17 mai, Jn 17, 11b-19 : Le vieux moine et le voleur

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Évangile :

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.

“Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.

‘Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux, je me consacre moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité.’

Commentaires :

‘Garde mes disciples dans la fidélité à ton nom, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.’ La fidélité, c’est d’avoir de la constance dans nos sentiments, de cette constance d’amour que Dieu exprime à notre égard, malgré toutes les bonnes raisons que nous lui donnons de changer de sentiments envers nous. ‘Veillez et priez sans cesse pour ne pas entrer en tentation.’ (Mt 26, 41) Veillez pour demeurer fidèles à l’amour reçu par celui qui vous soutient à chaque instant depuis votre naissance en ce monde. Veillez et priez sans cesse pour demeurer constants et ne pas, pour quelques difficultés, renoncer à votre liberté.

‘Manquait-il de tombeaux en Égypte, que tu nous aies menés mourir dans le désert? Que nous as-tu fait en nous faisant sortir d’Égypte?   Ne te disions-nous pas en Égypte : Laisse-nous servir les Égyptiens, car mieux vaut pour nous servir les Égyptiens que de mourir dans le désert?’ Moïse dit au peuple : ‘Ne craignez pas! Tenez ferme et vous verrez ce que Yahvé va faire pour vous sauver aujourd’hui…’ (Ex 14, 11-13) Tenez ferme, disait Moïse au peuple : garde mes disciples dans la vérité demande Jésus au Père… ‘La Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaitre.’ (Jn 1, 17-18) Jésus demande au Père, ce qu’il rend possible par sa venue, car il vient du Père et il y retourne pour se faire Chemin et que nous puissions entrer dans l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit. ‘Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce.’ (Jn 1, 16)

Jésus retourne au Père, là où il était avant la création du monde. Jésus n’est pas en fuite, il reste près de nous, avec nous pour transformer ceux qui croient en lui en enfants de Dieu par la puissance de l’Esprit.

Un monde nouveau se lève dans l’obscurité, un monde qui n’est pas du monde, car ses disciples demeurent dans le monde pour aimer de l’amour dont ils sont aimés. Jésus demande au Père par l’Esprit de les garder dans la constance de l’amour, de les garder du Mauvais afin que ses disciples demeurent près de lui et soient près des autres par lui et répandent cette unité de l’amour qui se déverse de la Trinité Sainte.

Écoutez cette petite histoire d’un moine qui n’est pas du monde, mais qui est dans le monde pour répandre la paix, la joie, l’unité de celui en qui il vit.

‘On disait qu’abba Géliasos avait une bible en peau estimée à une très grande valeur. Elle contenait, en effet, l’Ancien et le Nouveau Testament en entier. Il l’avait déposée à l’église afin que quiconque des frères qui le voudraient puisse la lire. Or un frère étranger vint voir le vieillard et, voyant la bible, la désira et la vola en s’en allant. Le vieillard ne courra pas derrière lui pour la lui reprendre, bien qu’il eût compris de quoi il s’agissait. Ce frère donc, allant en ville, chercha à la vendre et, trouvant un acquéreur, en demanda seize pièces d’argent. L’acheteur lui dit : ‘Prête-la-moi d’abord que je l’examine, puis je t’apporterai le prix.’ Il la lui donna donc. La prenant, l’acheteur la porta à l’abbé Géliasios pour qu’il l’examinât, et il lui dit le prix que le vendeur en avait fait. Le vieillard lui dit : ‘Achète-la, car elle est belle et vaut le prix que tu me dis.’ S’en retournant, notre homme parla différemment au vendeur et non selon ce que le vieillard lui avait dit : ‘Je l’ai montrée à abba Gélasios, dit-il, et il m’a répondu que c’était cher et ne valait pas le prix que tu avais dit.’ Entendant cela, il lui demanda : ‘Le vieillard ne t’a-t-il rien dit d’autre?’ ‘Non’, répondit-il. Alors le vendeur reprit : ‘Je ne veux plus te la vendre.’ Et, rempli de regret, il vint trouver le vieillard pour faire pénitence et lui demanda de reprendre son livre. Mais celui-ci ne voulait pas le récupérer. Alors le frère lui dit : ‘Si tu ne le reprends pas, je n’aurai pas de repos.’ Le vieillard répondit : ‘Si tu n’as pas de repos ainsi, alors je vais le reprendre.’ Et le frère resta là jusqu’à sa mort, émerveillé de l’activité du vieillard.’ [1]

Ce vieux moine est vraiment fidèle à l’amour dont le Christ l’a aimé pour ainsi garder son cœur dans l’amour devant le vol du travail de toute sa vie. Il ne dit pas un mot, aucune révolte ne vient rompre sa relation au Père par l’Esprit qui l’habite et les mérites de Jésus. Il est consacré dans la vérité de l’amour de Dieu qui livre son Fils pour nous sauver de tout ce qui mène à la mort aux autres et nous éloigne de la vie qui est dans l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit. Le vieillard est dans la paix de Dieu qui n’est pas comme celle du monde, cette paix qui apporte une joie que rien en ce monde ne peut ravir. Le vieillard a bien vu son frère lui voler la Bible qu’il mettait au service de tous, il a bien vu aussi le Christ Jésus dans sa méditation laisser Judas prendre son pain qui était son corps très précieux et son sang pour ensuite lever le talon contre lui. Il a bien vu Judas fuir dans la nuit, il a bien vu le Mauvais conduire son pas chez les chefs des prêtres pour vendre celui qui le rachetait, pour vendre celui qui était en lui par le pain et le vin pour le transformer.

Le vieillard laisse son voleur dans la nuit avec la Bible, la parole de Dieu et il retourne en prière vers sa cellule au désert, dans la paix et la joie. Le vieux moine comme un prisonnier de l’amour retourne dans sa cellule. Il n’est pas seul, le Père est avec lui, car il aime le Fils en demeurant fidèle à sa parole et l’Esprit l’inonde de la vérité de l’amour.

Le voleur au contraire de Judas est revenu auprès du moine, tout repentant de son geste et il resta près du vieux moine qui était près de Dieu, il y resta jusqu’à sa mort, fidèle à la parole de vie contenue dans la Bible qu’il ne voulait plus vendre, mais en vivre.

NDC

 

[1] Guy, Jean-Claude, Paroles des anciens, Coll., Sagesse 1, éd., du Seuil, 1976, p. 46-47