15 fév, Mc 7, 31-37 : Effata!

 In Méditer les écritures

Évangile :
Jésus quitta la région de Tyr; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.
On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi. » Ses oreilles s’ouvrirent; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement.
Alors Jésus leur recommanda de n’en rien dire à personne; mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient. Très vivement frappés, ils disaient : « Tout ce qu’il fait est admirable; il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Commentaires :
Dieu est proche, il est si proche qu’il est proche de tout un chacun à chaque instant, comme l’air que nous respirons. En s’incarnant dans la chair, il peut sembler limiter sa proximité, pourtant dans l’esprit, il entend de près comme de loin celui qui le touche dans la foule nombreuse par sa prière. « Qui a touché mes vêtements? » Ses disciples lui disaient : « Tu vois la foule qui te presse de tous côtés, et tu dis : Qui m’a touché? » (Mc 5, 30-31) Dieu peut paraître sourd et muet à nos misères, à nos cris et pourtant il n’en est rien. « Qui m’a touché »? dit Jésus. Qui a cru en mon nom et a trouvé dans sa foi réponse à sa supplication? « Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix et sois guérie de ton infirmité. » (Mc 5, 34) Dieu n’est pas sourd, ni aveugle, ni muet, ni sans compassion, sans amour… Il entend, il parle, il court, il voit. « Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme; il venait dans le monde. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom… » (Jn 1, 9-12) Le Verbe s’est fait chair pour nous revêtir d’un corps nouveau, et le monde ne l’a pas reconnu, les siens ne l’ont pas accueilli… Qui peut le reconnaître dans la foule, qui peut l’accueillir sinon celui qui se tourne vers les autres, celui qui se fait proche de son prochain, qui se fait petit pour servir? « Quiconque accueille ce petit enfant à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille, et quiconque m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé; car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. » (Lc 9, 48) Le plus grand, n’est-ce pas Dieu puisqu’il s’est fait petit pour nous servir, pour se livrer en rançon pour nous? Il s’est fait si petit qu’il s’est fait pain pour nous nourrir de sa vie éternelle et demeurer accessible à tous en se multipliant.
« En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant, n’y entrera pas. » (Mc 10, 15) Il n’y a rien d’incompatible avec la raison en cet amour, au contraire ce qui va à l’encontre du bon sens n’est-ce pas l’égoïsme qui enferme chacun dans sa solitude? Cette petitesse n’a rien à voir avec la faiblesse, elle est grandeur d’âme, elle est soif de justice, désir de la paix. À vouloir nous faire grands, nous entrons dans une réalité d’exclusion, d’illusion, de désespoir.
Accueillir et reconnaître Jésus, Verbe fait chair, n’est-ce pas d’abord accueillir et reconnaître le prochain? « Celui qui dit aimer Dieu qu’il ne voit pas, ne peut aimer son frère qu’il voit. » (1Jn 4, 20) Celui qui sert son prochain reconnaîtra celui qui vient de Dieu, car il se fait petit, lui, le plus grand pour nous servir d’agneau pascal pour nous faire traverser la mort et nous libérer de l’emprise de l’esclavage du mal.
« Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3, 14-18)
Jésus entend le cri du sourd-muet, et le sourd entend la voix de celui qui vient au nom du Seigneur. Le petit reconnaît la voix du plus grand qui se fait petit pour venir à lui, non seulement dans l’esprit, mais dans la chair : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jn 1, 14) Dans son monde de surdité et de silence, il accueille la Parole de vie comme une semence dans la terre. Il ne doute en rien de sa croissance, car il veille à lui fournir le soleil et l’eau de ses veilles. Il accueille la Parole du Verbe avant même de l’entendre, tout comme l’enfant à sa naissance s’abandonne dans les bras de sa mère et la reconnaît sans ne l’avoir jamais vue : « En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. » (Lc 18, 17) Le Royaume de Dieu est amour et pour le reconnaître sans ne l’avoir jamais vu, ni entendu, il faut accueillir celui qui nous révèle Dieu par son amour : « et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » (Jn 12, 32)
Jésus a quitté Tyr, là où la foi de la syro-phénicienne lui a rendu sa fille. Il passe par Sidon pour se rendre dans la Décapole, territoire païen. Jésus n’est pas sourd, il entend la prière de tous, païen ou juif, samaritain ou publicain, prostituée ou docteur de la loi. Les handicaps que nous prêtons à Dieu sont plutôt les nôtres. Nous sommes tellement à l’écoute de ce qui peut gonfler nos coffres que nous devenons sourds au prochain et à l’amour de Dieu en son Fils, nous n’arrivons plus à parler d’amour, à dire un « Je t’aime » même à ceux que nous apprécions.
Jésus, celui qui vient se livrer pour nous, qui vient monter sur la croix, qui vient se faire notre pain de vie est là dans un territoire païen.
On lui amène un sourd-muet. Que peut-il comprendre de ce qui se passe cet homme sourd et muet? Pourtant, il se laisse amener à l’écart par Jésus comme s’ils se connaissaient. L’homme s’abandonne aux soins de Jésus. Aucune résistance lorsqu’il lui met les doigts dans les oreilles, aucun signe de dégoût lorsqu’il prend sa salive pour lui mettre sur la langue. Ce sourd entend ce que les autres n’entendent pas, il parle en silence avec Jésus dans son cœur sans dire un mot. Il voit Jésus lever les yeux au ciel, il sent le souffle du soupir de Jésus, il voit sa bouche prononcer une parole. Effata! Ouvre-toi! Les oreilles de l’homme s’ouvrirent, tel son tombeau qui s’ouvrira à la parole de Jésus et qu’il verra un ciel nouveau et une terre nouvelle. Les oreilles de l’homme s’ouvrirent et Jésus gardait le silence. La langue de l’homme se délia aussitôt tellement son désir de louer Dieu en Jésus était grand, et sa louange s’exprimait dans un langage correct.
Jésus leur recommande de ne rien dire, car ce n’est pas de cette surdité et de cette langue sans mot qu’il vient nous guérir. Le médecin céleste est là pour nous donner un cœur nouveau, un esprit nouveau, il est là pour nous faire renaître de l’eau et de l’esprit dans sa mort… Jésus est là pour soigner la multitude, pour guérir nos oreilles qui sont sourdes à la voix de Dieu, nos voix muettes à chanter ses louanges et à laisser son Esprit parler par notre bouche. « Lorsqu’on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire, car le Saint Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire. » (Lc 12, 11-12) Devenez sourds au bruit de ce monde qui passe, devenez muets dans les disputes de ce monde pour laisser parler en vous l’Esprit qui vous enseignera à chaque instant comment demeurer dans la lumière, qu’importe l’épaisseur des ténèbres.
Les gens étaient vivement frappés, ils disaient : « Tout ce qu’il fait est admirable; il fait entendre les sourds et parler les muets. » Ils devraient être dans l’admiration de voir celui qui a des pouvoirs aussi puissants se mettre au service des plus petits et ne chercher en rien son intérêt. Jésus veut nous faire voir, entendre beaucoup mieux que ce que nous pouvons imaginer comme il le dit à Nathanaël : « Parce que je t’ai dit : “Je t’ai vu sous le figuier”, tu crois! Tu verras mieux encore. » Et il lui dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. » (Jn 1, 50-51)

NDC