15 mars, Mt 5, 20-26 : Le soleil est luciole devant l’Éternel.

 In Méditer les écritures

Évangile :
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal.
Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.
Commentaires :

Notre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens comme le demande Jésus. Nous avons tendance à imaginer que nous ferions mieux que celui qui exerce un pouvoir si nous étions à sa place et pourtant, que pouvons-nous en savoir, vu que nous n’y sommes pas? Il vaut mieux regarder notre manière d’exercer la justice à la position que nous occupons plutôt que de juger les autres en se faisant croire que nous ferions mieux. Nos amis les politiciens qui prétendent toujours, à tour de rôle lorsqu’ils sont dans l’opposition, de pouvoir faire mieux que l’autre en s’y substituant, démontrent bien cette difficulté. l

Quel politicien peut rendre justice à chaque membre d’une population qui dépasse le million de personnes? Il est déjà difficile d’être équitable envers ses proches sans susciter de conflits. Il n’y a qu’à penser à la juste répartition du temps consacré au travail et à la famille, à la formulation d’un testament familial. Alors, imaginons l’impossible tâche du politicien. Aussi bien demander à un serviteur de se rendre disponible à plus d’un millier de personnes à la fois! 

Notre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens. Il y a suffisamment de nourriture pour 15 milliards de personnes sur la terre et nous ne parvenons pas à la répartir équitablement pour 7 milliards, malgré toute notre science. Nous lançons des fusées sur la lune, nous tissons une toile virtuelle où le monde entier peut circuler et communiquer et pourtant, en une moitié d’année, il y a un peu moins d’un million de personnes sous-alimentées et 1 million et demi de gens en surpoids. 

Notre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens et nous ne pouvons donc pas entrer dans le Royaume des cieux avec notre justice. Les conflits armés ont fait plus de 100 millions de morts au 20esiècle et le 21esiècle ne cesse d’élever des montagnes de cadavres. La colère et les insultes, la vengeance, les rancunes se font des nids dans le cœur de plusieurs sur notre petite planète, moins grosse qu’une goutte d’eau dans l’univers étoilé. Un immense gémissement monte sans cesse vers le ciel, un grondement et chaque jour le sang coule, une grande trace écarlate se dessine d’un continent à l’autre sur la planète bleue. C’est à croire que bientôt il y aura plus de morts que d’enfants nouveau-nés et que la population mondiale verra son chiffre diminuer plutôt que d’augmenter. Aujourd’hui, il y a 170, 000 naissances sur la planète et 73, 000 décès. La supériorité des naissances assure l’augmentation de la population. Toutefois, il y a plus de naissances dans les pays pauvres où un grand nombre d’enfants décèdent avant l’âge de 5 ans, que dans les pays riches où le nombre de personnes âgées dépassera bientôt celui des jeunes. 

Notre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens et pour renverser cette situation, que faire? Dans un tel contexte d’impossibilité à rendre justice, Pierre demandera : « Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner? Irai-je jusqu’à sept fois? »  Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois. » (Mt 18,21-22) Sept fois, soixante-dix-sept fois, cela signifie de toujours pardonner. Heureusement pour Pierre qu’il en est ainsi. N’a-t-il pas péché contre le Seigneur Jésus, non seulement en le reniant, mais en prétendant pouvoir demeurer juste avec Jésus sur le chemin de la passion sans avoir besoin de son soutien? « Pierre lui dit : “Même si tous succombent, du moins pas moi!” Jésus lui dit : “En vérité, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois.” Mais lui reprenait de plus belle : “Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas.” (Mc 14, 29-31) 

Pierre n’a pas compris encore qu’il ne peut se rendre juste par sa justice qui ne surpasse pas celle des scribes, il comprendra par l’Esprit que Jésus répandra sur eux par les mérites de sa mort pour nous. “Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu — et ils sont justifiés par la faveur de sa grâce en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus : Dieu l’a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi; il voulait montrer sa justice, du fait qu’il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis au temps de la patience de Dieu; il voulait montrer sa justice au temps présent, afin d’être juste et de justifier celui qui se réclame de la foi en Jésus.” (Ro 3, 23-26)

Que nous reste-t-il à faire devant un si grand don de la grâce, sinon d’implorer le Père, par les mérites de Jésus, de nous donner l’Esprit Saint afin que par sa puissance qui a ressuscité Jésus des morts pour nous donner sa vie, il nous donne la force de répudier toute colère de notre cœur contre le prochain, d’extraire de notre bouche toute parole de malédiction envers l’autre. Devant un don si démesuré d’amour reçu du Père, comment ne pas courir nous réconcilier avec tous par celui qui nous réconcilie avec le Père en nous offrant avec lui, pour lui? N’est-ce pas ce que nous pouvons lui rendre pour tout ce qu’il nous donne, de nous offrir avec lui dans la foi pour les autres, acte d’adoration véritable de la Trinité sainte en esprit et en vérité? Que pouvons-nous lui rendre, lui qui nous a aimés avant même que nous l’aimions, lui qui s’est offert pour nous avant même que nous voyions le jour, lui qui a pris sur lui la condamnation de nos fautes avant même que nous les commettions? Je suis trop pauvre de cœur pour rendre quelques hommages à son Cœur transpercé et sans lui demander son amour pour le louer. Qu’ai-je à lui offrir qu’il ne me donne? Mes mains sont vides sans lui. Qu’irais-je faire à l’autel avec des milliers de bœufs et de brebis pour les lui offrir? En quoi tout ce sang versé pourrait-il ramener à la vie ce qui est mort en moi? Mon pauvre cœur n’a rien d’autre à offrir que le cœur de Jésus qui s’est offert pour moi afin de m’introduire dans l’unité de la perfection de l’amour, là où la vie coule en abondance. 

Ce n’est qu’en s’offrant avec lui dans la foi que montent vers le Père notre louange et notre adoration, car l’amour le plus fort que notre cœur peut connaître ne suffit pas pour rendre une miette d’une miette de l’amour que nous recevons à chaque instant et qui nous maintient en vie, et cela pour l’éternité. C’est long l’éternité, c’est tellement long que nous ne pouvons parler de longueur, car chaque instant est plénitude, il n’y a pas de passé à regretter, car nous n’y sommes plus, ni de futur à attendre pour être mieux. Chaque instant est plénitude et en cette présence, les soleils sont des lucioles, puisqu’il est notre lumière : “Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce. Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître.” (Jn 1 16-18)

Que votre justice surpasse celle des scribes et des pharisiens, entrez dans la foi en celui qui prend sur lui votre condamnation pour vous rendre justes en vous faisant renaître par lui. Jésus nous rachètera jusqu’au dernier sou et pour l’éternité. 

“Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là l’adoration véritable que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.” (Ro 12, 1-2)

NDC