16 juillet, Mt 12, 14-21: Toute la joie de Jésus est pour toutes les nations!

 In Méditer les écritures

Évangile :

Les pharisiens se réunirent contre Jésus pour voir comment le faire périr. Jésus, l’ayant appris, quitta cet endroit; beaucoup de gens le suivirent, et il les guérit tous. Mais Jésus leur défendit vivement de le faire connaître. Ainsi devait s’accomplir la parole prononcée par le prophète Isaïe : « Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement. Il ne protestera pas, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix sur les places publiques. Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, jusqu’à ce qu’il ait fait triompher le jugement. Les nations païennes mettent leur espoir en son nom. »

Commentaires :

Les pharisiens sont inquiets, angoissés devant l’ampleur de l’influence de Jésus sur le peuple par les nombreux signes qu’il accomplit. Ils craignent une réaction politique négative des Romains devant cette popularité croissante de Jésus parmi le peuple. « Les grands prêtres et les pharisiens réunirent alors un conseil : “Que faisons-nous? disaient-ils, cet homme fait beaucoup de signes. Si nous le laissons ainsi, tous croiront en lui, et les Romains viendront et ils supprimeront notre Lieu Saint et notre nation.”  (Jn 11:47 -48) Ils sont décidés à le faire périr pour protéger le Lieu Saint et la nation.

Jésus n’ignore pas le projet des autorités. Cela ne stoppe en rien son désir de guérir la multitude passée, présente et à venir.

Cette popularité dont les pharisiens sont si jaloux, Jésus ne la cherche en rien.

“Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique!” (Jn 5,44) “En effet, ils aimaient la gloire qui vient des hommes plus que la gloire qui vient de Dieu.” (Jn 12, 43)

La gloire que Jésus cherche c’est la gloire du Père et cette gloire c’est la victoire de la vie sur la mort, c’est la guérison de l’âme et du corps pour l’éternité, c’est la destruction du mur de la haine et la construction de la communion dans l’amour par l’Esprit Saint de toute l’humanité depuis les origines du monde jusqu’à la fin du monde.

Incompréhensible attitude que celle des pharisiens, attitude qui pourtant caractérise bien notre manière d’agir quand il s’agit de protéger nos intérêts. Ils protègent le Lieu Saint construit pour accueillir le Saint de Dieu en voulant faire périr le Fils du Dieu vivant. Ils s’inquiètent de la survie de la nation choisie comme s’ils en étaient les instaurateurs. Le “salut vient par les juifs” (Jn 4, 22) dit Jésus à une samaritaine pour lui dire que ce salut concerne toutes les nations. “Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer.” (Jn 4, 24) Les pharisiens veulent s’approprier Dieu, ils se replient sur le privilège d’avoir été choisis comme si les autres nations étaient privées de l’amour de Dieu. Ils deviennent ainsi aveugles et sourds à l’Emmanuel annoncé par Isaïe. La nation choisie est là pour servir son incarnation, son offrande pour toute l’humanité. Le temple est là pour être une maison de prière et non une caverne de bandits, le sanctuaire est là pour préfigurer le sacrifice ultime sur la croix au calvaire. À sa mort, l’inauguration du nouveau sanctuaire s’ouvre : “Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas; la terre trembla et les rochers se fendirent. » (Mt 27, 50-51)

Il ne faut pas se le cacher, nous sommes enclins à cette attitude de repliement comme les pharisiens, de protection de nos intérêts au détriment de notre foi, d’appropriation de Dieu pour justifier notre agir. Nous entendons bien Mère Thérésa, nous admirons sa générosité, mais lorsque le pauvre se présente à notre porte, reconnaissons-nous le visage du Christ? Nous pouvons bien fermer la porte et personne ne nous le reprochera. ‘Ce que vous faites au plus petit de tous les miens, c’est à moi que vous le faites.’ (Mt 25, 40)

‘Bien qu’il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, afin que s’accomplît la parole dite par Isaïe le prophète : Seigneur, qui a cru à notre parole? Et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé? ’ (Jn 12:37) Nous demeurons durs d’oreille pour passer à l’action, nous fermons bien les yeux pour ne pas voir ce à quoi nous croyons bien souvent. Il ne s’agit pas de nous faire des reproches, mais de bien montrer à quel point nous avons besoin d’être sauvés et cette tâche exige l’intervention de Dieu pour nous transformer.

Étrangement, Isaïe percevait à 600 ans de distance la personne du Messie, tandis que ceux qui étaient tout près du Messie attendu voulaient le tuer.

Isaïe, ce père de famille (Is 8,18) dans la situation trouble de son époque voit bien que seule la venue de l’enfant qui naîtra de la ‘jeune fille’, l’Emmanuel (Is 7, 14, 8. 8), ‘Dieu avec nous’ (Is 8, 10; 9, 5), parviendra à nous libérer de ce péché qui nous éloigne les uns des autres, qui nous sépare, nous isole, nous replie sur nous-mêmes. L’Emmanuel ne peut être comme les puissants de ce monde qui tentent de susciter le changement par la violence, les guerres, les compromis, les ‘à-peu-près’. Les puissants ne parviennent jamais à rendre justice à tous, à donner à chacun selon son droit. La tâche de la paix est divine et ce n’est que Dieu en son Fils qui peut y parvenir. Nous pouvons bien lui faire des reproches dans sa manière d’intervenir, de laisser tant d’enfants mourir, mais lorsque viendra le jour du l’établissement de sa justice de miséricorde et que les tombeaux s’ouvriront, sans bruit, dans l’aube nouvelle, un immense chant de louange s’élèvera et un plus grand encore en voyant que le Fils de Dieu est à la droite du Père dans la communion de l’Esprit saint. Il ne viendra pas en puissant, mais il se dévoilera comme l’Agneau Immolé venu parmi nous s’offrir en sacrifice pour nous donner une nouvelle humanité.

‘Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement. Il ne protestera pas, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix sur les places publiques. Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, jusqu’à ce qu’il ait fait triompher le jugement. Les nations païennes mettent leur espoir en son nom.’

À la fin des temps, il sera aussi silencieux dans son manteau couvert de sang, avec son cœur transpercé, sa tête à la couronne d’épines et de roses, ses mains ouvertes pour laisser passer sa lumière. Qui pourra encore vouloir lever la main sur celui qui est toute tendresse envers chacun de nous dans l’étreinte trinitaire? Nous saurons ce jour-là ce que veut dire ‘adoration.’. Un amour qui vaut plus que la vie, car sans cet amour, tout ne serait que mort, vide et néant.

‘Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.’ (Jn 3, 16-17)

Ce jugement d’amour, il s’agit de le laisser triompher en nous en s’abandonnant à son amour.

Normand Décary-Charpentier