15 sept, Jn 19, 25-27 : Du haut de la croix de Manhattan!

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Évangile :

Près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

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Près de la croix de Jésus se tenait sa maman… Avez-vous entendu les enregistrements des conversations entre les gens des tours de Manhattan en feu et de leurs proches? L’émotion est à son comble à l’heure de la mort, car nous nous retrouvons devant l’essentiel. Il n’y a que des mots d’amour à dire, le reste devient sans importance, futile. Dans l’un des avions qui foncent dans le cœur de l’Amérique, un passager parvient à se cacher sous un siège. Il prend son cellulaire pour communiquer avec sa femme. Que dire dans un tel moment, dans les derniers moments! Le téléphone sonne! Sa femme répond. Que dire dans un tel moment? Un silence, le papa dit à voix basse que c’est lui. Son épouse ignore encore comme un peu tout le monde ce qui se passe ce matin-là du 11 septembre. Tout va si vite lorsque c’est le dernier moment, tout va trop vite, car nous voudrions arrêter le temps pour le renverser. Le temps s’arrête entre les deux époux. Il lui explique rapidement sa situation et dira : « N’oublie jamais que je t’aime et que je t’aimerai toujours. » La femme en larmes voudrait faire quelque chose pour tirer son mari de ce tombeau volant. Rien à faire! L’immense bouche du monstre s’ouvre pour l’engouffrer à jamais dans ses entrailles poussiéreuses. « N’oublie jamais que je t’aime et que je t’aimerai toujours. » Des mots qui se plantent dans le cœur à jamais, des mots qui se gravent dans la mémoire pour toujours, dans la mémoire de celui qui demeure dans le monde visible, le monde du provisoire, des apparences. Et son époux dans l’avion, où va-t-il? Pourra-t-elle un jour le rejoindre en ce lieu où il va?

Dans la tour de Manhattan, un fils rejoint sa mère au téléphone? Elle est déjà en bas de l’immense tour à la recherche de son fils. Elle répond et entend la voix de l’être cher. Où es-tu? Il est là-haut prisonnier de la chaleur intense! « N’oublie jamais que je t’aime et que je t’aimerai toujours. » La maman voudrait monter au sommet de la tour pour chercher son fils, ce fils qu’elle a vu grandir, ce fils tout jeune qui devait l’accompagner dans sa vieillesse. Elle est dans un autre monde dans ce monde tout près du lieu où son fils se meurt. C’est tellement injuste une mort pareille! S’écrie-t-elle en elle-même. Il y a bien des mamans qui pleurent leurs enfants dans le monde, en ce moment. En Irak, en Syrie, en Éthiopie, dans un hôpital à Montréal, au Lac Saint Jean, à Paris, Londres.

 

Près de la croix de Jésus se tenait sa mère! Marie voudrait monter sur la croix pour le descendre et soigner ses plaies. Il est si près d’elle et pourtant aussi loin d’elle comme pour cette maman qui regarde le sommet de la tour de Manhattan en pleurant son fils.

Marie regarde son Fils, impuissante, et elle se souvient de toutes les merveilles qu’elle a vécues avec Jésus. Les mages venus l’adorer dans la crèche, les bergers et les anges, le vieillard Syméon qui reconnaissait l’Enfant Dieu. Elle se souvient de ce glaive dont il parlait qui lui transpercerait le cœur. « Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : “Vois! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction — et toi-même, une épée te transpercera l’âme! — afin que se révèlent les pensées intimes de bien des coeurs.” (Lc 2, 34-35) Elle se souvient et ressent bien la pointe de cette épée qui s’enfonce doucement dans son âme. Elle regarde son Fils qui cherche son souffle, Lui le souffle de la vie, Lui, la source de la vie. Il n’y a pas de douleurs plus grandes sur la terre et dans tous les temps que cette douleur de Celle qui est Immaculée. Elle n’est que douceur et tendresse pour tous, même les bourreaux de son fils perdent de leur cruauté devant l’amour qui rayonne d’elle. Elle est comme en offrande avec son Fils, elle croit en sa toute-puissance, elle est riche de la faiblesse de son Fils, de sa pauvreté. Qui d’autre qu’elle aurait cru accoucher du Fils de Dieu dans une étable? Près de la croix de Jésus se tenait sa mère! Elle était mère plus que jamais au pied de la croix, elle était mère encore une fois dans un lieu inhospitalier, sous les cris de haine. Elle enfantait l’Église dans la mort de son Fils qui descendait dans les eaux de la mort. Cette Église qui sera le corps de son Fils, cette Église formée de pierres vivantes dont Jésus est la pierre angulaire.

Jésus va jusqu’au bout de son don, il ne perd aucun instant de cette vie dans la chair pour nous donner tout afin que nous obtenions tout et que jamais plus nous ne soyons séparés les uns des autres par un avion qui tombe, par une tour qui s’effondre. Il meurt pour que nous puissions nous aimer pour toujours : “N’oublie jamais que je t’aime et que je t’aimerai toujours.” Cette femme retrouvera celui qu’elle aime et ce papa retrouvera ses enfants. “Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël. » (Lc 2, 29-32) Nous pouvons aller en paix maintenant, car Jésus descend à la mort, il est dans cet avion, dans cette tour, dans ce bidonville, dans ces affamés d’Éthiopie, il en fera ressortir la vie. Déjà, il donne sa mère, en donnant sa vie jusqu’à la dernière goutte de son sang. Il donne sa mère pour une nouvelle naissance, là où nous pourrons aimer pour toujours. ‘Femme, voici ton fils.’ Puis il dit au disciple : ‘Voici ta mère.’

‘Que votre coeur ne se trouble pas! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures, sinon, je vous l’aurais dit; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : ‘Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin? ’ Jésus lui dit : ‘Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi.’ (Jn 14, 1-6)

 

NDC