15 juillet, Mt 12, 1-8 : Heureusement que le Fils de l’homme est maître du sabbat.

 In Méditer les écritures

Évangile :

En ce temps-là, Jésus passait, un jour de sabbat, à travers les champs de blé, et ses disciples eurent faim; ils se mirent à arracher des épis et à les manger. En voyant cela, les pharisiens lui dirent : «  Voilà que tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat! »

Mais il leur répondit : « N’avez-vous pas lu ce que fit David, quand il eut faim, ainsi que ses compagnons? Il entra dans la maison de Dieu, et ils mangèrent les pains de l’offrande; or, cela n’était pas permis ni à lui, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seulement. Ou bien encore, n’avez-vous pas lu dans la Loi que le jour du sabbat, les prêtres, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute?

« Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple. Si vous aviez compris ce que veut dire cette parole : C’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices, vous n’auriez pas condamné ceux qui n’ont commis aucune faute. Car le Fils de l’homme est maître du sabbat. »

Commentaires :

Comme il est difficile de voir au-delà de nos lois pour y découvrir la seule loi, celle de l’amour.

L’esprit pharisien ne s’en tient qu’à sa manière d’interpréter la loi pour justifier son comportement et ainsi il se rend aveugle à la grâce et la vérité qui vient par Jésus : « après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Dieu, personne ne l’a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître. » (Jn 1, 17-18)

Ces pharisiens qui voient Jésus dans le champ de blé avec ses disciples, ne peuvent un instant s’imaginer voir, celui qui vient du sein de Dieu, le seul qui puisse parler de Dieu parmi les hommes. Les disciples eux-mêmes parviennent mal à discerner la grandeur de celui qui marche avec eux dans les champs.

« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père”? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même; mais c’est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres oeuvres. » (Jn, 14, 9-10)

Qui mieux que Celui qui a communiqué la Loi à Moïse et aux prophètes sait de quoi elle tient et où elle mène : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. » (Mt 5, 17-18)

La distance des pharisiens avec Jésus est aussi grande que celle qu’ils ont avec l’accomplissement de la Loi. Ils calculent, ils mesurent, ils jugent, ils s’enrichissent, ils aiment se faire remarquer, ils font de la loi des préceptes humains à leurs avantages : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qu’il y a de plus grave dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. Voilà ce qu’il fallait pratiquer sans négliger le reste. » (Mt 23, 23) Ils sortent le microscope pour voir dans l’infiniment petit et le télescope pour saisir l’infiniment grand et ses secrets. « Guides aveugles! Vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau! » (Mt, 23, 24) Vous croyez voir avec les lunettes de votre science et vous ne voyez pas le Prince de la Paix, l’Agneau de Dieu qui vient prendre sur lui toutes vos misères à accomplir la Loi, vous ne voyez pas celui qui vient rendre justice à chacun, du plus petit au plus grand, du plus malade dans le corps au plus malade dans l’âme, celui qui vient faire de chacun de vous le temple de l’Esprit Saint…

« Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché; mais du moment que vous dites : “Nous voyons! ’’, votre péché demeure. » (Jn 9, 39-41)

Vous dites que vous voyez les disciples de Jésus manquer à la loi parce qu’ils mangent des épis de blé un jour de sabbat et vous ne voyez pas que David et ses compagnons mangèrent les pains de l’offrande sans en avoir de permission. Les prêtres, le jour du sabbat manquent au repos du sabbat sans commettre de faute. Ne devriez-vous pas voir en voyant cela, celui que David annonçait? Vous croyez voir et vous êtes aveugles à reconnaître celui qui vient de Dieu. Ne devriez-vous pas voir qu’en faisant cela comme le prêtre peut le faire sans commettre de fautes que Jésus est le Prêtre, celui qui vient s’offrir pour la multitude en sacrifice afin de nous racheter du mal et de la mort et nous conduire à la vie éternelle? Ne fallait-il pas qu’il devienne semblable à nous pour prendre notre humanité et devenir notre grand prêtre? « Il a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et digne de foi, pour expier les péchés du peuple » (He 2,17) Il faut un regard bien nouveau pour reconnaître celui qui a l’air d’un homme comme les autres et voir qu’il est aussi le Fils de Dieu qui vient nous conduire à la vie. Pour voir ce que nous ne pouvons voir, il faut reconnaître que nous sommes aveugles et demander à Dieu de nous faire voir en nous donnant la foi : « En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre. Quant aux aveugles, sortant de l’obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront. Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, les pauvres gens exulteront à cause du Dieu Saint d’Israël. » (Is 29, 18-19)

« Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple. »   Il était grand le temple et il était encore plus grand depuis qu’Hérode l’avait agrandi de manière importante. Tellement grand qu’il était possible de voir de très loin briller ses lumières dans la nuit. Difficile à entendre pour les oreilles de ceux qui croient ne pas être sourds, que Jésus est plus grand que ce temple qui fait leur fierté et l’assurance de leur identité et de celle de Dieu!

« Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple. »

« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu. Maintenant, Dieu abandonne votre Temple entre vos mains, et il restera désert. En effet, je vous le déclare : vous ne me verrez plus jusqu’au jour où vous direz : “Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.” » (Mt 23, 37-39) Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur pour nous libérer toute l’humanité de l’emprise du mal et de la mort.

« Dans l’ancienne Alliance, les prêtres étaient debout dans le Temple pour célébrer une liturgie quotidienne, et pour offrir à plusieurs reprises les mêmes sacrifices, qui n’ont jamais pu enlever les péchés. Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu. (…) Voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec eux, quand ces jours-là seront passés, le Seigneur déclare : Je mettrai mes lois dans leur coeur, je les inscrirai dans leurs pensées, et je ne me rappellerai plus leurs péchés ni leurs fautes. » (Hé 10, 11-12. 16)

Heureusement que le Fils de l’homme est maître du sabbat.

 

Normand Décary-Charpentier