17 mai, Jn 14, 1-6 : Ne soyez donc pas bouleversés!

 In Méditer les écritures


Évangile :

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père beaucoup pourront trouver leur demeure, sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. »

Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Commentaires :

Jésus sait que l’heure de passer de ce monde à son Père est venue, de retourner là où il était avant la création du monde. «Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés! Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’oeuvre que tu m’as donné de faire. Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j’avais auprès de toi, avant que fût le monde.» (Jn 17, 1-5)

Jésus retourne vers le Père, car il a mené à bonne fin l’œuvre que le Père lui avait donné à faire en l’engendrant dans la chair par la puissance de l’Esprit. « Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce. Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître.» (Jn1, 16-18) C’est dans la mort maintenant qu’il sera engendré afin d’être le premier-né d’entre les morts par la puissance de l’Esprit pour répandre cet Esprit dans la chair de la multitude et faire renaître ceux qui croient en lui.

Les disciples ne comprennent pas encore la valeur infinie du cadeau que Jésus leur donne ainsi qu’à la multitude par ce départ qui est descente dans la mort et ce retour par l’Esprit qui est la résurrection. Les disciples en restent à la tristesse de l’annonce du départ, malgré les exhortations de Jésus à s’en remettre à sa parole : « Que votre coeur ne se trouble pas! vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.» (Jn 14, 1)

C’est un don si immense qui est en train de se vivre, un bienfait qui est d’une telle plénitude, que la pensée humaine ne peut le contenir. Jésus leur demande d’avoir foi et de bien garder dans leur cœur ce qu’il dit : « Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu où je vais, vous savez le chemin.» (Jn 14, 3-4) Je vous prendrai près de moi! Thomas dit à Jésus : «Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin?» (Jn 14, 5)

Et Jésus de répondre : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne va vers le Père sans passer par moi.» Moi, dit Jésus, moi je suis le Chemin par où tu viendras Thomas, pour vivre près de moi dans le Père. Thomas ne saisit pas comment Jésus peut être un chemin qu’il empruntera pour le rejoindre et se rendre au Père. Il demeure muet. Ses mains voudraient toucher ce chemin, ses yeux voudraient le voir s’étirer devant lui et se perdre à l’horizon pour y marcher et avancer.

Philippe, pour briser le silence de leur incapacité à comprendre ce que Jésus enseigne, déclare : « Seigneur, montre-nous le Père; cela nous suffit. » Si nous voyons le Père, nous verrons bien le chemin pour le rejoindre et te retrouver après ton départ.

Jésus de répondre : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe! Celui qui m’a vu a vu le Père.» Il y a si longtemps que je suis avec vous, Philippe et tu ne fais pas la différence en ce que Moi, je suis et ce que tu es, toi. Jésus ne veut pas faire l’éloge de son ego en affirmant qu’il est ce qu’il dit : Moi, je suis le Chemin, la Vérité, et la Vie. Toi, Philippe, toi Thomas qui es-tu? Ton chemin en ce monde est une impasse, une voie sans issue. Dès le jour de ta naissance, l’abîme est sous tes pas et à chaque instant tu peux y basculer. Le moindre microbe peut te terrasser, le meurtrier t’enlever la vie, l’agresseur se servir de toi. Qui es-tu, toi Philippe, toi Thomas? Tu es un être mortel, aussi éphémère qu’une luciole dans la nuit, tu es poussière et tu retournes à la poussière. Le bien que tu veux faire, tu n’arrives même pas à le faire et le mal que tu ne voudrais pas faire, tu le fais. « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu le connaisses, Seigneur, le fils d’un homme, pour que tu comptes avec lui? L’homme est semblable à un souffle, ses jours sont une ombre qui passe.» (Ps 143, 3-4)

« Moi, dit Jésus, je suis le Chemin qui mène à la vie éternelle, mois je suis la Vérité, cette vérité qui donne de demeurer dans l’amour qui est amour pour tous et non seulement pour nos proches. Moi, je suis la Vie, la mort n’est pas mon issue, c’est elle qui trouvera la mort en essayant de me retenir. Moi, je suis l’Éternel et je suis venu dans ce corps de chair pour vous donner un nouveau moi, un moi qui n’est pas une impasse, un moi qui peut entrer dans la Vérité, dans la connaissance de Celui en qui tout subsiste.

« Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des oeuvres.» Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, moi, le Père est en moi et lorsque l’on me voit, on voit le Père.

Il faut renoncer à notre moi pour que le moi de Jésus puisse vivre en notre moi et qu’ainsi le Père qui est en Jésus, vive en nous et que nous ne fassions qu’un par l’Esprit que Jésus répand en ce monde par son offrande pour nous au Père.

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi.» (Ga 2, 20) Ce n’est plus ce moi mortel et sans issue qui vit en Paul, ce n’est plus ce moi qui ne parvient pas à faire le bien qu’il voudrait faire, ce moi prisonnier de ses manques, de ses limites, de cette rupture avec Dieu le Père. C’est le Christ qui fait vivre son moi, le Christ dont le Moi est Chemin, Vérité et Vie, le Christ en qui le Père éternel habite.

Jésus ne vient pas faire l’éloge de son moi, mais nous faire renaître en lui afin que notre moi se libère de son impasse, de ses incapacités à aimer, des mensonges qui nous retiennent dans un monde d’apparences éphémères.

Écoutez Jean Baptiste faire la différence entre son moi et celui de Jésus :

« Moi, je baptise dans l’eau. Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas, celui qui vient derrière moi, dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sandale.» (…) « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. C’est de lui que j’ai dit : Derrière moi vient un homme qui est passé devant moi parce qu’avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas; mais c’est pour qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptisant dans l’eau.» Et Jean rendit témoignage en disant : «J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’avait dit : «Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint.» Et moi, j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu.» (Jn 1, 26-27. 29-34)

Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, moi, je baptise dans l’Esprit Saint, je baptise dans ma mort ceux qui meurent avec moi à leur moi, pour renaître avec moi par la puissance de l’Esprit dans la volonté du Père.

«Vous, vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde. Je vous ai donc dit que vous mourrez dans vos péchés. Car si vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés.» Ils lui disaient donc : «Qui es-tu?» Jésus leur dit : « Je n’ai pas cessé de vous le dire » (Jn 8, 23-25)

Jésus n’a de cesse de nous dire qui il est et nous parvenons mal à l’entendre, car nous croyons qu’il est quelqu’un comme nous qui tente de se dire supérieur à nous afin de nous assujettir à lui. Pourtant, il n’a pas besoin de nous, ni de notre louange pour être dans la plénitude de ce qu’il est et il se livre tout de même à nous afin que nous puissions vivre de lui, malgré toute notre ingratitude et nos plans meurtriers à son endroit. Ce qui fait dire à Paul, épris d’amour pour le Christ : « Grâce à la Loi (qui a fait mourir le Christ), j’ai cessé de vivre pour la Loi afin de vivre pour Dieu. Avec le Christ, je suis fixé à la croix : je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi.» (Ga 2, 19-20)

À celui qui vit dans l’amour au Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est livré pour lui, tout lui sera accordé s’il le demande au nom de celui qui n’a rien refusé à la volonté du dessein d’amour du Père et à qui le Père n’a rien refusé parce qu’ils ne font qu’un dans l’Esprit.

Tout ce que vous demanderez en invoquant mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils.
Si vous me demandez quelque chose en invoquant mon nom, moi, je le ferai.


NDC