16 oct, Lc 12, 1-7 : Croyez-vous que vous valez plus que tout l’or du monde?

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Évangile :

Comme la foule s’était rassemblée par dizaine de milliers, au point qu’on s’écrasait, Jésus se mit à dire, en s’adressant d’abord à ses disciples : « Méfiez-vous bien à cause du levain des pharisiens, c’est-à-dire de leur hypocrisie. Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi, tout ce que vous aurez dit dans l’ombre sera entendu au grand jour, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits.

« Je vous le dis, à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis, c’est celui-là que vous devez craindre. Est-ce qu’on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous? Et pas un seul n’est indifférent aux yeux de Dieu. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés.

“Soyez sans crainte : vous valez plus que tous les moineaux du monde.”

Commentaires :

Avoir du prix à nos yeux ou encore à ceux des autres est difficile, encore plus que de croire en l’amour de Dieu pour nous. Ce qui piège la raison pour parvenir à reconnaître le prix de la personne, c’est qu’elle est un sujet et non un objet. L’objet est muet pour se donner une valeur, c’est sa rareté et la demande qui fait grimper son prix. Mais la personne n’a pas de valeur comme objet, c’est une personne, elle est inestimable, elle est à la fois de ce monde fini et de l’infini, elle est ange et animal à la fois. Elle peut passer sa vie dans une prison et en faire briller les barreaux par sa liberté intérieure. Elle est dans un corps et à la fois, elle est plus que ce corps par sa dimension intérieure. Il y a pourtant des gens qui nient cette dimension de l’être humain et qui utilisent leurs semblables comme objets. Ils volent leurs organes pour conserver leur vie propre, ils vendent les enfants sur le marché de la prostitution pour s’enrichir, ils tuent pour accéder à plus de pouvoir. Mais ceux qui rejettent cette dimension intérieure pour mieux justifier leur manière de faire et continuer à pétrir cette pâte humaine pour s’en nourrir, ne trouveront au bout de leur chemin qu’angoisse et misère. Leur mémoire ramènera à des moments inattendus, le visage d’un enfant, les yeux d’une maman. La couleur pourpre du sang du torturé se fait indélébile sur le cœur du tortionnaire, le sommeil le fuit, les fantômes le poursuive. Il voudrait bien se réduire à un objet et vivre sa vie, mais il y a du plus grand en lui qui lui donne plus de valeur que l’animal ou l’objet. « Le tigre déchire sa proie, et dort ; l’homme devient homicide, et veille. Il cherche les lieux déserts, et cependant la solitude l’effraye : il se traîne autour des tombeaux, et cependant il a peur des tombeaux.» écrit Chateaubriand. 

Méfiez-vous du levain des pharisiens qui asservissent l’homme à la loi et ainsi se détournent de la valeur de la loi qui est donnée à l’être humain pour le garder en vie dans son intégralité. Méfiez-vous de ce levain qui rend aveugle au prochain et clairvoyant pour protéger ses intérêts et sa survie. 

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. Pour parvenir à traiter l’autre comme un objet, il faut détruire sa propre dimension intérieure, sa liberté spirituelle, sa communion aux autres, à tous les autres et à Dieu, origine des origines de tout et de tous. Craignez plutôt Celui qui est la source de toute vie et de toute communion, lui qui ne tue pas mais peut servir la mesure dont nous nous servons pour les autres. 

Nous valons plus que tous les oiseaux du monde, car nous aurons à répondre de l’amour dont nous sommes aimés comme personnes, appelés à devenir enfants de Dieu et héritiers de son royaume. 

À tous ceux qui marchent dans les pas de Jésus, sur le chemin de l’amour et qui puisent en lui la force de demeurer dans l’amour à tout prix, n’ont rien à craindre, même si tout est à craindre pour la vie dans ce monde de violence. Un instant dans la communion de la vie trinitaire vaut plus que des milliers d’années dans un château, car la joie est plénitude, pas un endroit du corps, de l’âme, du cœur, de l’esprit qui ne goûtent des délices que rien en ce monde ne peut donner en toute une vie. 

Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés.

“Soyez sans crainte : vous valez plus que tous les moineaux du monde.” 

NDC