16 fév, Mt 9, 14-15 : S’ils savaient à qui ils parlent de jeûne!

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Évangile :
Les disciples de Jean Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons? » Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l’Époux est avec eux? Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé et alors ils jeûneront. »
Commentaires :
Les disciples de Jean Baptiste s’approchent de Jésus, ignorant qu’ils sont en présence de celui dont leur maître est le précurseur : « Pour moi, je vous baptise dans de l’eau en vue du repentir; mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne d’enlever les sandales; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire; il recueillera son blé dans le grenier; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas. » (Mt 3, 11-12) Ils ne voient pas le feu en Jésus, ce feu qu’il désire allumer sur la terre, ils ne voient pas celui dont ils ne sont pas dignes de défaire les sandales, celui qui baptise dans l’Esprit Saint. Les disciples de Jean voient en Jésus un maître d’une autre école théologique que la leur et que celle des pharisiens et ils se demandent ce qui peut l’autoriser à prescrire à ses disciples de ne pas observer la pratique du jeûne, condition essentielle d’appartenance au peuple de Dieu selon le Lévitique : « Quiconque ne jeûnera pas ce jour-là sera retranché des siens » (Lv 23, 29).
Les disciples de Jean Baptiste s’approchent de celui dont leur maître affirme qu’il n’est pas digne de défaire les courroies de ses sandales comme s’ils étaient devant un imposteur pour le remettre à sa place : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons? » C’est à Jésus qu’ils s’adressent en visant sa doctrine. Quel est cet enseignement qui n’est pas conforme à la tradition? Qui prétends-tu être pour ne pas te disposer à entrer dans le repentir pour accueillir celui qui vient? Ils attendent prestement la réponse. Ils sont bien campés devant lui, assurés de le confondre. S’ils savaient à qui ils s’adressent… « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive. » (Jn 4, 10) S’ils savaient à qui ils posent cette question de jeûne, ils s’en repentiraient. S’ils savaient, ils se presseraient plutôt de quitter tout jeûne pour entrer dans la joie de celui dont leur maître prépare le chemin comme « il est écrit au livre des paroles d’Isaïe le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers; tout ravin sera comblé, et toute montagne ou colline sera abaissée; les passages tortueux deviendront droits et les chemins raboteux seront nivelés. Et toute chair verra le salut de Dieu. » (Lc 3, 4-5)
S’ils savaient qu’ils s’adressent à celui qui jeûne de sa divinité afin de prendre notre nature et l’élever à sa propre dignité d’enfant de Dieu, s’ils savaient, ils s’agenouilleraient comme leur maître devant lui sans se trouver digne de l’approcher, ils craindraient d’approcher tant d’amour de peur de mourir sur le champ. Qui plus que Jésus peut jeûner en ce monde, lui qui jeûne pour nous tous pour prendre sur lui toutes nos fautes? Il n’y a pas de jeûne qui puisse donner plus d’intériorité que de contempler le visage de celui qui vient au nom du Seigneur, que d’adorer Jésus présent dans l’eucharistie.
Si les disciples savaient à qui ils parlent de jeûne, leurs larmes inonderaient la terre à jamais. Écoutez! « Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! » (Ph 2, 6-8) Jésus jeûne de sa condition divine et cela depuis sa conception dans le sein de la Vierge Marie. Trente ans à garder sa lumière de vie sous le voile de la nature humaine, trente à obéir à sa mère et à son père : « Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son coeur. Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. » (Lc 2, 51) Lui, la Sagesse éternelle était soumise à ses propres créatures pour les sauver de l’emprise de ce qui les éloignait de la vie de Dieu. « Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. » (Jn 1, 2-5)
S’ils savaient qu’ils sont devant celui qui vient prendre sur lui le jeûne, tous les sacrifices, s’ils savaient qu’ils sont devant celui qui les baptisera dans l’eau et le feu, ils seraient déjà au sol, cherchant à se faire petit, si petit pour contempler son amour et ne pouvant parvenir à se faire plus petit que lui qui descend jusqu’à nous du haut du ciel pour nous faire renaître. Le temps des cimetières est terminé, c’est le temps de la vie qui s’ouvre en sa présence. Lui, qui est la vie, vient mourir de notre mort pour en sortir vivant pour la puissance du Père et ainsi transformer notre humanité.
Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l’Époux est avec eux? Les invités de la noce pourraient-ils donc garder un vêtement de deuil pour entrer dans la salle du festin où Dieu se donne en nourriture pour être l’époux de chacune de nos identités pour en faire une identité d’enfant de Dieu. “Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.” (Jn 1, 12-14)
Il viendra le temps où l’Époux retournera à la gloire du Père où il était avant les siècles, il viendra le temps de la foi où chacun devra veiller à faire grandir cette présence en eux de l’Esprit qui leur aura été donné par le sang de Jésus dans la volonté du Père. Il viendra le temps de la foi qui purifie le regard du cœur et donne de voir la réalité de Dieu qui se livre en rançon pour nous en son Fils. Il viendra le temps où nous devrons nous oublier pour ne pas oublier tout l’amour qui nous est donné à chaque instant jusqu’à la fin des temps. Il viendra le temps de faire grandir sa présence et de jeûner de la nôtre afin de vivre par lui : “ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi.” (Gal 2, 20)
NDC