15 juillet, Mt 10, 24-33 : Un seul de tes cheveux m’a blessé… ne crains rien!

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Évangile :

Jésus disait aux douze apôtres : « Le disciple n’est pas au-dessus du maitre, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. Le disciple doit se contenter d’être comme son maitre, et le serviteur d’être comme son seigneur. Si le maitre de maison s’est fait traiter de Béelzéboul, ce sera bien pire pour les gens de la maison.

“Ne craignez pas les hommes; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Est-ce qu’on ne vend pas deux moineaux pour un sou? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde.

‘Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux »

Commentaires :

Une jeune fille était invitée dans la maison cossue des parents de son ami pour un repas. La jeune fille tentait d’être à la hauteur dans ce milieu guindé. Elle vit un cheveu sur son épaule, elle l’enleva délicatement pour le laisser tomber par terre. Elle remarqua un air contrarié dans le visage de la mère de son ami. Mais elle n’y porta pas plus attention. À la fin de la soirée, son ami lui dit que chez lui, ils ne jetaient pas les cheveux par terre.

Dans notre petit monde de conventions, toutes sortes de craintes s’installent en nous à notre insu et nous finissons par nous conformer pour plaire, croyant que c’est la bonne façon d’agir. Le Christ ne demande pas d’éviter de salir le plancher de nos cheveux qui tombent, au contraire il nous dit qu’ils sont tous comptés et que pas un ne tombe par terre sans que votre Père ne le sache. Il montre ainsi à quel point chacune de ses créatures est précieuse pour le Père et qu’il est là pour les élever à la dignité d’enfants du Père et non leur apprendre qu’ils ne sont pas de la famille de l’Éternel.

Saint Jean-de-la-Croix fait dire par l’époux à l’âme dans ‘Le premier cantique spirituel’ :

‘Avec des fleurs, des émeraudes,

Choisies aux fraiches matinées,

Nous irons faire des guirlandes,

Toutes fleuries en ton amour,

Et tenues enlacées d’un seul de tes cheveux.

Ce cheveu tu considérais

Sur mon cou tandis qu’il volait.

Sur mon cou tu le regardas.

Il te retint prisonnier,

Et d’un seul de mes yeux tu te sentis blessé.’ (Strophes 21-22)

Un seul de tes cheveux m’a blessé…

Quelle leçon de l’amour de Dieu la jeune fille a-t-elle apprise à l’écoute de cette histoire? Y a-t-il un amoureux sur terre qui peut se mesurer à un tel amour? Il aurait beau vouloir récupérer tous les cheveux de sa bienaimée, il ne pourrait qu’en faire une couronne funèbre!

Dieu le père, par ce cheveu sur le sol d’un château, a trouvé le chemin de son âme et lui a fait voir le visage de l’Époux véritable, celui qui, dans son manteau pourpre, se donne tout entier pour que la moindre cellule garde la vie pour la vie éternelle.

Dieu aime toute notre personne, du bout des cheveux jusqu’aux plus petites particules qui structurent ce corps dans les profondeurs matérielles, jusqu’aux profondeurs de l’âme dont les yeux sont les fenêtres.

Regarde, jeune fille, je vois ce cheveu sur ton cou et il me retient prisonnier. Qui d’entre les mortels ne se sentirait pas indigne devant un si grand intérêt pour sa personne? Qui oserait croire être aussi précieux pour Dieu, au point de le voir veiller à nous garder en vie pour l’éternité dans la plénitude de la joie? Mais quelle joie pour celui qui ose laisser croitre cette semence de foi en son cœur que le Fils de Dieu nous donne en venant parmi nous!

‘À tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jn 1, 12-14)

Le Père ne veut plus voir aucune de ses créatures tomber sur le sol, et il se presse d’envoyer son Fils nous donner la dignité de fils et de filles de Dieu. ‘Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.’ (Jn 3, 16-17)

Que le vieillard, le prisonnier, le mendiant, le malade ou l’assoiffé se laisse blesser de cet amour qui recueille tous ses cheveux et y trouve soulagement à sa misère en s’abreuvant à cette source d’amour inépuisable, qui lui souffle sans arrêt qu’il vaut plus que l’univers entier. Dans ce lieu retiré, cette terre nouvelle tout intérieure où il a déposé la semence de la foi, il se livre à une intimité plus intime que lui-même, à un amour qui l’aime plus qu’il ne puisse s’aimer et avant même sa naissance.

La conscience d’être aimé à ce point en ce lieu allège la lourdeur du corps et ouvre la porte de la liberté, pour s’offrir avec cet amour qui se livre, pour nous sauver de tout ce qui n’est pas amour. Amour de Celui qui se livre pour nous plus que nous-mêmes et amour de l’autre comme soi-même, amour qui est lumière de vie et qu’aucune obscurité ne peut assombrir.

Les amoureux ne vivent que d’amour et d’eau fraiche, disons-nous, et pourtant la mort se moque de la libération précaire de leur corps que procure le feu de leurs sentiments. Elle aura le dernier mot. Elle éteindra ce feu sous le poids des années et les emportera chacun à son tour, les laissant les bras vides et le cœur triste. Les amoureux voudraient conserver cet état qui allège le pas, ensoleille les journées pluvieuses, dégage des lois du corps et de ce monde avec ses routines.

Pourtant l’impossible amour est devenu possible en s’offrant avec celui qui nous libère de la lourdeur de notre corps, en livrant son corps pour nous afin de nous faire renaitre et de nous donner un corps nouveau qui ne craint pas de s’offrir avec lui pour les autres.

‘Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. »

Vous êtes le temple du Saint-Esprit, l’Esprit consolateur qui en vous dit sans cesse que vous êtes aimés d’un amour fou, un amour qui se donne tout entier à chaque instant. Alors, comment ne pas le crier sur les toits cet amour! Les mots d’amour que je murmure à l’oreille, proclamez-les afin que l’amour retrouve la première place dans le cœur de chacun! Ne craignez pas les hommes qui refusent d’ouvrir leurs portes à cette richesse véritable. Persévérez à le crier, ils ont besoin de vous pour l’entendre au moment favorable.

Ne craignez pas ceux qui mettent tout leur cœur dans ce qui se passe et qui vous menacent de vous enfermer et vous réduire à votre corps. Ne les craignez pas, je reprendrai chacun de vos cheveux et je vous tisserai un coeur nouveau qui se laissera blesser par mon amour, par ce Corps élevé sur la croix, ce tombeau ouvert au linceul vide, nouveau vêtement de joie.

Craignez de ne pas apprendre à aimer en ne vous mettant pas à mon école de la douceur et de l’humilité, craignez de ne pas me remettre votre fardeau, car le jour où vous ne pourrez plus le porter viendra vous fermer les paupières sans que vous puissiez résister à cette force. Craignez de ne pas demeurer dans la lumière de l’amour pour garder confiance le jour où toutes vos actions seront étalées au grand jour, car qui mieux que celui qui vit dans la lumière connait la miséricorde de la lumière jaillit du Cœur transpercé de Jésus qui prend sur lui toutes nos fautes.

‘Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux.’ Celui qui me remettra toutes ses fautes et qui les remettra à ceux qui lui en ont faits, je les prendrai sur moi et il entrera dans la maison du Père, à la place préparée pour lui.

‘Car si votre côté fut ouvert, c’est pour nous en ménager l’accès : si votre cœur fut blessé, c’est afin que, dégagés des agitations du dehors, nous puissions habiter dans cette vigne; mais il a encore été blessé pour nous faire voir par cette blessure visible l’invisible blessure de l’amour. Celui qui aime ardemment est en effet blessé par l’amour; et comment mieux faire voir cette ardeur qu’en permettant à la lance de blesser non seulement le corps, mais le cœur lui-même? ’ (Homélie de Saint Bonaventure extrait du livre de l’Arbre de Vie.)

Qui pourra renier cet amour, sinon celui qui est aveugle à l’amour de Dieu pour chacun?

‘Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous le faites.’

 

NDC