15 mai, Jn 14, 21-26 : La question de Jude, de Nietzche, de Fukuyama…

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Évangile :

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » Jude lui demanda : « Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde? »

Jésus lui répondit : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé.

“Je vous ai dit cela pendant que je demeure encore avec vous; mais le Défenseur, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.”

Commentaires :

“Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde?” Jésus ne refuse en rien de se manifester au monde, ni le Père qui demeure en lui et en qui il demeure, ni l’Esprit Saint qui les unit : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.” (Jn 3, 16-17)

Dans ce monde, il n’y a pas un brin d’herbe, un grain de sable, une goutte de pluie, une montagne, une galaxie, un photon, un électron, qui ne portent pas la marque du souffle de Dieu. Dans ce monde, il n’y a pas un enfant, qu’il soit né dans la brousse, un bidon ville, un château, une crèche, un désert, qui ne soit porteur de l’image du Père dans ses yeux, son sourire, ses premiers mots, dans sa grâce. Ce monde est son monde, il est le sien, il en est “le mouvement, la vie et l’être”. (Ac 17, 28) Comment refuserait-il de se manifester à ce monde à qui il donne d’être un monde, qu’il soutient par sa volonté et son souffle, par son Esprit et son amour?

Le monde à qui il ne se manifeste pas, c’est un monde dans le monde qui voudrait être un monde sans Dieu, sans humanité, sans autre vie que le choc des atomes qui s’organisent sans fin et sans but.

Si au début du siècle, le philosophe Nietzsche proclamait la mort de Dieu, aujourd’hui c’est la mort de l’homme qui est annoncée. Dieu et l’homme sont source de l’idée de limite.

Le philosophe Francis Fukuyama devant le constat que le monde ne peut plus maitriser le changement social proclame la Fin de l’histoire et le dernier homme (1992).Théoricien de la “fin de l’histoire”, il écrit dans Le Monde (17 juin 2000) que nous sommes à la veille de nouvelles découvertes scientifiques qui, par leur essence même, aboliront l’humanité en tant que telle. “Nous considérons l’humanité comme une étape transitoire dans le développement de l’intelligence. Grâce à la science, nous accélèrerons notre transition d’une condition humaine à une condition transhumaine ou posthumaine. ‘L’humanité est pour nous un point de départ merveilleux, mais ce n’est pas un point d’arrivée’, comme disait le chercheur Freeman Dyson.”

Francis Fukuyama écrivait récemment par exemple : “Le caractère ouvert des sciences de la nature contemporaines nous permet de supputer que, d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels.”

Le monde ne veut plus de l’homme, il ne progresse pas assez vite, il sera supplanté par sa machine.

Le lundi 10 septembre 2001, Le Monde rapporta les propos du physicien Stephen Hawking, lequel dans le magazine allemand Focus, urgea les scientifiques à créer des hommes génétiquement modifiés, supérieurs. “L’évolution darwinienne travaille beaucoup trop lentement à améliorer notre matériel génétique. Pour moi, notre seul espoir sur ce sujet repose sur la génomique. Avec quelques modifications ponctuelles, nous pourrions augmenter la complexité de notre ADN et ainsi améliorer l’homme.” Sinon? Sinon, c’est l’ordinateur — nouvel être ubiquitaire, qui, lui, s’améliore rapidement — qui prendra le pouvoir.

La fin de l’humanité pour les uns tandis que d’autres nous invitent à passer de la recherche des OGM (organisme modifié génétiquement) aux HGM (homme modifié génétiquement) pour ne pas être supplantés par nos machines. Un autre courant répondra : Faux! Lui a rétorqué Ray Kurzweil, inventeur-entrepreneur-chercheur du MIT, auteur de “The Age of Spiritual Machines”, qui méprise les scénarios à la 2001, l’Odyssée de l’espace (où l’ordinateur prend le contrôle). Kurzweil, donc, prévoit que dans le futur, ce ne sera pas “eux” contre “nous”, mais “nous” (les humains) qui voudront devenir “eux”.

Un jour viendra, prétend Kurzweil, où nous nous muterons sur un autre support. Il sera possible de scanner un cerveau, grâce à l’amélioration des techniques de résonances magnétiques, de le télécharger sur un support dont on peut prévoir presque assurément la puissance (en 2019, prédit Kurzweil, un ordinateur de 1000 $ sera aussi puissant qu’un cerveau humain). Cet ordinateur, doté d’une mémoire accumulée par un être humain, aura une capacité d’auto-programmation en réaction à des stimulus extérieurs et, éventuellement pourrait développer un pouvoir d’initiative. Bientôt, donc, plus de différence entre “eux et nous”. Plus de discontinuité entre conscience humaine et conscience numérique. Un “ordinateur ému” deviendrait concevable. Ce sera la guerre entre les robots et nous, que certains se plaisent à évoquer (dont le chercheur suisse Hugo DeGaris), puisqu’“eux” seront aussi “nous”. Pour le dire dans les mots d’Ollivier Dyens (professeur de littérature), auteur de “Chair et métal” “À l’horizon se pointe non pas une terre, mais bien un mouvement devenu lieu et dans lequel machine, vivant, numérique et organique coulent, se fondent et s’accouplent les uns les autres à l’infini.”

 

“Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde?” C’est qu’il y a du monde dans le monde sans amour, un monde qui ne croit pas en Dieu, ni au monde, ni à l’humanité, il ne croit qu’à la mort pour l’homme et à la survie d’un monde sans l’humanité. Un monde sans amour, un monde n’est qu’une immense machine qui s’autoreproduit et fait un immense tic-tac pour briser le silence et marquer le temps qui passe.

“Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui.”

“Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.” (Jn 15,17)

“Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage! J’ai vaincu le monde.” (Jn 16, 33)

“Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que Je Suis et que je ne fais rien de moi-même, mais je dis ce que le Père m’a enseigné, et celui qui m’a envoyé est avec moi; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît.” (Jn 8, 28-29)

Dieu est Amour.

NDC