15 fév, Lc 9, 22-25, La croix et l’amour

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Évangile :
Jésus disait à ses disciples : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les Anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »
Il disait à la foule : « Celui qui veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. Quel avantage un homme aura-t-il de gagner le monde entier, si c’est en se perdant lui-même et en le payant de sa propre existence? »
Commentaires :
Si plusieurs êtres tentent de se substituer à Dieu et prendre sa place afin de se faire dieux pour exiger vénération et adoration de la part de tous; si plusieurs dieux ne cessent de se combattre pour se substituer les uns aux autres sur le trône du pouvoir afin de faire sentir à tous qu’ils sont les maîtres, il n’en est pas ainsi avec celui qui est le Dieu de Jésus-Christ. « Vous le savez : les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur et celui qui veut être le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 25-26)
Jésus n’est pas un Dieu qui vient défendre son pouvoir comme les dictateurs le font actuellement dans les pays arabes ou ailleurs. Il vient se faire serviteur de tous afin que chacun retrouve son droit, sa dignité, la santé à jamais. Il ne vient pas prendre le pouvoir, s’amasser des fortunes. Il a déjà le pouvoir, la toute-puissance, l’omniscience. « D’où es-tu? » Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi! Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier? » Jésus répondit : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut…» (Jn 19, 9-11)
Pilate n’a aucun pouvoir sur Jésus sinon celui que son Père lui laisse.
Qui peut comprendre que Jésus s’abandonne ainsi au pouvoir de Pilate?
Dieu ne se substitue pas à notre liberté, il croit en nous, il croit en ce qu’il a déposé en nous de bon en nous créant à son image. Il croit à cette bonté qui est en chacun de nous au niveau de l’être et pour cela il n’intervient en rien sur la liberté de chacun. Il attend jusqu’au dernier moment de chacun pour intervenir. Le bon larron a goûté cette patience de Jésus. « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5, 45) Pilate ressent que Jésus croit en lui et s’en remet à lui : « Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher; mais les Juifs se mirent à crier : “Si tu le relâches, tu n’es pas ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur”. » (Jn 19, 12) Pilate n’arrive plus à discerner le bien du mal et il cède aux pressions de ceux qui veulent la mort de Jésus.
Si Dieu ne veut toucher à la liberté qu’il nous a donnée pour être à son image, il connaît le manque que provoque la mort sous toutes ses formes dans nos facultés pour bien discerner le bien du mal. N’est-ce pas de ce fruit de la connaissance du bien et du mal que nous avons goûté? Pilate ne peut avoir l’intelligence pour discerner le bien véritable dans la situation où il se trouve. La peur, les cris de la foule, les pressions de l’autorité, son bien-être personnel, le rêve de sa femme au sujet de cet homme, enfin tous ces facteurs qui jouent sur notre discernement lorsque nous avons à choisir le bien. Bien qu’il sache l’innocence de Jésus, qu’il voit bien la jalousie des autorités religieuses, il n’a pas la volonté de rendre justice. Il cherche à éviter le trouble.
Comment le politicien malgré toute sa bonne volonté peut-il arriver à choisir le bien pour tous? Il y a un manque provoqué par la mort en nous, la mort à notre relation à Dieu, aux autres, à nous-mêmes. « Vous ne mourrez pas », disait le père du mensonge. Vous deviendrez des dieux sans Dieu. Il ne vous aime pas. Comment un enfant pourrait-il avoir deux pères biologiques? Comment pourrions-nous avoir plus d’un Dieu Père? À croire à ce mensonge que nous ne sommes pas aimés du Père, ne nous a pas enlevé notre identité de créature de Dieu.
Séparés de Dieu qui est infini et éternel, nous ne pouvons qu’être individualistes, égocentriques, narcissiques dans notre manière de choisir le bien, d’être bon, beau et vrai. Nous sommes repliés sur nous-mêmes comme le cadavre dans son tombeau, incapable d’émettre un son, de bouger un doigt, d’ouvrir le couvercle de sa dernière bière.
Qui peut nous sortir de nos tombeaux, de notre individualisme, de nos égoïsmes, de notre incapacité à toujours choisir le bien qui fait du bien à tous, à chercher des moyens pour enrichir tout le monde et non seulement nos coffres?
Nous manquons comme Pilate d’intelligence, de volonté, de mémoire pour discerner le bien que nous voudrions et que nous ne pouvons faire.
« O. hommes sans intelligence! Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire? » Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. (Lc 24,25-27)
Les disciples n’arrivent pas à comprendre, même après sa mort et pourtant combien de fois Jésus leur a fait entendre qu’il devait souffrir, mourir, et ressusciter.
Comment pouvait-il être l’auteur de notre renaissance à la vie sans s’approprier notre vie avec la souffrance et la mort? « Il a été l’auteur de notre vie, en atteignant la perfection par ses souffrances » (He 2,10). Comment pouvait-il nous montrer son amour en ne participant en rien à ce qui n’est pas amour? Comment pouvait-il sauver chacun sans respecter la liberté de chacun et ne point intervenir pour arrêter le bras de ceux qui le crucifiaient? Qui peut imaginer un tel amour sans mourir tellement notre amour est limité. N’est-il pas venu sauver son peuple, en renonçant à « la gloire qu’il avait auprès du Père avant le commencement du monde » (Jn 17,5)? N’est-ce pas par le chemin de la croix qu’il est entré dans la gloire qu’il avait auprès du Père et nous a ouvert la porte vers cette gloire? (Lc 24,25)
Alors quelle joie de l’entendre nous dire : « Celui qui veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. »
Il nous ouvre les portes de la vie éternelle, du bonheur sans fin, de l’intelligence de l’amour, de la volonté d’aimer sans cesse, de la mémoire de ses merveilles sans fin. Il nous ouvre la porte et nous invite à entrer pour fêter avec lui l’amour du Père et y croire sans plus ne jamais en douter.
Celui qui veut sauver cette vie la perdra… qui peut ignorer que la mort nous fera tout perdre? Mais qui veut perdre sa vie avec Jésus, qui a renoncé à la gloire qu’il avait auprès du Père, la gagnera en le suivant sur le chemin de l’amour.
Il n’y a que des avantages à suivre Jésus. Le monde entier avec ses astres court vers sa fin. J’aurais beau vivre des milliers d’années comme les pierres, elles aboutiront tout de même en poussière.
« Quand viendra le Fils de l’homme, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus son éclat. » (Mt 24,27)
« Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. » (Mc 13, 25) Il n’y a rien de l’ombre d’une menace dans l’expression de ce retour glorieux de Jésus. Il n’y a que de la lumière, une lumière qui vient dire non au vide. Le vide est un mensonge parce que nous ne sommes pas créés pour le vide, nous sommes aimés infiniment. Les étoiles, devant la splendeur de l’amour de Dieu qui brille sur la croix, perdront leur éclat, soleil compris.
« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16)
Alors, n’hésitons pas à renoncer à toute quête de pouvoir sur qui que ce soit et à suivre Jésus pour entrer avec lui dans sa gloire. Elle peut sembler peu brillante dans les apparences en ce monde, mais c’est un leurre car : « Votre joie, nul ne pourra vous la ravir ». (Jn 16, 22) Qui peut nous ravir la joie d’être aimé!
Jésus n’ignore pas que la croix est inévitable pour chacun d’entre nous et c’est notre croix qu’il vient porter pour nous conduire vers sa gloire.
Alors, n’hésitons pas à le suivre.
Six siècles avant sa venue, Isaïe prophétisait : « Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui l’on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Or, ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. Le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous. » (Is 53, 1-12)
Ne sommes-nous pas précieux aux yeux de Dieu pour qu’il vienne ainsi nous racheter au prix de son sang? Tout est à notre avantage dans ce qu’il nous demande, car Dieu n’a besoin en rien de notre louange et de nos services pour avoir du pouvoir.
« Tu n’as pas besoin de notre louange
et pourtant c’est Toi
qui nous inspires de Te rendre grâce ;
nos chants n’ajoutent rien à ce que Tu es,
mais ils nous rapprochent de Toi. » (Saint Augustin)
NDC