15 juin, Mt 5,20-26. La langue est le gouvernail du corps!

 In Méditer les écritures

Évangile :
Je vous le dis en effet : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal.
Eh bien! moi, je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite, viens présenter ton offrande.
Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Commentaires :

« Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » dira Jésus à la suite de ces recommandations qui poussent l’enseignement des Anciens à l’extrême de l’amour . « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens… Eh bien moi, je vous dis… »

Chaque fois qu’il répète ce : « Eh bien moi, je vous dis », il fait faire un saut vertigineux à l’enseignement appris par les anciens. Qui est suffisamment en forme spirituelle, morale, religieuse, mystique, psychologique pour effectuer une telle remontée dans sa pratique de l’amour du prochain?

Ne pas tuer son prochain, c’est déjà une exigence importante et que plusieurs n’arrivent pas à suivre. Moïse dans un mouvement de colère n’a-t-il pas tué l’Égyptien qui frappait un Israélite pour l’enterrer dans le sable? David n’a-t-il pas fait tuer l’époux de la femme qu’il convoitait? Caïn n’a-t-il pas tué son frère par jalousie? Moïse n’était-il pas un prophète de Dieu, tout comme David?

Jésus, ce maître doux et humble qui rend notre fardeau léger, semble au contraire l’alourdir en nous disant de faire mieux que ce que nous ne pouvons déjà observer.

Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra… La colère, une attitude bien pratique pour exprimer ses frustrations justifiées ou injustifiées. La colère n’est pas aisée à prévoir et à maîtriser et rares sont ceux qui n’en ont pas été les victimes ou les utilisateurs.

Jésus va encore plus loin dans l’exigence de la maîtrise de soi pour demeurer dans l’amour : « Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. » L’insulte, cette petite formule qui jaillit si spontanément de la bouche devant un désagrément, que la langue n’arrive pas à retenir. L’insulte procure une certaine anesthésie à l’âme lorsque celle-ci se trouve froissée par un proche, ou une connaissance. N’est-ce pas un soulagement que d’insulter l’autre pour s’élever au-dessus de lui et se donner ainsi raison.

Jésus ira encore plus avant pour libérer la bouche de ces contaminants qui l’infectent et l’éloignent de la communion avec tous les autres. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. La malédiction de l’autre, ce propos délibéré sur l’autre qui souhaite son malheur à jamais, n’est-ce pas cela la géhenne de feu? « Pardonnez-nous comme nous pardonnons », dit Jésus, c’est à la mesure dont vous mesurez que l’on mesurera pour vous. Comment ne pas ouvrir la porte de la géhenne de feu en voulant précipiter notre prochain dans le malheur?

La lampe du corps, c’est l’œil, dira Jésus après avoir enseigné sur ce qui provient de la bouche et de la langue. La colère, l’insulte, la malédiction ne proviennent-elles pas de la bouche? « Si quelqu’un ne commet pas de fautes en paroles, c’est un homme parfait, capable de mettre un frein à tous les instincts de son corps. » (Jc 3, 2) Jacques a bien retenu l’enseignement de Jésus et il a compris à quel point il est essentiel d’avoir de bons freins pour stopper la langue et fermer la bouche afin de demeurer dans l’amour qui donne vie.

La bouche ne parle-t-elle pas de l’abondance du cœur? « Comment pouvez-vous dire des paroles bonnes, vous qui êtes mauvais? Car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. L’homme bon, dans son trésor qui est bon, prend des choses bonnes; l’homme mauvais, dans son trésor qui est mauvais, prend des choses mauvaises. Je vous le dis : toute parole creuse que prononceront les hommes, ils devront en rendre compte au jour du Jugement. Sur tes paroles, en effet, tu seras déclaré juste; sur tes paroles, tu seras condamné. » (Mt 12, 34, 37)

Il faut veiller sur sa bouche et sa langue, car l’une et l’autre nous disent ce qu’il y a dans notre cœur. Nous ne pouvons dire n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand! Notre dignité de personne nous rend responsables aussi de ce que nous disons. Si le moindre virus peut contaminer tout le corps, la moindre petite flamme incendier toute une forêt, la moindre parole malveillante contamine tout le corps, non seulement l’esprit.

Alors voilà pourquoi Jésus dans sa bienveillance nous enseigne de ne rien laisser sortir de notre bouche qui soit insulte, colère et malédiction.

« Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites que ce soit toujours au nom de Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. » (Col 3, 17) Tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons que ce soit en son nom, car sans lui nous n’avons plus de nom, notre nom disparaît de la surface de la terre comme tout le reste. C’est par lui que nous demeurons et c’est tous ensemble que sa volonté désire nous faire demeurer dans l’unité de Dieu. Comment exclure un autre par la colère, l’insulte ou la malédiction? « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21)

Mais qui peut mettre un frein à sa langue, qui peut laisser sortir de sa bouche que bénédiction envers les autres et Dieu, notre Père?

« Et pour eux, je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. » (Jn 17, 19) N’est-ce pas lui notre offrande sur l’autel qui rend possible l’impossible amour auquel il nous invite? N’est-ce pas lui qui prend sur lui toutes nos fautes afin de nous remettre en marche à sa suite?

Il allège notre fardeau, son joug est doux et léger, car c’est sur lui qu’il prend de nous rendre la santé parfaite de l’âme afin que nous demeurions dans l’amour de l’unité.

Qui ne veut pas une santé parfaite? Alors, pourquoi se refuser à marcher sur la voie de la perfection que Jésus propose et rend possible?

« Si vous me demandez quelque chose en invoquant mon nom, moi, je le ferai. Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité. » (Jn 14, 14, 17)

Tout est question d’amour! Tout est question de désirer cet amour parfait! Nous pouvons nous complaire dans l’insulte, la colère et la malédiction qui mènent à la division. À chacun de choisir entre la haine et l’amour, la division ou l’unité, le vide ou la plénitude, la temporalité ou l’éternité, la mortalité ou l’immortalité, la sagesse humaine ou la sainteté pour se réaliser. Une chose est certaine pour quiconque, quel que soit son choix, c’est pendant notre passage en ce monde que nous devons nous diriger vers l’unité ou la division. Qui avait du contrôle avant de venir en ce monde sans le demander? Qui aura du contrôle sur ce qui vient après sa vie sur terre sinon sur la manière dont il aura fait ses choix?

« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. » (Jn 14, 23-24)

NDC