15 janv, Mc 1, 21-28 : Le Saint de Dieu et le « nous » de l’homme tourmenté.

 In Méditer les écritures

Évangile :
Jésus, accompagné de ses disciples, arrive à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.
Or, il y avait dans leur synagogue un homme, tourmenté par un esprit mauvais, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Silence! Sors de cet homme. » L’esprit mauvais le secoua avec violence et sortit de lui en poussant un grand cri.
Saisis de frayeur, tous s’interrogeaient : « Qu’est-ce que cela veut dire? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité! Il commande même aux esprits mauvais, et ils obéissaient. »
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Jésus, accompagné de ses disciples, arrive à Capharnaüm, cette ville dont Hérode Antipas est le tétrarque, le gouverneur mis en place par les Romains. Située à la limite des états d’Hérode et de son frère Philippe II, la ville possède un important poste de douane sur la route de la Gaulanitide, le plateau du Golan au sud-ouest de la Syrie. Ce poste est tenu par le publicain Lévi, eh oui, Lévi, fils d’Alphée, le futur Matthieu. Vu la situation de la ville, celle-ci a sa garnison romaine, une petite garnison dont la tâche est la surveillance du quotidien de la ville. Elle compte environ 70 à 80 hommes commandés par un centurion. Les relations entre les Romains et les habitants étaient bienveillantes étonnamment. N’est-ce pas un centurion romain qui avait fait construire la synagogue comme en témoigne le récit de l’évangile (Lc 7,1-10)? « Il est digne, disaient-ils, que tu lui accordes cela; il aime en effet notre nation, et c’est lui qui nous a bâti la synagogue. » (Lc 7, 4-5)
Jésus se trouve dans cette synagogue construite aux frais du centurion, un édifice selon les règles, de forme rectangulaire, divisé en trois nefs, trois espaces, l’une pour les femmes, le centre, les hommes. En son milieu, une niche ou armoire fermée par un voile, tournée vers Jérusalem, contenant les rouleaux sacrés. Un pupitre se trouve là pour servir à la présidence et à la lecture.
La synagogue est le cœur de la ville pour la population juive et la population qui la fréquente se compose de pêcheurs, de cultivateurs, d’artisans, de marchands, de publicains. Le jour du sabbat, tout ce monde s’y retrouve. Les femmes ont une entrée secondaire pour se retrouver dans la salle qui leur est attribuée.
Nous sommes le jour du sabbat et Jésus entre à la synagogue. Le président de la synagogue qui veille au bon ordre a la fonction de désigner le lecteur et celui qui fera l’enseignement. Lorsque Jésus se présente, le chef de la synagogue l’invite à lire et enseigner.
Dans chacune des nefs, c’est la joie lorsque Jésus prend la parole, car chacun retrouve sa dignité dans son enseignement. Le publicain lève les yeux, le cultivateur, comme le pêcheur et l’artisan retrouvent leur dignité dans ses propos, même le marchand se redresse et quitte ses calculs pour élever son cœur vers les biens d’en haut. De s’investir à aimer Dieu de toutes leurs forces, leur âme, leur cœur, leur esprit leur paraît une évidence en l’écoutant, d’avoir l’amour du prochain aussi. C’est probablement pour cette raison que les relations sont si cordiales dans cette ville malgré la diversité. La présence de Jésus produit son fruit et dans cette ville où il a pris demeure chez l’apôtre Pierre, une douceur souffle et envahit les demeures. Ces gens qui mettent la main à la terre doivent se faire humbles devant la nature et ses sursauts, comme les gens de la mer et les artisans. Tous perçoivent bien la lumière de l’enseignement de Jésus dans leur cœur, ils ressentent bien l’autorité de sa parole, la vie qu’elle produit en eux et qui fait monter de la joie sur leurs lèvres. Il n’a rien du scribe qui dit et ne fait pas ce qu’il dit. Ce Jésus est tout d’une pièce, il est sans hypocrisie, il rayonne la paix, il est juste envers chacun, n’agit envers personne selon les apparences, le statut social. C’est le publicain Matthieu, le fils d’Alphée qui racontera dans son évangile : « Puis, abandonnant Nazareth, il vint habiter à Capharnaüm, au bord de la mer, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali 
pour que s’accomplisse ce qu’avait dit le prophète Isaïe :
Terre de Zabulon, terre de Nephtali, route de la mer, pays au-delà du Jourdain, Galilée des Nations!
 Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière; pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s’est levée. » (Mt 4, 13-16) Matthieu voit bien cette lumière, il voit qu’elle éclaire l’argent de sa table de changeur et lui fait perdre toute la valeur qu’il lui attribuait. Il voit qu’il doit trouver un sens à sa vie et ne plus errer dans cette quête d’une sécurité qui mène à nulle part.
Il y a aussi un homme, tourmenté par un esprit mauvais. Il était là au jour du sabbat pour conforter le scribe chargé de l’enseignement, pour l’encourager à rechercher la première place dans la synagogue, pour lui faire des éloges sur sa doctrine tout humaine, pour le soutenir quant il posait un fardeau sur les épaules de ses auditeurs qui lui-même ne bougerait pas du doigt. Il était là, pour distraire, pour jeter un regard sur celui qui était jugé par les propos du pharisien au pupitre. Cette fois, lorsque Jésus est au pupitre, il ne peut supporter ce qu’il entend, il grince des dents, un emportement inattendu monte en lui. Il se met à crier. Il crie des propos qui ne le concerne pas personnellement puisqu’il s’adresse à Jésus comme s’il était plusieurs : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre? » Que nous veux-tu? Il ne dit pas : que me veux-tu? Es-tu venu pour me perdre? Cet homme seul crie au nom d’un nous. Qui parle dans cet homme et qui craint ainsi de perdre ce qu’il a en présence de Jésus? Il dit bien qui il est en disant qui est Jésus. Il dit à Jésus qu’il est le Saint, le Saint de Dieu. Si Jésus est le Saint et qu’il vient le faire perdre, c’est qu’il est le contraire de la sainteté, celui qui représente le mensonge, l’obscurité. Il est celui qui t’enchaîne en faisant croire que tu es libre, il est celui qui construit des prisons dorées et laisse les portes ouvertes.
Es-tu venu pour nous perdre en donnant le goût de la vie? Es-tu venu pour nous perdre en donnant le goût d’aimer le prochain plutôt que se faire son rival, le combattre, l’utiliser, l’exploiter? Es-tu venu faire perdre l’éclat à notre monde d’apparence, de gloire humaine et inspirer la joie de prier en secret le Dieu trois fois Saint, donner en secret, de jeûner en secret pour ne rechercher que la gloire de Dieu.
Jésus interpelle ce « nous » dans ce pauvre homme, ce « nous » qui se refuse à aimer l’autre comme soi, à aimer Dieu plus que lui-même, ce nous qui se refuse à ne pas mentir pour prendre du pouvoir sur les autres, à ne pas tricher, à ne pas tuer, à ne pas jalouser ou haïr.
Jésus interpella vivement ce « nous » impersonnel, vacuité et lui dit : « Silence! Sors de cet homme. » Sors de cet homme et laisse la parole de vie grandir en lui pour qu’il entre dans le « nous » de l’Église de Dieu, dans l’unité des enfants de Dieu où il pourra être lui-même tout en étant en communion avec tous les autres. Silence, laisse cet homme devenir un homme de foi, un homme qui croit que l’amour de Dieu veut l’élever à la dignité de fils de Dieu. Silence, sors de cet homme pour cesser de lui répéter que Dieu ne l’aime pas et qu’il doit se faire son égal pour le combattre. Dieu ne combat pas ses créatures, même les plus méchantes, il se laisse suspendre à la croix et il se rend vainqueur par l’amour. Dieu se fait fragile et sans arme pour te combattre, car il est Saint.
L’esprit mauvais ne pouvant plus rien sur l’esprit de cet homme était réduit à le bousculer pour le repousser de son assiette. Il s’apprêtait à le dévorer en son temps, mais voilà son plat vide, comme tout ce que son mensonge produit. Un grand cri se fit entendre, ce cri que seul peut faire entendre une armée en déroute, un cri qui marque la mémoire à jamais de ceux qui l’entendent.
Le cultivateur aux mains rudes est saisi de frayeur comme un enfant dans la nuit, tout comme le pêcheur, le marchand, la maman qui regardent les yeux grands ouverts ce qui se passe. Personne ne pouvait se faire indifférent à ce qui se passait, le silence était immense, profond. Pas une mouche ne se faisait entendre, le soleil semblait silencieux en traversant la salle.
« Qu’est-ce que cela veut dire? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité! Il commande même aux esprits mauvais, et ils obéissaient. »
Matthieu le publicain se répétait en lui-même la prophétie d’Isaïe : « Terre de Zabulon, terre de Nephtali, route de la mer, pays au-delà du Jourdain, Galilée des Nations!
 Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière; pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort, une lumière s’est levée. »
NDC