16 mai, Jn 15,18-21 : Le monde transpercera le cœur de celui qui le sauve.

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Évangile :
« Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi.
Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait, car vous seriez à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous.
Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. Si l’on a observé ma parole, on observera aussi la vôtre.
Les gens vous traiteront ainsi à cause de moi, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. »
Commentaires :

Un jour, un ange du nom de Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth. Un ange, voilà bien un terme qui surprend et choque notre esprit qui n’a rien à voir avec un monde uniquement spirituel. L’esprit de l’homme est lié indissolublement avec son corps, il l’expérimente tous les jours. Privé de son corps, que ce soit par la maladie, par la pauvreté, la torture, l’exploitation, son esprit suit l’état dans lequel son corps se trouve. Il y a pourtant des témoignages d’êtres humains qui démentent ce fait puisque, malgré des conditions de vie insupportable, ils demeurent dans la joie. Pour le monde en général, ces personnes sont des exceptions, et l’exception ne fait pas la règle. Pour assurer le bonheur d’un être humain, il faut satisfaire les besoins primaires de son corps, le manger, le boire, le confort, lui assurer une vie saine pour le maintenir en vie, le plus longtemps possible. À la mort de son corps, l’esprit disparaît, du moins c’est ce que l’expérience semble confirmer. 

Le monde a horreur du vide, il veut du pain et des jeux pour traverser le temps de son corps de la manière la plus intense possible, car il n’a qu’une vie à vivre, et vaut mieux en profiter. Gagner sa vie pour fournir au corps tout ce dont il a besoin occupe beaucoup de temps à celui qui poursuit ce but. Organiser des festins tous les jours pour se repaître de ses biens prend aussi énormément de temps, et l’esprit s’enlise dans le ventre plein, jusqu’à l’inconscience et l’indifférence de l’autre qui est en manque de ces biens. L’esprit devient aveugle aux réalités de l’esprit dans un corps qui prend toute la place. 

« Il y avait un homme riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour des festins. Et un pauvre, nommé Lazare, gisait près de son portail, tout couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche… » (Lc 16, 19-20l) Pendant que l’un ne voyait pas son prochain, l’autre voyait les miettes sous la table de son proche dont il aurait bien voulu s’approprier pour soulager sa faim. Le riche ne voulait pas voir Lazare et lorsqu’il l’entrevoyait dans un petit moment de lucidité, il détestait Lazare et trouvait prétexte pour le rendre coupable de son sort. Vous savez, toutes ces raisons pour juger l’autre et ne pas lui partager de son bien, pour faire taire l’esprit libre du corps et ne pas tenir des propos pour continuer à se repaître et à rire dans l’indifférence. Le monde qui réduit le monde à ce monde passager a de la haine pour tout ce qui l’invite à rendre justice, à faire la paix, à pleurer avec ceux qui pleurent, à garder de l’appétit pour la justice, à s’élever au-dessus de ses besoins personnels, à se faire artisan de paix. Le monde qui réduit le monde qu’à la réalité du corps et à son aise, a de la haine pour ce qui est esprit, pour vivifier son esprit par des activités de l’esprit. « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi! Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 28, 40) Veillez et priez pour ne pas vous endormir et mettre tout votre cœur à ne poursuivre que le pain et les jeux et à renoncer à votre liberté. Il n’était pas difficile pour le riche de lancer un morceau de pain à Lazare, c’était impossible, il ne le voyait pas, son esprit dormait. 

Un ange, un pur esprit fut envoyé par « Dieu qui est esprit » (Jn 4, 24) dans une petite ville de Galilée à une jeune fille du nom de Marie. Cette jeune fille n’est pas du monde, elle n’appartient pas au monde, car Dieu l’a préparée par avance par les mérites de son Fils, pour être la mère du Fils de Dieu dans le monde par la puissance de l’Esprit. Le Verbe de Dieu venait prendre chair par l’Esprit selon la volonté d’amour du Père afin de sauver ce monde qui ne le reconnaît pas. « Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 10-13) Dieu vient chez les siens, car l’homme n’est pas seulement un corps lié indissolublement à un esprit, il est créé à l’image de Dieu, et Dieu lui-même est amour. Dieu est amour et il vient dans ce monde qui n’a d’amour pour ce qui appartient au monde et ce qui lui appartient ce sont tous les biens qui passent. Dieu ne passe pas et le monde qui passe ne croit pas à ce qui est éternel, il se résigne à la mort et à trouver profit en cette vie qui passe, qu’importe les Lazare qui n’ont que misère et pauvreté toute leur vie. 

Le monde ne parvient pas à entendre la Bonne Nouvelle de l’ange annoncée à Marie, une nouvelle si extraordinaire que nous ne parvenons pas à y croire : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » (…)Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. (…) « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. » (Lc 1, 28.31-33.35) Réjouis-toi, réjouissons-nous tous et pourtant nous demeurons hésitants… « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. » (Jn 20, 25) Nous voulons voir ce que nous ne pouvons voir que dans l’esprit et l’esprit exige qu’on le maintienne en éveil par la prière et la veille pour qu’il ne s’endorme pas dans les soucis de ce monde. « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » (Jn 20, 29) Heureux ceux qui par la foi purifient leurs cœurs, ils verront les réalités qu’on ne peut voir que par l’esprit. « Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu. » (Mt 5, 8) 

Marie est mère de Dieu, l’ange lui dit de se réjouir et elle chante son magnificat pourtant, Syméon lui dira : « Vois! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être un signe de contradiction — et toi-même, une épée te transpercera l’âme! — afin que se révèlent les pensées intimes de bien des coeurs. » (Lc 2, 34-35) Le monde aura de la haine pour toi, ton fils sera un signe de contradiction, un glaive te transpercera le cœur, une lance percera le cœur de celui qui est le Fils de Dieu que tu viens de mettre au monde pour sauver le monde. 

En apparence, le monde semble vainqueur et pourtant sa défaite est dans la lance qui perce le cœur de Jésus, elle est dans le glaive qui transperce le cœur de Marie, car le Dieu vivant fait jaillir de la mort la vie pour tuer la mort, le Dieu amour fait jaillir de la haine crachée sur son visage méconnaissable l’amour impassible qui l’abolit. « Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage! J’ai vaincu le monde. » (Jn 16, 33)

« Les gens vous traiteront ainsi à cause de moi, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. » 

« Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : “Femme, voici ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voici ta mère.” Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit chez lui. » (Jn 19, 26-27)

Réjouissons-nous et ne craignons pas, par amour du monde, de tout le monde, de répéter inlassablement et comme si c’était toujours notre première salutation : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. » Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.

NDC