16 avril, Jn 20, 1-9 : La porte ouverte sous la terre

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Évangile :

Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient de bonne heure au tombeau, comme il faisait encore sombre, et elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau.
Elle court alors et vint trouver Simon-Pierre, ainsi que l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Pierre sortit donc, ainsi que l’autre disciple, et ils se rendirent au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble. L’autre disciple, plus rapide que Pierre, le devança à la course et arriva le premier au tombeau.
Se penchant, il aperçoit les linges, gisant à terre; pourtant il n’entra pas.
Alors arrive aussi Simon-Pierre, qui le suivait; il entra dans le tombeau; et il voit les linges, gisant à terre,
ainsi que le suaire qui avait recouvert sa tête; non pas avec les linges, mais roulé à part dans un endroit.
Alors entra aussi l’autre disciple, arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut.
En effet, ils ne savaient pas encore que, d’après l’Écriture, il devait ressusciter d’entre les morts.

Commentaires :

Les plus lointains ancêtres de l’homme (les australopithèques) sont apparus il y a 4 millions d’années. Il y a 750.000 ans, ils ont maîtrisé le feu. L’homme actuel est apparu il y a 200.000 ans.
Cela représente 0,0013 % de la durée d’existence de l’univers dont l’origine remonte à 15 milliards d’années.

Sur ces 200.000 ans de l’apparition de l’homme actuel, 194.000 ans correspondent à ce que l’on appelle la « préhistoire ». Les hommes ont conscience de la mort, ils utilisent un langage, ils sculptent des objets et créent des représentations artistiques qu’ils peignent sur des rochers.

Les dernières 10.000 années de cette période ont été marquées par une évolution majeure au Proche-Orient, ainsi qu’en Inde et en Chine : l’invention de l’agriculture, dont la conséquence a été la sédentarisation. Et donc la création de villages. Puis de villes. C’est là que s’achève la préhistoire et que commence l’histoire. À partir de cet instant, le destin de l’homme ne sera plus déterminé principalement par l’évolution biologique, mais par les idées et la culture.

Tout ce qui va suivre s’est passé pendant les 6000 dernières années, soit 0,000045 % de l’existence de l’univers.

Qui peut reprocher à Dieu de se faire lent pour sauver l’humanité de la mort et du mal? Comme suite à la rupture de l’être de la planète bleue avec son Dieu Père, le dessein de son amour n’a eu de cesse de se manifester « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé! Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli! » (Lc 12, 9-50) Depuis les origines de l’être humain, environ 80 milliards sont morts et habitent sous la terre. Aujourd’hui, nous sommes 7 milliards environ. La terre est couverte de tombeaux, autant sur la terre que dans les eaux. Un immense « troupeau parqué au cimetière et que la mort mène paître. » (Ps 48, 15) Si toutes les personnes disparues avaient un tombeau, la terre serait couverte de caveaux. Partout, aujourd’hui, dans le monde se versent des larmes, des tombes se referment et disparaissent sous la terre. Les cris de tristesse fusent de partout en même temps que les cris de joie pour les naissances, pourtant l’enfant qui naît est déjà assez vieux pour mourir comme le dit le poète Rilke.

Pourtant aujourd’hui nous célébrons un jour unique dans l’histoire de l’humanité, un jour qui n’a son pareil à aucun moment de toute l’histoire de l’existence de l’univers. Regardez Marie de Magdala qui se rend au tombeau comme des milliards de personnes l’on fait à travers l’histoire de l’humanité. Écoutez son cœur battre, voyez le sol recueillir ses larmes, entendez sa peine, ressentez sa douleur. Elle arrive à peine à voir devant elle avec ses yeux couverts du voile de ses larmes. Elle se demande bien comment elle enlèvera la pierre du tombeau pour achever l’ensevelissement de Jésus. Tout a été fait si rapidement après sa mort pour le plonger dans ce tombeau de pierre. Les soldats me laisseront-ils approcher, se dit-elle? Rien pour l’arrêter, elle poursuit résolument son chemin, celle qui a le cœur plein d’amour. Le temps est encore sombre tout comme son esprit qui n’arrive plus à reprendre goût à la vie après la mort de Jésus.

Arrivée au tombeau, elle se frotte bien les yeux pour voir si elle ne rêve pas. La pierre du tombeau est enlevée. Où sont les gardes? La porte du tombeau est ouverte sur une obscurité plus sombre que celle de l’extérieur. Marie court alors trouver Simon-Pierre. Sa peine se mêle à la colère, elle ne comprend pas comment Dieu peut abandonner à ce point un homme aussi juste. Même après sa mort, ses ennemis viennent l’empêcher de reposer sa tête.

En voyant Pierre, elle s’écrie : « On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis! » Qui peut bien avoir fait une méchanceté pareille! Pierre et Jean se rendent au tombeau. Ils ne savent que penser en route, car « ils ne savaient pas encore que, d’après l’Écriture, il devait ressusciter d’entre les morts. » Ils courent, désespérés de savoir qu’en plus de le perdre dans la mort, ils se font prendre son corps très précieux.

Jean précède Pierre au tombeau, il voit la pierre enlevée, il n’ose pas entrer. Il respecte la volonté de Jésus en laissant Pierre entrer le premier. Pierre n’était-il pas la pierre sur laquelle Jésus voulait bâtir son Église? Cette communauté naissante que sera-t-elle sans Jésus? Pierre arrive, il regarde dans l’ouverture obscure, ses yeux s’ajustent à la faible lumière du tombeau. Il entre et voit les linges par terre. Jean le suit. Pierre le regarde, l’interrogeant des yeux. Avec Jésus, ils ne peuvent rien prévoir de ce qui va se passer, ils le savent bien. Combien de fois les a-t-il  étonnés, bouleversés, émus profondément? Combien de fois ne comprenaient-ils pas ce qu’il disait?

 

Ils ne peuvent s’imaginer que celui dont ils ont vu le cœur transpercé par une lance pourrait être vivant. Cela ne leur vient pas à l’esprit bien que leurs cœurs ressentent une joie qui se lève comme un soleil à l’aube. Pierre est étonné de voir le suaire qui recouvrait le visage de Jésus roulé à part dans un endroit. Il y a tant de tombeaux dans ce monde et ils ont toujours représenté les portes de la mort.

Il y a comme une lueur de joie qui remplit le lieu obscur. Un psaume revient à la mémoire dans cette tombe où le linceul jonche le sol et le suaire a été roulé dans un coin comme pour être oublié : « Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie. Que mon coeur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi et que sans fin, Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce! » (Ps 29-30, 12-13)

Le puits profond asséché a laissé jaillir des sources d’eau vive et tous les tombeaux deviennent en ce jour des lieux de sommeil, d’où les morts seront tirés.

La porte est ouverte dans le ciel sous la terre et la gloire de la vie resplendit :

« J’ai vu une porte ouverte dans le ciel. Et la voix, que j’avais déjà entendue, pareille au son de la trompette, me disait : » monte jusqu’ici, et je te ferai voir ce qui doit arriver par la suite.’’ Aussitôt je fus saisi par l’Esprit. Un trône était dressé dans le ciel, et sur le Trône siégeait quelqu’un. Celui qui siège ainsi a l’aspect du jaspe ou de la cornaline; et tout autour du Trône, il y a un halo de lumière, avec des reflets d’émeraude. (…) Chaque fois que les Vivants rendent gloire, honneur et Action de grâce à celui qui siège sur le Trône, à celui qui vit pour les siècles des siècles, les vingt-quatre Anciens tombent à genoux devant celui qui siège sur le Trône, et ils adorent celui qui vit pour les siècles des siècles; ils jettent leur couronne devant le Trône en disant : “Notre Seigneur et notre Dieu, tu es digne de recevoir gloire, honneur et puissance puisque c’est toi qui as créé toutes choses : par ta volonté, elles existent et elles ont été créées.”(Ap 4, 1-3. 9-11)

“La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». » (Mc 12,1-12 – Tb 1,1a.2; 2,1-9 Ps 111 Mc 12,1-12)

Le ‘troupeau parqué au cimetière et que la mort mène paître’ (Ps 48, 15) pourra maintenant entendre la voix du bon pasteur : « Moi, je suis le bon pasteur; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. » (Jn 10 , 14-17)

NDC