15 avril, Mt 28,1-10 : Les langes et le linceul

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Évangile :

Après le sabbat, à l’heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus. Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre; l’Ange du Seigneur descendit du ciel, vient rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, furent bouleversés et devinrent comme morts.

Or l’ange, s’adressant aux femmes, leur dit : « Vous, soyez sans crainte! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : < Il est ressuscité d’entre les morts; il vous précède en Galilée : là, vous verrez! > Voilà ce que j’avais à vous dire. »

Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

Commentaires :

« Nicodème (celui qui pour la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi : il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. » (Jn 19, 39) Nicodème se souvenait bien de sa conversation avec Jésus dans la nuit. Il était habité par cette parole : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. » (Jn 3,3) Nicodème ne comprenait toujours pas ce que pouvait signifier cette parole, mais il était là. Il avait foi et c’est sa foi qui le rendait présent et songeur à ce qui se passait. Il l’avait bien contemplé sur la croix, il avait bien entendu le centurion dire : « Vraiment, celui-ci est le Fils de Dieu. »  La question qu’il avait posée à Jésus revenait dans son esprit : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux? Est-ce qu’on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois? » (Jn 3,4)

Nicodème enveloppe le corps de Jésus d’un linceul avec l’aide de Joseph d’Arimathie. Il transporte le corps dans un jardin tout près du calvaire. Là, il y a un tombeau neuf creusé dans la pierre. Nicodème semble mieux comprendre la signification de sa renaissance en étant vieux, en déposant le corps de Jésus dans le tombeau. Il ignore pourquoi, sa foi grandit en déposant ce corps d’un jeune homme dans la tombe. Il y a comme une odeur de vie plus puissante que les parfums de la myrrhe et de l’aloès. Il a l’impression de déposer un germe de vie dans la matrice de la terre. Malgré l’horreur qui marque le corps de Jésus à la suite de sa crucifixion, malgré la nuit, il y a comme une lumière qui brille et il entend les paroles que Jésus lui disait lors de sa rencontre : : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair n’est que chair; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître. » (Jn 3, 5-7)

Nicodème devant Jésus enveloppé d’un linceul est tout aussi ébloui que les bergers devant l’enfant entouré de langes : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » (Lc 2, 11-12) « Il te faut renaître de l’eau et de l’Esprit » Nicodème se demande bien si Jésus sera le premier-né d’entre les morts qui donnera naissance à une multitude par l’eau jaillit de son côté. Il y a comme une odeur de vie, cette vie qui illumine les regards des parents à la vue du visage d’un enfant nouveau-né. Nicodème et Joseph d’Arimathie quitteront avec tristesse le lieu où Jésus est enseveli. Ce sont les gardes de Pilate qui prendront la place. Ils rouleront bien la pierre pour fermer le tombeau et s’installeront pour la nuit. Soldats, soldats! : « Prenez donc garde pour ne pas être atteints par cette parole du Seigneur au livre des prophètes :

Regardez, vous les arrogants, étonnez-vous, disparaissez! Moi, je vais accomplir une action en votre temps, une action telle que vous n’y croiriez pas si on vous la racontait. » (Act 13, 40-41)

À l’heure où commençait le premier jour de la semaine, il y eut un grand tremblement de terre, ce grand tremblement qui s’empare de la femme qui accouche. La terre ne pouvait retenir le Vivant entre ses entrailles, la mort ne pouvait conduire l’incorruptible à la corruption. La nature humaine toujours si fragile dans l’étreinte de la mort bousculait ses vieux bras, ses mouches, ses cendres. Dieu qui ne va pas sans le Fils, il n’est Dieu qu’en tant que Père. De toujours à toujours, ayant un Fils, il est Père et donc, de toute éternité, il est un Dieu qui n’est pas seul, mais un Dieu qui aime et qui est dans la joie, comme le dit le livre des Proverbes (Pr 8, 50). « Je ne suis pas seul », disait Jésus. « Voici, l’heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et où vous me laisserez seul; mais je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. » (Jean 16:32)

Nous le disons bien dans le Credo : le Christ « est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait ». Qui peut imaginer la Lumière née de la Lumière, l’éclat de cette Lumière, une lumière qui brille dans les ténèbres, qui brille dans la mort : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (Jn 1, 4-5)

L’Ange du Seigneur qui n’est qu’un mince rayon de la Lumière est là, il vient de rouler la pierre et il est assis dessus. Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, furent bouleversés et devinrent comme morts.

La royauté de Jésus n’est pas de ce monde et il n’est pas venu en ce monde pour se battre avec les gardes d’un puissant ou d’un autre, mais pour rendre témoignage à la vérité, nous libérer du mensonge qui nous dit que Dieu n’est pas un Père et qu’il est indifférent à nos souffrances. « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu’est-ce que la vérité? »  « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » (Jn 14, 6-7)

Il est bien visible dans ce tombeau vide, le premier-né d’entre les morts. Il est bien visible dans ce tombeau ouvert, le Vivant qui a vaincu la mort et le mal pour nous donner la vie.

Il ne veut en rien de la gloire qui vient des hommes, il ne cherche pas à confondre, tout comme le médecin soigne pour guérir ainsi le Christ ressuscite pour nous donner la vie, et la vie en abondance.

« En effet, David, après avoir, en son temps, servi le plan de Dieu, est mort, il a été enterré avec ses ancêtres, et il a connu la corruption. Mais celui que Dieu a ressuscité n’a pas connu la corruption. Sachez-le donc, frères, c’est grâce à Jésus que le pardon des péchés vous est annoncé et, alors que, par la loi de Moïse, vous ne pouvez pas être délivrés de vos péchés et devenir justes, par Jésus, tout homme qui croit devient juste. » (Act 13, 36-39)

Alors, Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

NDC