nous sommes des personnes. Il nous aime et il veut que nous ayons de l’amour les uns pour les autres. « C’est la miséricorde que je désire ». Dieu ne vient pas sur terre parce que nous sommes justes, il vient pour nous racheter en s’incarnant de l’emprise du mal et de la mort dont nous sommes tous contaminés. « C’est la miséricorde que je désire ». « Pardonne-nous comme nous pardonnons ». Personne ne peut se prendre pour un juste devant qui que ce soit, c’est par la foi en l’amour de Dieu, bien que nous ne sommes pas justes, que nous le devenons et tout cela se passe à l’intérieur de chacun. C’est parce qu’il a cru qu’Abraham est juste et non à cause de la loi. Nous sommes aimés de Dieu, à un point tel que nous ne pouvons l’imaginer. Il compte chacun de nos cheveux, il entend le moindre de nos soupirs, il souffre de la moindre de nos larmes, il court pour nous éclairer afin de nous éviter de trébucher, il n’a de cesse de veiller sur nous de jour et de nuit. Il est un Père pour nous. Cela ne peut se voir à l’extérieur que par la conviction que nous sommes aimés de Dieu dans notre intérieur. Tout resplendira de sa présence à l’extérieur si en nous brille sa présence qui se donne sans cesse pour nous donner sa vie. Nous le verrons partout, car il est partout parce qu’il est créateur de tout et que tout en lui subsiste.
À vouloir s’emparer de Dieu de l’extérieur avec nos règles, nos techniques, nous dévoilons que notre esprit est enlisé dans la recherche du regard des autres sur soi et que nous sommes loin de la foi en l’amour de Dieu pour nous et tous les autres et toute la création depuis ses origines jusqu’à sa fin.
« Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu? » Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin d’avoir matière à l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre! » (Jn 8, 4-7)
« Tous ont péché, et sont privés de la gloire de Dieu; » (Ro 3:23) C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices. Il faut lâcher nos pierres que nous voulons lancer sur les autres sous prétexte de la loi. Il faut reconnaître notre cœur de pierre et que ce n’est que par la miséricorde de Dieu qu’il deviendra un cœur de chair capable de se savoir aimé et d’aimer. Ce n’est qu’en laissant notre pierre à Jésus qu’il pourra en faire une pierre vivante pour la construction de son corps mystique, l’Église, là où se perpétuera le don de son amour dans la matière visible des sacrements.
La foi, n’est-ce pas ce qui est donné par Dieu pour nous faire voir la réalité non apparente, ce qui fait voir dans le Pain de vie la présence réelle de Jésus qui vient nous unifier et nous nourrir afin de traverser cette terre d’exil?
Jésus ne prendra pas quatre chemins pour dire aux pharisiens que tout ce qui les intéresse n’a rien à voir avec la pureté du cœur et ne donne en rien de voir Dieu et sa miséricorde pour les pécheurs qu’ils sont. « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. » (Mt 5,8) Ils verront qu’ils sont aimés de Dieu malgré toutes leurs fautes, ils verront l’amour inimaginable de Dieu qui se rend jusqu’à la croix pour nous ouvrir son cœur. Dans la contemplation de ce don démesuré du Père de son Fils unique, l’amour de Dieu se fera semence dans le cœur. Cet amour de Dieu pour nous se nourrira de l’amour que nous aurons pour les autres afin de grandir pour devenir un arbre. C’est la miséricorde que je veux!
Jésus enseigne aux pharisiens le moyen de soigner cette manie de purifier l’extérieur par l’extérieur. Pour passer vers l’intérieur, il faut donner ce que vous avez comme Dieu vous donne son Fils bien-aimé pour vous racheter. Donnez en aumônes ce que nous avez et vous verrez ce que vous avez vraiment dans le cœur. C’est facile de juger selon des règles que nous avons établies à notre mesure. Ouvrir sa main pour donner est plus purificateur que de laver ses mains dans un plat sans souci pour les autres.
NDC